SÉANCE DU 1" FÉVRIER
Messieurs,
Le projet de règlement soumis à votre examen a trouvé des défenseurs dans le sein de la commission. On a dit que ce qui semblerait rendre convenable un régime administratif particulier pour la Garde Royale, c'est qu'elle est un corps privilégié. Je puis me tromper, mais je crois qu'elle n'est qu'un corps d'élite.
Je ne sais du reste pas sur quoi on a jugé que nous nous effarouchions du mot privifège ; rien n'est moins exact.
Je suis disposé à penser que la plupart des hommes aiment assez les privilèges pour eux-mêmes, sans en ôtre mieux disposés, pour cela, à les souifrir chez autrui.
Quoi qu'il en soit, un bon serviteur du Roi ne lui conseillera jamais d'en accorder de trop étendus, car il pourrait arriver que si le premier mouvement est tout de reconnaissance, la seconde pensée de ceux qui les auraient reçus fût de rechercher les moyens de les défendre, même contre l'autorité qui les en aurait investis.
On sait assez ce qui est arrivé dans les premiers temps de la Monarchie ; les délégués que nos Rois avaient établis dans les Provinces, à différents titres, trouvèrent le moyen de se rendre indépendants, inamovibles, de temporaires et amovibles qu'ils étaient.
Il n'a pas fallu moins de huit siècles et enfin le ministère d'un Richelieu pour amener les choses au point où Louis XIV nous les avait laissées.
Quand on confère des distinctions et des honneurs, on sait précisément ce qu'on donne (1); mais lorsqu'on y associe la puissance, c'est une autre affaire, et il est rare qu'on ne se prépare pas des regrets.
C'est ainsi que, dans l'esprit du gouvernement monarchique, si les
(1) Je savais bien que ceci était une réminiscence, mais je ne me rappelais à qui j'avais emprunté cette pensée. Je l'ai retrouvée plus tard dans Montesquieu : Grandeur et décadence des RomainSy cliap. XI. (Note du général de Lorencez.)