‹ Souvenirs politiques (volume 2)Chapitre 1 sur 14 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L’accueil si favorable que le public a fait au premier volume de mes Souvenirs Politiques m’a engagé à publier celui-ci qui est en manuscrit depuis 1908.

En le publiant, j’accomplis une promesse solennelle que j’avais faite à M. Mercier dans les derniers temps de sa vie. Un jour que nous nous entretenions ensemble du coup d’Etat qui lui avait enlevé le pouvoir, il me dit avec tristesse: “Vous savez, mon cher Langelier, mieux “que personne combien j’ai été accusé fausse- “ment dans mon honneur. Ma santé, je le sens, “s’en va rapidement; mais j’espère que vous, qui “êtes encore jeune, vous vengerez ma mémoire “de ces accusations.” C’est cette tâche pieuse que j’accomplis aujourd’hui.

Après au-delà de vingt ans que cet événement s’est produit, maintenant que les passions sont éteintes, maintenant que le calme s est fait autour de ce grand nom canadien-français, le temps

est arrivé d’effacer les taches que ses ennemis d’alors avaient faites à la réputation de cet homme public qui est resté et qui demeurera longtemps encore l’idole du peuple de cette province.

Au moment où celle-ci va lui élever un monument, j’ai cru que l’heure était bien choisie pour raconter froidement les circonstances qui l’ont injustement dépouillé du pouvoir, et, disons-le, qui l’ont conduit prématurément dans la tombe. Mêlé plus intimement que bien d’autres aux événements de cette époque si agitée, j’ai cru remplir un devoir aussi agréable que patriotique en donnant mon témoignage dans cette grande enquête historique.

Que l’on m’impute les intentions que l’on voudra, peu m’importe: ceux qui plus tard écriront l’histoire de cette période durant laquelle les passions politiques, hélas! étouffèrent la voix de la justice diront si j’ai commis des erreurs, des exagérations ou si, au contraire, j’ai apprécié les faits avec impartialité. Je m’en remets avec confiance au jugement de l’histoire.

Ce monument qui va être élevé à Mercier, c’est son apothéose sans doute; mais cette apothéose lui avait déjà été donnée en plaçant à la tête de la province son parti politique, en confiant la direction des affaires à son gendre, Sir Lomer Gouin, et enfin, en élisant trois fois son fils dans le comté de Châteauguay. S’il

est permis aux morts de voir ce qui se passe ici-bas, quel sentiment d’orgueil ne doit-il pas éprouver en voyant que cette Chambre dont sa mâle éloquence a si souvent fait vibrer les échos est dirigée par un homme d’Etat qui lui est si cher !

Qu’il possède sa statue, car il est excellent que, pour un tel homme, se multiplient les différentes formes d’hommage et les différentes formes de reconnaissance.

Qu’il possède sa statue et que son image, éternellement, enseigne à ses compatriotes qui passent le culte du patriotisme qui, lui, ne passe pas.

On trouvera aussi dans ce volume, ça et là, les portraits de plusieurs hommes distingués qui sont disparus de la scène entre 1890 et 1896. Ces modestes esquisses de leur vie auront pour effet de faire revivre leur souvenir et de le conserver parmi ceux qui les ont admirés de leur vivant.

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