SUR
NE de mes premières eaiix-forles est une petite carte-adresse.
Dans le fond, une vue du Vieux Rouen. Autour du petit tableau, un vague souvenir très modernisé de Le Lieur, Thomme du xvi^ siècle " en 1872! Déjà! et je
reconsiruirai le Vieux Rouen de cette époque, près de 25 ans plus tard ! — C'est de renchaînement, mais à grande distance. — Puis^ parmi les accessoires divers entourant cette vue de Rouen — d'une morsure très insuffisante, mais d'une extrême finesse — un petit chat accroupi sur un volume, donne seul une note un peu plus vigoureuse. Un chat! mais c'est un trait de lumière! Champflcury adore les chats. J'ai lu et relu depuis longtemps son volume consacré au plus joli, au plus gracieux, au plus intelligent des animaux et — aussi au plus affectueux — n'en déplaise à ceux qui n'ont su ni les bien observer ni les comprendre.
N'est-ce pas : Bonhomme, Turco, Craboche, Turlurelle, Mi-Mi, Ki-Ki et Mi-Ki-Ka, bons compagnons du logis qui se sont succédés et ont été la joie de la maison avec
LU ri II nU:lM\li:il
leurs ronrons familiers, leurs gestes câlins — le dernier surtout — que Charapfïeury devait plus tard connaître et dont il admira les espiègleries simiesques, la fourrure tigrée d'une régularité admirable, les attitudes de clown et la physionomie toujours en éveil.
Envoyons cette eau-forte minuscule à Champfleury — que je ne connais encore que par ses œuvres et très insuffisamment encore par ses portraits — et le 25 décembre 1872, je reçois cette première lettre^ dalée de la Manufacture de Sèvres.
La jolie eau-forte, Monsieur, que vous voulez bien m'envoyer, m'est doublement précieuse et je vous en remercie.
Elle me rappelle un temps déjà lointain où, à propos d'un petit livre sans importance, je recevais tant de communications de toute nature sur la race féline. L'attachement à ces animaux est vraiment moins superficiel qu'on ne l'imagine, et je dois aux chats d'avoir fait connaissance de i)lus d'une nature délicate qui est venue à moi. Tout passe, à la On de Tannée il ne restera plus trace des quatre éditions consacréesàces animaux... mais ça été un regain bien inattendu et bien agréable que de recevoir votre eau-forte spirituelle.
Entre amis des chats la sympathie vient vite, et les amis de nos amis sont nos amis.
Si les éditions des chats étaient épuisées, rien de plus simple que d'en publier une nouvelle et, en remerciant Champileury de sa jolie lettre^ je me déclare prêt à lui dessiner ou graver ce qu'il pourrait désirer. La réponse ne se faif pas attendre...
Quoique depuis mon volume j*aie publié quelques études de chats dans les journaux et malgré quelques olfrcs obhgeantes qui, semblables à la vôtre, m'ont été faites, j'ai
fermé à double tour Ja porte de ma chatière pour ne pas me laisser tenter.
Le public n'aime pas qu on lui serve longtemps le même poisson, et il a raison intellectuellement. 11 faut être fort riche et fort excentrique pour publier 4 volumes in-4 sur saint Antoine sans |)arler de son cochon. C'est pourtant ce que prépare un archéologue qui ne pense pas qu'on en rie. Ur, en suivant mon système premier qui a décidé de la publication des chats, j'arrive fatalement à l'in-i. Je tiens plutôt à couper qu'à augmenter, et quand je grossis ou j'allonge, c'est que je suis commandé par les nécessités typographiques
Toutefois, j'userai et j'abuserai de votre bienveillance pour un détail qui, à l'heure qu'il est, est d'une plus immédiate utilité.
.le prépare une illustration du Violon de Faïence^ dont celui de M> Potic^r, actuellement, appartenant au Musée de llouen, m'a servi de type absolu. J'ai écrit à M. labbé Collas, conservateur de ce iMusée, pour en obtenir une photographie. Ses occupations l'ont sans doute empêché de me répondre.
Voici donc ce que je souhaiterais — si vous trouvez quelque intérêt à voir reproduire la merveille de votre Musée, — une reproduction exacte, à la plume ou au crayon^ des personnages de la table de dessus et de dessous, qui ne ressemblent pas à ceux que je pourrais me procurer ailleurs, car un autre violon, de la même fabrique hollandaise, a été photographié dans la publication de M. Demmin.
Vous me trouverez peut-être indiscret. Monsieur, de vous occasionner un tel dérangement, vous m'y poussez par votre bienveillance; mais, toutefois, si vos occupations ne vous permettaient pas de répondre à mes désirs, ne vous en tracassez pas. J'ai des amis de Rouen à Paris qui pourraient me rendre ce service. (23 novembre 1872).
Inutile de dire que le lendemain j'étais au Musée céramique, alors installé dans l'une des galeries du Cloître Sainte-Marie, et le violon, sorti de sa vitrine — avec la
permission du Conservateur, bien entendu — reposait raoelleusement sur un ancien fauteuil rembourré, ce qui me permit de le dessiner de face, de dos et même de profil. Les dessins terminés furent expédiés de ^uite à Sèvres, et de suite aussi je reçus cette nouvelle lettre. (7 décembre 1872).
J'hésiterai et y regarderai à deux fois avant de vous demander un renseignement et un service, tant vous y mettez d'empressement, de bonne grâce, et tant j'aurais peur de vous faire perdre du temps.
Vos dessins sont d'une exécution si parfaite, qu'ils ont été ma joie hier en rentrant, et une fête pour les yeux le lendemain en me levant.
J'avais perdu le souvenir de ces riches compositions, quoiqu'il m eût été donné de les tenir dans mes mains il y a une douzaine d'années, chez M. Potier. J'en avais ainsi donné une espèce de silhouette aussi précise que le comporte un petit roman, niais je ne m'attendais pas à ces merveilles dont l'excellente reproduction m'a rendu un moment soucieux en songeant au mal qu'involontairement je vous ai donné.
Qu'est-ce qu'une photographie, cet art niort, en regard de ces spirituels dessins qui oliVent tout à la fois le mérite de l'interprétation vivante et de la leproduction précise?
Vraiment, Monsieur, je voudrais que votre rue de Venise, appelée improprement l<:au-de-Robec, à Rouen, lut plus prés pour vous aller remercier, vous serrer la main et vous dire combien vous m'avez rendu heureux.
Si mes occupations ne me le permettent pas, j'espère bien un jour avoir le plaisir de vous recevoir à Sèvres et de vous témoigner ma reconnaissance.
Ce dessin décidera peut-être de la publication du Livre : j'en veux faire une publication d'un luxe inusité, et sans prétendre m'acquitter envers vous, j'aurai le plaisir, Monsieur, de vous en envoyer le premier exemplaire.
Dès lors, la glace est plus que rompue, les relations amicales avec Ghampfleury, que je désirais tant connaître, dont quelques nouvelles ou romans me sont familiers dès Tenfance, ces relations vont se développer en un thème harmonieux avec accompagnement et variations sur le Violon de Faïence.
J'envoie à Champlîeury quelques-unes de mes premières caux-lortes : (( Un dessin d'après Langlois, » qui lui rappelle « certaines gravures satyriques du même maître, » qu'il possède.
Ce fut une intelligence dévorée par la province et la misère. Les aspirations de Tartistc ne purent se réaliser dans le milieu et à 1 époque où elles pointèrent; je suis heureux de me rencontrer avec vous, car j'ai dit quelques mots de riiommedansje ne sais plus quel livre, peut-être dans la Caricature au Moyen-Age.
Votre « Fontaine Sainte-Croix » est également trjs intéressante, cher Monsieur, à Tarchéologie architecturale vous joignez un sens particulier du pittoresque vrai, qui donne delà valeur aux vues de monuments dont vous poursuivez les restitutions. A ces qualités^ se joint un amour de localité qui fait que vos travaux^ quoi qu'entrepris isolément, seront un jour rattachés par un lien naturel et sympathique. VoiLà la véritable décentralisation, la [)lus diflicile cà obtenir, intellectuelle et artistique. 11 serait cà souhaiter que chaque province, chaque ville, grande ou petite, possède un homme doué des mêmes qualités (6 février 1873).
J'ai souligné un passage de celte lettre assez typique, car Ghampfleury — la célèbre (!) iMlle Couesdon n'existait pas encore — y semble prophétiser. En tout cas, sa prophétie s'est réalisée, mais peut-être aussi ces quelques Hgnes n'ont-elles pas été inutiles pour ra'encourager dans mes travaux ultérieurs.
C'est encore la petite brochurclte sur Gisors qui Tintéresse, mais le but de la lettre du 19 mars 1873 est surtout \e Violon,
Dans votre brochure, vous parlez d^une figure cadavérique, « me dit-il en commençant celte assez longue lettre, » cette figure me rappelle un monument de même nature qui se voit à Laon, et qui est la statue du médecin Guillaume doHarcigny; mais celle-ci ne put être attribuée à Jean Cousin. ,., . .
Ne vous fiez jamais à M. X. qui eut un nom en librairie, ni à iMM. XX., archéologues-conlusionistes.
Votre jolie petite eau-forte du château de Gisors donne Tenvie de grimper en haut du monument. Le travail est sobre, simple, et rappelle les maîtres des siècles précédents, sans que le pastiche en la manière se fasse sentir.
J'ai fait réduire à la photographie un de vos beaux dessins du Violon de Faïence, et je trouve votre planche si bien réussie que j'ai bien envie de vous commander un essai de la môme taille avec la reproduction du manche, quoi qu'autant que mes souvenirs soient exacts, le manche ait été refait. iMais, dans ce livre, que je veux faire un parangon de typographie, l'archéologie n'a rien à voir. Si quelques connaissances céramiques forment le squelette, le pubhc ne doit voir que la peau rosée du conte.
Voici donc, à la page ci-contre, la grandeur exacte de la gravure, à supposer que j'aie laissé assez do place pour le manche de l'instrument.
Là, en eftet, était collée une épreuve photographique sur toile cirée, épreuve très nette et reproduisant bien tous les détails du dessin à la plume que l'on me demandait de graver. Sur les marges et au bas de la feuille, Champfleury continuait : « Il s'agit d'un volume format in-18, et il est utile de donner de l'air à la gravure à l'aide de marges. »
J'ai rîntcnlion de donner face et revers du violon, également intéressants.
Celte rédaction, n'étant qu'un projet, je vous demanderai, cher Monsieur, s'il ne conviendrait pas pour deux eauxfortes libres, capricieuses et non plus exactes comme vos dessins, de faire voir en perspective un des flancs de l'instrument pour bien le faire saillir sur le mur auquel il serait attaché. Le violon ne pourrait-il être attaché à un clou par une licelle? Quel fonds devrait servir pour bien faire ressortir la richesse des ornementations?
Voilà, cher Monsieur, bien des questions que je vous pose, sans vous demander s'il vous convient de vous embarquer en ma compagnie dans l'ornementation compliquée de ce petit livre. En ce sens, mes amis m'ont rendu exigeant, et vous m'avez ouvert si sympathiquement la porte de votre atelier, que je m'y présente un peu trop botté.
C'est un simple renseignement encore que je vous demande, cher Monsieur, surtout si vos occupations vous empêchaient de me prêter votre amical concours, dites-le-moi aussi francheuient que la pensée de vous tyranniser m'est venue. Prenez-vous-en surtout cà votre talent et à la réussite de votre eau-forte de Gisors.
Les pourparlers en vue do cette première édition illustrée du Violon vont continuer, et longtemps. Selon Champfleury, « rexéculion matérielle du livre offre une telle difficulté » qu'il ne sait où le faire imprimer. « Vous ai-je dit mon plan? Si oui, appelez-moi rabâcheur. )) Et Ghamptleury entre alors dans les détails de l'impression d'ornemenlalion chromotypographique.
Ce sera un livre tiré six fois en moyenne. Ce sera un de mes amis, peintre à la manufacture de Sèvres, — M. E.Renart — qui fait les modèles coloriés des entêtes et des culsde-lampès, et en regardant les patiences auxquelles je le condamne, je me demande, dit Champfleury, si la coloration du Violon est possible. Mais ce serait me priver de votre amical concours que j'aurais été heureux de mettre à profit.
Peut-être irai-je à Rouen, qui m*a fourni le motif de ce conte, et ce, ayant le plaisir de faire voire connaissance, trouverons-nous, de concert, un biais pour nous lir^r d'embarras. Nous ne nous connaissons pas encore, mais nous Unirons par nous entendre et nous parlerons de tout ceci et surtout de vos travaux (car je vous fatigue de mon projet) ; quand vous viendrez à Paris, j'espère que vous voudr ez bien accepter un modeste déjeuner a Sèvres, après quoi nous irions faire un tour au Salon ensemble. Ecrivez-moi votre arrivée et prévenez-moi la v^eille par un mot, je vous en prie, cher iMonsieur, et je serai tout à vous (11 avril 1873).
4873. C'est la première fois que j'envoie au Salon — et que j'ai eu l'honneur d'être admis ~ une de ces années terribles du temps de Charles Blanc, où le Palais de l'Industrie n'exposait que 2.142 œuvres de tous les genres, alors qu'en 1896 il en devait exposer 5.416 !
iVUons voir le Salon et allons à Sèvres.
A vendredi, déjeuner 11 heures, si vous le voulez bien, cher Monsieur, nous irons ensuite faire un tour au Salon. Auriez-vous la complaisance d'apporter avec vous la réduction que je vous ai envoyée du Violon ? Nous pourrions en causer plus facilement la pièce à la main (5 mai 1873).
Je me dirige, à l'heure indiquée, vers la Manufacture de Sèvres — r ancienne — bien entendu. A l'entrée de l'avenue, un Monsieur en veston, chapeau mou, à moustaches grisonnantes, décoré. Si c'était Champfleury. nous ne nous étions pas encore rencontrés, et ses portraits ne m'étaient pas très familiers à cette époque. Non, ce Monsieur — très aimable du reste — n'est pas Champfleury, mais c'est un chef de service à la Manufacture, il veut bien m'indiquer la véritable entrée, car cette avenue décorative aboutit à une grihc toujours soigneusement fermée.
Prés (Je la véritable porte d^enlrée, a droite, une petite maisonnette toute basse, un nom (v (ihampHeury » sur une petite plaquette de faïence. Je sonne. Monsieur n'est pas là, me dit une petite bonne, il est à son cabinet de travail. Mais où ? — Dans la Manufacture. — Ah ! — Monsieur ne sait pas? — Non. — C/est que si Monsieur ne sait pas. Monsieur ne trouvera jamais. — Oh ! — Je vais vous faire conduire, Monsieur.
Et je vais à la suite d'un gardien à tricorne qui me fait faire une route... une route interminable. Et « nous allons au plus court, » daigne-t-il me dire de temps en temps pour me rassurer. Nous suivons des couloirs voûtés comme des cloîtres, nous traversons dus cours encombrées, des hangards, nous nous heurtons à des vases — du genre mastodonte, — • et nous dégringolons des escaliers obscurs pour remonter peu après des perrons disjoints. Ah! c'est un fier voyage, avec les alternatives de demi-jour et d'obscurité profonde (|ui semblent encore agrandir les perspectives et faire fuir les lointains.
Enfin, nous sommes arrivés.
Champfleury, inutile de le dire, m'accueille à bras ouverts. Je fais la connaissance de son ami, E. Renart, artiste enjoué et charmant. Puis nous causons Violon et... mais c'est l'heure du déjeuner... et nous l'ctraversons tous trois les couloirs, les cours, etc.
Dans la petite maison — où je suis revenu depuis bien des fois^ — excellent accueil de la maîtresse du logis. Madame Marie Champfleury, qui me déclare que certain envoi de bonbons a « définitivement gravé mon nom
dans le gosier du terrible Cbamp-Cliamp, d alors espiègle gamin, joyeux et drolatique au possible.
J'aurais voulu répondre cà toutes vos gracieusetés par un dessin concernant Rouen, de la main de votre serviteur, cela ne sera guère prêt avant cinq ou six semaines, d'ici là, ne croyez pas avoir affaire à un oublieux, et ne manquez pas, à la première occasion, de retomber parmi nous (11 juillet 1873;.
La petite surprise, c'était une plaquette élégamment cartonnée, avec ce titre de la main de Cbampfleury : Les Assiettes à musique de Rouen, exemplaire offert à M. Jules Adeline, par son bien affectueux, et contenant réemmargés sur du papier bulle : Le manuscrit de Cbampfleury pour un article du Musée Universel, la première épreuve et la deuxième épreuve avec les corrections de l'auteur, enfin la vignette sur bois et le tirage de l'article de la Revue.
Dès notre première entrevue, la sympathie s'était vite établie. J'envoyai dès lors à Cbampfleury tout ce qui se publiait. Je lui trouvai même chez l'ami G. Gouellain un petit carreau de faïence de Rouen représentant un jeune violoniste qui fit le bonbeiir de Renart. iMais déjà les difficultés d'impression s'accentuaient. (( Reste le chiendent de la typographie, qui me prépare peut-être quelque dure déception; mais je suis bronzé, et je ne lâcherai pas » (31 mai 1873). Et pourtant nous en avions causé dans cette promenade au Salon, après l'amical déjeuner, mais un peu à bâtons rompus, il est vrai.
Cbampfleury, toujours en arrêt devant les paysages et les scènes modernes, rappelait sans cesse que les Hollandais devaient leur célébrité à leur sincérité. En se
Gonlentant, disait-il, de peindre des scènes de la vie journalière, leurs tableaux nous en apprennent plus sur leurs mœurs, leurs coutumes et leurs modes que bien des documents écrits. Aussi, quand il regardait quelque machine allégorique ou devant quelque scène à personnages conventionnels, d'une nudité académique ou vêtus d'oripeaux d'un autre âge, une saillie toujours juste mais souvent drolatique était-elle décochée au passage. Un paysage d'un beau sentiment ramenait un regard rêveur sur le visage goguenard, l'ami de Courbet et de Chintreuil réapparaissait aussitôt, et le petit œil sceptique et malin brillait d'une extraordinaire façon.
Mais Champfleury éprouve le besoin de tomber à Rouen comme une bombe. En Août 1873 il veut en quelques heures visiter le Musée avec moi, revoir le Violon encore, voir G. Gouellain et faire un tour chez les Marchands de Faïence et les Brocanteurs.
Il quitte Rouen avec une telle précipitation « qu'à travers le croisement des lignes j'ai — me dit-il (20 Août 1873) — laissé mon parapluie dans un wagon, ce qui m'a d'autant plus amusé que je venais de terminer un drame palpitant intitulé : Surlout, n oublie-pas ton parapluie. »
Mais au milieu de tout cela l'affaire du Violon continue, toutes les Eaux-fortes que j'envoie sont prétexte à me dire « vous pouvez vous escrimer quand vous le voudrez sur les deux faces du violon ». Il a même été question d'une troisième planche — avec portrait minuscule — mais un frontispice en travers c'était une mauvaise idée. Cette troisième planche sera gravée cependant — mais
non publiée et le Catalogue de la Vente Posthume de Champfleury la baptisera : Ex-Libris, ce à q loi nous n'avions jamais songé ni Champfleury, ni moi.
Les deux cuivres du Violon sont arrivés à Sèvres. « Vous vous êtes dévoué avec une promptitude qui m'a ravi, d'autant mieux que les Eaux-fortes sont parfaites. L'exactitude (le la reproductiou n a pas nui au coté artistique. Voilà eutin, cher Monsieur, le Violon de Rouen triplement consacré, deux fois par vous, une fois par moi (8 novembre 1873).
iMais les tracas de la chromotypographie continuent. « U est possible que la chromolitho soit substituée cà latypo...., ce sera un tirage de plus...., mais on aura plus de certitude pour la réussite de Topération «.
Quant aux Eaux-fortes Champfleury va faire tirer
quelques épreuves.
« Je veux assister moi-niomc aux essais d'épreuves, afin que les carottiers et les corbeaux à la piste des imprimeurs, n'en enlèvent pas un exemplaire.
« J'ai fait imprimer à six exemplaires des choses très intimes et dont la non-réussite avait une grosse portée, dont je retrouvai des exemplaires dans le carton de Burty. Je ne veux pas favoriser ce commerce et Burty sera puni par où il a carotté ». (Novembre 1873)
La pièce gravée à laquelle Champfleury fait allusion est cataloguée par IL Béraldi dans l'œuvre d'Edmond Morin [Les Graveurs du XIX^ Siècle — x. p. 148, n^ 31), c'est le billet de faire part d'une union — qui resta à l'état de projet avec cette lettre gravée — : « Monsieur Champfleury et Mademoiselle X... ont l'honneur de vous faire part de leur mariage au Bas Sannois, Septembre 4862. )) En effet, pour une (( chose très intime dont la non réussite avait une grosse portée (( c'en était une et c'était raide^ de la retrouver bien conservée dans le car-
ton d'un collectionneur — fût-il un ami. — Il est vrai que depuis des catalogographes les ont révélés au grand public. Mais on sait que les Rédacteurs de catalogues ne reculent devant rien, et se feraient un scrupule d'omettre le moindre renseignement, tant ils ont présent à Tesprit cette injure qu'on leur déc<)chera plus tard à chaque pièce oubliée. « Inconnu au célèbre xxx, l'auteur de la Bibliographie de.... ».
Au moins, quant à moi, je pourrais fournir une variante à ce cliché si jamais je publiais un jour nrion catalogue, — - ce qui est vraiment douteux - - et j'aime à croire que les (^Découvreurs » d'omissions m'en seraient reconnaissants.. Il n'est pas impossible que dans un catalogue quelque lacune se soit glissée, mais au moins ces gens heureux — les « Découvreurs » dont il est question plus haut — auraient-ils la joie, quand ils mentionneraient ces omissions, de pouvoir s'écrier : Inconnu à VAuleur lui-même ! Ce qui serait une nouvelle formule.
Mais préparons-nous à jouer un nouvel air de Violon,
ce n'est pas fini. Il y a cependant un petit cnlr'acte pendant
lequel j'essaye d'intéresser Cham|)fleury à E.-ll. Langlois
dont je lui envoie de temps à autre quelques nouvelles
planches gravées pour l'album publié par Alfred Dieusy.
Je crois possible raffaire de la Gazelle des Beaux- Arts, me dit-il (10 octobre 1873), mais j'aurais besoin d'ôlre prévenu deux mois à l'avance au moins, car lesii°'dela
Gazelle ^owi proparc^s de longue date le ferais volontiers
Tarticle — « ce qui d'ailleurs resta toujours a Télat do projet, »
car je crois posséder assez sur Langlois Sèvres, vous
le savez, comptait parmi ses peintres Polyclùs Langlois, le (ils de l'Archéologue, il a décoié pendant plus de vingt-cinq ans nombre de vases et de services en porcelaine. L'homme
est mort Tan passé, je ne Tai pas connu. J'ai cherché ce matin dans un porlefeuille s'il n'existait pas quelques dessins de lui, mais je ne trouve rien. Il peignait assez habilement sur porcelainii, du bout du pinceau, des paysages de Suisse, des bords de la Seine, des châteaux, d'un ton et d'une harmonie qui font plus penser à l'art de 1820 qu'à l'art de favenir dont tant d'esprits se préoccupent à juste titre. Polyclès fut un décorateur [)lutot (|u'un chercheur comme son père. Peut-être a-t-il laissé d'autres œuvres que ses peintures sur porcelaine, ces renseignements pourraient au besoin être cherchés.
Mais renti*'acte se prolonge. Après Langlois on parle de Breviére. Primitivement le manuscrit de mon volume sur Bréviere était assez modeste, — cependant la planche frontispice était déjà gravée et j'aurais souhaité voir
passer ce petit travail dans la Gazette ou la Chronique
mais, hélas ! que de tribulations !
J arrive de la Gazelle des Beaux- Arts (6 janvier 1874) et j'ai vu René Ménard qui la dirige.
Il n'a pas connaissance de l'article sur Langlois qui est sans doule dans les mains du secrétaire de la Chronique, en voyage pour quehjues jours.
Pour Breviére, Ménard me charge de vcus dire que cette étude ne rentre pas dans le cadre de h Gazette surtout à cause du personnage qui ne lui paraît pas assez important. Ce procédé l'engagerait trop vis-à-vis des graveurs sur bois qui s'imagineraient plus tard avoir droit aux mêmes honneurs.
JViurais voulu ne pas être charge de vous transmettre cette réponse, mais j'ai craint que Ménard ne lut long à vous répondre;. Ménard me dit que le dessin conviendrait mieux au Magasin Hitloresque où, en eiïet, la gravure sur bois cstlrés honorée. Peut-être pourrais-je en parler à quel- (|u'un. Vous feriez toujours bien d'envoyer la gravure à M. Best qui (St le véritable directeur malgré la signalure Chailon.
La lettre ne se termine pourtant pas sans une petite variation sur le Violon,
J'ai enfin va M. Salmon pour les épreuves du Violon. Il va vous eu tirer et vous les enverra de façon que vous fassiez vos observations pour Je tirage. Et revenant encore sur Breviére : « L'arlicle serait pourtant: intéressant en raison de la part que l'homme prit à la renaissance de la gravure sur bois, aux environs de 1830: mais pour ne pas vous exposer à une déconvenue (je ne saurais vous dire combien d'articles reçus sont arriérés et dans le purgatoire des cartons) vous ferez bien de m'écrire en quelques mots votre plan. ^ Et quelques jours après (17 janvier lb74) : J attends
votre manuscrit sur Breviére y a dans l'œuvre de
Langlois à la Bibliothèque une estampe fort rare qui me paraît bien digne d'être reproduite. C'est le portrait de Madame Desbordes Valmore représentée dans le véritable costume du temps avec toute la rigidité d'un homme qui ne sacrifie ni aux modes ni au romantisme poétique de l'époque. Ce portrait est une note bien particulière dans Tœuvre de Langlois et je vous serai obligé de soumettre mon observation à l'éditeur.
Oui, niais l'éditeur ne voulait dans son Album que des dessins inédits, donc rien à faire. Et puis le Langlois vu par les artistes est tout à fait diQerent, disons-le en passant, du Langlois vu par certains amateurs. Ces pièces, caractéristiques d'époque et de facture, laissent absolument froids les amateurs de miniatures et de pièces microscopiques que Ton connaît.
Au milieu de tout cela le pauvre Breviére était toujours sur le pavé. Si on essayait de V Artiste, Cliampfleury se remet en roule. Il va chez Arsène Iloussaye qui de sa plus belle écriture lui répond aussitôt : (( Tout ce qu'il vous plaira pour vous et pour vos amis. Amitiés à vous et à votre charmante femme. » Et en m'envoyant cet autographe Champfleury ajoute sur l'autre page : a Je trouve môme à cela un grand avantage (24 février 1874),
il était très difficile de faire nne bonne plaquette in-8 ou grand in-8 avec la composition de la Chronique; les remaniements nécessitent quelques frais. AvecTAr/ts/ô vous aurez un beau format et de beaux caractères sans mise en pages. Si cela vous convient, envoyez-moi la planche et un petit mot aimable pour Iloussaye que vous pouvez retrouver dans la vie. Quel tirage demandez- vous? »
Et toujours le petit post-s ^riplum obligatoire sur le Violon : ((Ecrivez directement à l'imprimeur pour les épreuves, je vous prie. î>
Malgré toutcela le Breviére ne passera pas non plus dans r Artiste... Il est vrai que je retrouverai Iloussaye plus tard comme Champfleury l'avait prédit... mais beaucoup plus tard, et voici comment : Aux fêtes (\\x Centenaire
de Corneille ou — anniversaire du deuxième déluge
depuis la création — le pauvre Arsène Iloussaye, en tenue de soirée et en fins escarpins, a bien voulu accepter la moitié de mon parapluie. Nous sommes descendus bras dessus bras dessous la rue de la République sous Taversc effrayante et nous avons stationné ruisselants d'eau devant le bronze de David d'Angers. J'ai accompigné à la gare Saint-Sever, Arsène Iloussaye reconnaissant et nous avons causé de Champfleury, cela va sans dire. Depuis l'auteur de tant de romans et de sonnets m'a envoyé un de ses petits volumes de poésie en me remerciant de l'envoi d'une de mes publications, il me déclare daîis sa dédicace que (( ses vers ne valent pas une minute de mon parapluie » tant le souvenir était vivace chez lui du service rendu et de l'abri miraculeusement trouvé.
Je ferme la parenthèse et déclare de suite que si j'ai
JYti-ki-ka
Croquis inédit pour une édition des « Chafs »
LIBRARY OF THE .,iVERSITY OF ILLIH
retrouvé cette fois le Arsène Iloussaye comme cela était écrit... je n'ai pas eu aie remercier, car Y Artiste n'a pas publié le Breviére qui fut plus tard édité à Rouen.
Je grave toujours entre temps les nouvelles planches pour l'Album de Langlois, et Champileury les connaît presque au fur et à mesure de leur apparition... mais ici nouveau lamento sur le Violon,
Je vois avec plaisir (16 mars 1874) que votre série d'après Lan^lois marche et s'augmente; je voudrais pouvoir en dire autant du Violon. Je suis arrêté à chaque (in de chapitre par des difficultés qui deviennent des impossibilités, mais le delail serait beaucoup trop long à vous raconter. Je commence à prendre en horreur les livres illustrés, et pnnci- paiement les livres en couleur. Notez que je ne suis encore qu'à la tvpographie et songez à la chromo?
Avez- vous des nouvelles crA. Houssaye? Je ne le rencontre jamais. Cela vient surtout de ce que je suis particulièrement interné à Sèvres le soir, et que, pour lui, la journée ne commence que le soir.
Rien de nouveau jusque l'ouverture du Salon. Nous comptons bien. vous avoir à déjeuner aussitôt votre arrivée, surtout n'y manquez pas.
Et en post-criptum Chami)fleury donne encore ce jourlà un renseignement sur le Médaillon de iM. Potier, dont il n'entend pas plus parler « que s il demeurait à 200 lieues delà Manufacture. Mais je ne peux décemment pas peser sur ce brave sculpteur qui a charge d'àme sur les bras et qui, outre des travaux chez nous, doit répondre également à des commandes de commerce. »
Et en terminant il ajoute : « Ce Salon de 1874 me sera
particulièrement insupportable, à l'idée que je vais être
obligé de passer devant mon buste, un gros buste,
qu'un cousin à moi m'a jeté à la tete et contre lequel je ^ 2
me suis inutilement défendu. Imaginez-vous l'auteur de Monsieur Tringle solennel et correct. »
Quelques jours après l'ouverture du Salon (5 mai 1874) : c Mon cher Adeline, voulez-vous venir déjeuner jeudi à 11 heures, à cause des Conirnissaires-Priseurs, ou ce qui serait mieux, dîner. Nous avons beaucoup à causer. ^ Et, en effet, nous en avons dit de toutes les couleurs sur cette interminable édition du Violon et aussi sur ce « gros buste )) que j'avais vu au Salon la veille et qui vraiment n'était pas aussi exécrable que cela. L'œuvre d'Emile Guillerain — un élève de J. Salmson — était froide... mais surtout on l'avait pris en grippe. Ce buste était devenu une véritable tôle de Turc. Jamais l'homme, disait Madame Champfleury, n'a eu cette physionomie sans expression. La malice de l'œil, le sourire moqueur, on n'en trouve aucune trace. Ce « gros buste » insinuait Bracquemond de son air goguenard, est destiné à la Manufacture. — Oh ! — il sera un des plus a gros » motifs d'ornementation de la façade de la nouvelle Manufacture. Et lancés sur cette pente les plaisanteries n'en finissaient pas.
!\iais, il y a des œuvres qui vraiment n'ont pas de chance. Après la mort de Champfleury, G. Gouellain et moi, nous eûmes l'idée do provoquer entre amis une modeste souscription pour ériger à l'auteur du Violon et des Bourgeois de Molinchart — l'œuvre la plus complète de l'écrivain — un petit monument bien modeste aussi , soit à Paris, au Luxembourg par exemple, soit mieux encore peut-être à Laon sa ville natale. Les frais ne devaient pas être élevés, le buste existe déjà, dis-je,
dès les premiers pourparlers — le buste du Salon de 4874... mais nous n'en voulons pas. — Mais vous n'auriez que les frais de la fonle. — Nous n'en voulons pas, nous ji'en voulons pas... Il n'y avait pas à insister.
Le plus drôle c'est que la ville natale de Champfleury ne voulut pas non plus du monument. G. Gouellainvit les personnalités les plus hautes de la localité, elles se voilèrent la face avec indignation dès que cette proposition leur fut faite. Erip^er un monumentà Champfleury?... répondirent-ils, jamais! jamais!... — Mais pourquoi ? — Il s'est moqué de nous! Ah! c'est que la Province n'est pas tendre pour ceux qui mettent en relief ses petits travers, (f Ce buste, mais il serait couvert de boue. » (( Les petits mordent. » Le mot est toujours vrai. J'ai déjà dit quelques mots de cette haine do province dans la Légende du Violon de Faïence éditée par l'aimable et regretté Conquet.
Je le redis ici, les habitants de la ville de Laon ont montré dans cette occasion des susceptibilités singulières. Si vous avez parmi vous des types grotesques, chers bourgeois, tant pis pour vous. Mais n'accentuez pas la cocasserie de vos fantoches par vos basses rancunes, vous n'aurez jamais les rieurs de votre côté.
A défaut, d'ailleurs, de cet honneur posthume, Champfleury reç-ut de son vivant des marques de sympathie qui le touchèrent profondément. Et ce ne fut pas une des moindres joies de sa vie que cette modeste Médaille de la Société Protectrice des Animaux dont je le félicitai dès que je vis parmi les lauréats le nom du bon ami des chats.
Merci, cher Monsieur (3 juin 1874), de vous intéresser à ces petits incidents de la vie littéraire.
Voilà Ja première fois qu'une marque publique de sympathie et d'encouragement m'est donnée par un Corps quelconque dont je ne connais aucun membre. L'annonce de cette récompense m'est arrivée tout à coup et m'a d'autant plus étonné que, membre d'une Société protectrice des Animaux, je me serais récusé conjme indigne d'une telle laveur.
Le plus singulier en tout ceci, est que le livre {les Chatsj est complètement épuisé et que l'éditeur en a assez de sa vieille maîtresse. Je ne dis pas toutefois qu'il restera sur le carreau. Cependant, si j'étais riche, je ne le réimprimerais pas, lui laissant l'honneur d'alteindre dans les ventes de gros prix. Mais )'ai une diable do famille qui ne permet pas que le chat dorme et pour produire quelques nouveaux travaux à loisir, j'essayerai de faire travailler encore une fois ces chats.
Votre oirre est trop aimable pour que je n'en profite pas à l'occasion. Y aurait-il moyen de voir quelques croquis de votre ami, afin que je les soumette à divers éditeurs auxquels je vais oll'rir une nouvelle partie de chats?
J'ai failli, lors de votre dernier voyage, vous rencontrer chez Darcel, du moins le jour où j'y dînais on recevait votre carte, ce qui m'a donné occasion de dire tout le bien que je pensais de vous.
Quand un ou deux spécimens de votre rue seront gravés, je "vous ferai part de la combinaison qui me semble la meilleure.
Et le post-scriptum traditionnel est toujours lamentable— pour le pauvre Violon,
(k Une nouvelle épreuve du Violon que je viens de recevoir m'a fait encore une fois retomber à l'inlérieur de l'instrument par les /. C'est la plus cruelle des prisons qu'on ait jamais bâtie. »
Les deux vues projetées ce sont deux vues de l'Eau-de-
Robec, et les dessins sont des croquis de Tami Zacharie, un peintre du plus grand talent. Mais tout cela Histoire de l'Eau-de-Robec et édition des chats avec dessins de P. Zacharie est resté à Tétat de projets.
Ph. Zacharie, un artiste peintre rouennais , devenu depuis cette époque, tout le monde le sait, sans égal pour enlever « le morceau », est aujourd'hui un peintre dans la plus belle acception du mot. Malheureusement les croquis de chats qu'avait bien voulu me faire Tami Zacharie et qui sont envoyés de suite à Ghampfleury, arrivent dans un moment épouvantable.
Ghampfleury avait alors deux enfants, une petite fille espiègle et charmante, un garçon (( le terrible Champ- Champ », bruyant au possible et d'un esprit diabolique. Les deux enfants, laissés seuls un instant, ont-ils joué avec des allumettes? Toujours est-il que la petite fille, horriblement brûlée, expire en quelques heures.
J'ai enterre ma petite fille hier, cher Monsieur (26 juin 1874). La mère est dans une grande douleur. J'ai essayé de la combattre le môme jour en travaillant ; je n'ose dire que j'ai bien vu les dessins que vous m'avez envoyés et que j'ai reçus, je crois, en revenant du cimetière.
Nous nous laissons beaucoup trop aller, en France, à nos chagrins. Il me semble que j'ai lu que les Anglais et les Américains reprenaient aussitôt leur fardeau. Et c'est ce que je tiens cî faire. On peut se souvenir longtemps, toujours, sans cesser de travailler.
J'ai remis aussitôt de l'ordre dans mes papiers de bureau et j'ai vu qu'il manquait à la bibliothèque du Musée trois brochures concernant à la fois la Céramique et la Normandie. J'essaie de combler mesdesirala, ayant à cœur de publier une Bibliographie analytique de la Céramiqu? et je vous
serai très obligé de charger le successeur de M. Le Rrument de me procurer ces brochures.
Baudry, que vous connaissez, doit bien en trouver une des siennes; j'y liens beaucoup, dites-le lui. Ce n'est pas seulement pour le Musée, c'est pour tous qu'une collection doit être complète.
Le médaillon Potier est fait, il n'a plus besoin que de quelques retouches.
J'ai reçu votre journal avec les photographies du Mus^^e que je conserve précieusement; tout ce qui vient de vous m'intéresse.
Le Brevière qui avait paru accueilli d'enthousiasme — n'a pas passé dans Y Artiste : travail trop long, artiste provincial trop peu connu, trop catnlogue, etc., et autres motifs de ce genre, j'ai pris un autre parti..., je l'ai déjà dil, mais Champlleury n'est pas content.
La jolie eau-forte qui est entête deBurns (6 août 1874)devraitiairerougirde Ironie Arsène lloussaye(iuiarepoussé,sans V rien comprendre, votre travail sur Breviére. En le faisant, vous aviez obéi aux règles précises de lecole du document; 'ai peut-être, en essayant de vous être agréable, été bien
léger Mais consolez • vous de ces misères. Elles
enveloppent constamment et de toule part, les artistes et les poètes, il faut les crever et ne pas s'en préoccuper plus que de bulles de savon.
La jolie composition, en tête de Bi:rns, montre que vous êtes en progrès et qu'à vos qualités naturelles vous joignez une clarté, une précision que donne l'étude.
J'ai toujours beaucoup aimé les poèmes de Burns, il a été un trait-d'union entre la poésie populaire et la poésie des villes. Aussi vais-je lire à mon premier moment de liberté, la traduction de M. Richard de la Madeleine. Elle me rappelle une facile existence de 1848, qui est 1 année où je hs connaissance des œuvres du poète.
Le livre est élégant, bien imprimé, et c'est une bonne
idée que d'y avoir joint une Eau-forte qui, avec Burns, retrace spirituellement son payS; ses pensées.
Puis un terrible — mais pas nouveau lamente — ^ sur le Violon.
Le Violon me fera mourir par ses dilBcultés. Je viens d'en jouer un air ce matin, c'est-à-dire d'ajouter quatre pages à un chapitre pour ne pas ruiner mon éditeur en chromo. Il n'y avait pas assez de matière : j'en ai refait trop. Faire, défaire, défaire, faire. Tout mon hiver se sera passé ainsi en épreuves de quatre volumes. Je n'ai rien pu écrire de nouveau, j'en suis tout triste, car la vie ne m'intéresse un peu que quand je me conte à moi-même quelqu'histoire.
Et Champfleury revient en terminant sur le Breviérc.
Je n'ai pas encore repris le manuscrit aux mains de Houssaye et j'en suis bien aise. Je compte lui montrer le Burns et lui faire comprendre combien il a eu tort de ne pas s'attacher un artiste de votre avenir.
Ici se place un événement assez important — et le 21 août 1874 je reçois de Sèvres cette lettre :
La nouvelle que vous m'annoncez m'a fait grand plaisir, cher Monsieur Adeline; les artistes, quand ils sont bien trempés et qu'ils ont la pleine possession de leur talent, peuvent obéir à la loi générale et se marier.
Pourrais- je assister cà la célébration de votre mariage ainsi que je le souhaite? c'est ce dont je n'ose répondre encore ; j'ai pris bonne note de la date et je tiens h vous donner cette marque d'amicale sympathie. L'envers est que je peux être pris tout à coup par un service forcé administratif et qu'en même temps, depuis l'événement qui m'a enlevé un enfant, j'éprouve des inquiétudes nerveuses que Ij temps est loin d'alfaiblir. Je travaille et vaque à mes allaires habituelles; je n'en subis pas moins le contre-coup de douleurs maternelles que je sens vives et profondes.
Madame Champfleury vous remercie bien de l'avoir assD-
ciée à votre invitation; elle a un fils en vaCances et sa famille près d'elle qu'elle ne peut quitter.
S'il y avait une modification dans le 7 septembre, veuillez, je vous prie, cher Monsieur, m'en aviser. D'ici là je peux avoir recouvré plus de tranquillité et vous accompagner avec la figure qui sied dans cette cérémonie.
Mais, le deuil était vraiment trop récent, la veille du
mariage (6 septembre 1.874) je recevais le petit billet
suivant :
Félicitez-vous, mon cher Adeline, de ne pas voir aujourd'hui mes inquiétudes et mon reste de chagrin.
Je me suis bien tàté avant de renoncer a assister en ami à votre bonht3ur. Vous savez que je n'aime |)as à porter de masque. 11 m'eût fallu trop .oubliôr et je ne le puis encore.
Présentez mes compliments à Madame Adeline et dites-lui combien nous serons heureux, à votre prochain voyage, de vous recevoir tous les deux.
Quelques jours passes à Sèvres à la vieille manufacture. Madame Ghampfleury, très aimable, veut à toute force faire visiter en détail tous les ateliers si piltores- <iuement délabrés alors. Celui surtout oii l'on prenait un malin plaisir à faire réduire en miettus —et ce n'était pas difficile — des tasses ultra fragiles que Ton mettait entre les mains des visiteuses, exerçant même au besoin une légère pression sur les doigls pour jouir de la stupéfaction et de l'effroi des spectatrices. Champfïeury nous suit — non pas en habitué de la maison — mais en déclarant cocassement « qu'il n'était jamai^^ passé par là. » Au déjeuner, Champ-Champ, toujours joyeux, a des airs de gaieté et des velléités d'imitation d'homme orchestre qui lui valent C(3lte semonce paternelle : « Champ-Champ, on n'est pas à table pour jouer du trombone ! »
Le soir, on nous reconduit au bateau, après avoir traversé tout le parc de Saint-Cloud et celle journée, ne nous laissant à tous que de bons souvenirs, semblait avoir resserré encore les liens de notre amitié. iMais peu après nouveaux tracas.
Accablé d'abord de travaux, mon cbcr Adeline (20 novembre 1874s je me suis rendu très soucieux à les regarder et les soucis ont engendré une maladie qui n'est pas encore tout à fait terminée.
J'ai d'abord à vous remercier du dessin des stalles qui sont très iinement dessinées. — (Ces dessins étaient la reproduction des deux miséricordes de Saint Etienne des Tonneliers qui devaient plus tard llgurer ddiuslc^ Seul/ 4icres r/rolesques } — Mais ces motifs ont trait à des corporations d'ouvriers el point à une raillerie quelconque. Je vous les renverrai à l'occasion, car je ne veux pas vous priver de croquis si exacts qui méritent d'être reproduits un Jour.
Ma femme vous remei'cie de la photographie qui va entrer dans l'Album des amis et nous avons appris avec plaisir que le petit voyage s'était bien passé.
Les chromos du violon très bien venues en ép; cuves, il faut espérer que l'adaptation à la typographie ne réussira pas moms. Nous ne publierons guère avant avril et nous chanterons en ce joli mois un hosannah en l'honneur de l' Aquafortiste qui a mis dans ses procédés autant de délicatesse que dans sa pointe.
A bientôt. l*ensez-vous toujours aux splendeurs Eauderobecquales?
Chose singulière, Cliampilcury et moi nous avons parlé cent fois de ce projet d'une monographie de l'Eau-de- Robec, nous nous sommes préoccupés cent fois du plan de Touvrage, des documents à consulter, des illustrations à combiner, de la forme même de ces vignettes... et finalement rien n'a été fait, et il va encore en être question dans le billet suivant :
Merci de votre bon souvenir, mon cher Adeline (31 décembre 1874). Les cslampes que vous me signalez, je dois en ellet en connaître la plupart. Cependant il faudra voir lorsque nous ferons des études pour rEau-de-Kobcc. Je suis justement plongé dans des images analogues à celles que vous me signalez. Le Musée de la Caricature je Lai; mais les fac-similé sont médiocres et je crois que pour plus d'exactitude dans ces réductions de reproductions, je vais avoir recours à la Phoîographie au Cabinet des Estampes, si j'en obtiens la permission.
J'avais toute raison de penser k vous aujourd'hui, car en même temps que votre lettre, je recevais la notice de M. Ch. Lormier {Chansons de Poirier le Boileicx) — avec vos très jolies illustrations. VoiLà une plaquette qui fera honneur à ilouen de toutes façons et je pensais que ce système pourrait être applique en partie à l'Eau-de-Rohec.
11 faut bien poser les bases de ce petit édifice avant de le décorer; xowj, le savez mieux que ujoi, vous qui avez étudié la pondération, les lois de l'espace, la division ornementale, toiites choses dont je rêve mainlenant que je fais partie de la conimission de perfectionnement de la Manufacture avec MM. Duc, Guillaume, Lameyre, Galland, etc. Un peu de sang architectural est passé dans mes veines et autant que possible j'en profite pour l'appliquer à l'ordre en toutes choses.
Le temps passe toujours et le Violon qui devait paraître en Avril ! Champfleury me demande le dessin colorié d'un saladier (( au Père Duchéne » appartenant nu Musée de Rouen pour la nouvelle édition des Faïences patriotiques — et (() juin 1875) rien de nouveau pour le Violon qui n'avance pas, chaque visite de l'imprimeur amène un embarras et je ne peux dire encore comment on s'en tirera. >: Mais le Centenaire de Boieldieu a fait parler de lui et les bruits orphéoniques ont exaspère mon excellent ami.
^ Avez-voiis assez de Boieldieu ? moa cher Adeline. Je vous ai plaint, car je ne sais rien de plus ennuyeux pour un travailleur, que de voir 5a ville, envahie pp.r des orphéouistes, des pompiers ou toulc autre réunion savante, qui se rue dans les rues, prend votre place au café, s'empare de vos trottoirs et au besoin de votre logis. A Paris ces groupes de badauds se noient dans la grande badauderie de la ville, mais en Province.
Non, les Conseils municipaux ne savent pasqut^ls torts ils font à leurs grands hommes en décrétant de semblables lé tes.
J'ai reçu votre brochures archéologique — (Le Tréport et TEglise d'Eu) ~ et en la lisant je m(^ rappelais Theureux temps où je suivais les tournées de M. de Caumont dans votre pays.
Avec vos connaissances en architecture, vous pourriez, de temps en temps, donner un mémoire semblable à celui ci, en insistant sur le point de vue archéologique dans vos notes et vos croquis. Vous feriez ainsi, en quelqu(\s années, un volume curieux sur la Normandie, surtout en vous attachant à la monographie d'un monument.
J ai reçu ledessin du saladier, je vous en remercie. L'inscription est particulièrement curieuse, et c^est la seule lois que je l'ai vue.
Le V.olo)i va peut-être rendre sous peu quel(|ues sons chez Lemercier ; mais quels grincements de cord s avant d'arriver à jouer juste.
Excosez-moi, mon cher Adeline (31 mars 1875), d'avoir tardé à répondre à votre lettre : les tracas administratifs, des allaires urgentes en ont été la cause...
J'avais un remords constant en pensant à vous; mais je n avais plus votre lettre qui était allée s'engouiïrer dans locéan des papiers que je garde, et si j'ai |)ris note du Ladureau, il m'a été impossible de me rappeler ce que vous désiriez que je lisse au journal VArt.
Ne mejenez pas rancune et veuillez me dire, je vous prie, de quoi il s'agit. Je verrai M. Véron, le Directeur.
Je vous prie d'attendre ce farceur de Ladureau une quin-
zaine. J'ai été obligé avant-hier de faire la moitié de Paris pour m'en procurer un exemplaire pour la réimpression. L'excessive indignation de la critique pudibonde a eu pour résultat de faire vendre l'édition en un clin d'œil. Le premier exemplaire du nouveau tirage est inscrit à votre nom.
Demander aux Revues et aux Journaux d'Art des articles pour l'Album de Langlois, ce fut encore un projet qui ne devait pas aboutir, et pourtant Ghampfleury se dépensa encore sans compter en marches et démarches.
En même temps que celte lettre (27 avril 1875), vous devrez recevoir un Ladurcau que je mets à la poste.
Je n'ai pu voir M. Véron, Directeur de VArt, pour votre affaire, il était en voyage.
Quant aux prospectus relatifs à Langlois, la marche suivie par l'auteur n'est pas la bonne. Vous ne trouveriez pas de journal faisant des annonces d'avance sur le simple vu d'un prospectus. Les crili([ucs sont déjà aussi rares que le merle blanc quand on leur a envoyé un ouvrage complet.
Le mieux serait d'envoyeV trois séries pareilles d'un choix de planches qui pourraient elre reproduites par la Gazette des Beaux-Arts^ VArt^ les Beaur-Arts, d'Arsène Houssaye.
Les trois directeurs de ces |)ublications choisiraient line planche inédite (c'est-à-dire avant la publication), qui pourrait leur convenir, et une note ou un article en découlerait naturellement.
Je ne connais pas d'autre moyen de publicité.
La première livraison du Rouen Disparu prend naturellement le chemin de Sèvres dès son apparition, car j'aurais bien voulu avoir quelques lignes de préface.
Par nécessité d'une imprimerie qui ferme le 15 septembre, je suis condamné, mon cher Adeline (23 août 1875», à faire tirer quand môme une deuxième édition de la Carieature au Moyen- Age ^ tiœs augmi^ntéiî, avant la fermeture de Timprimerie.
Joignez -y une édition également augmentée des Faïences Patriotiques^ forcée de paraître en octobre.
De grands articles pour VArt et la Gazette desBeaux-Arts,
Un roman qui va paraître dans ["Evénement.
Encore un volume de réimpression, Caricature République^ qui manque depuis six mois en librairie.
Et pour couronner le tout, le déménagement du Musée qui commence demain, forcément (contre Tarchitecte avec qui nous sommes en délicatesse^ Est-ce assez de besogne que 20,000 pièces fragiles à classer, brochant sur cette autre besogne ?
C'est vous dire que je n'ai pas une minute dans ce moment, et qu'une lettre précédant votre publication serait sans portée ou insignifiante. Réservons tous nos efforts pour la fameuse Rue, et essayons d'en faire un travail intéressant? Yoilà le plus important. Une lettre d'adhésion d'un être faiblement archéologue n'aurait aucune valeur; vous devez, je crois, voler de vos propres ailes dans ce travail, et ne connaissant ni le pays ni les antiquités, je ne pourrais le faire précéder que de banalités.
J'espère que vous ne verrez ni paresse ni mauvaise volonté dans ce que je vous exprime en toute franchise et que vous m'excuserez...
... Enfin ! ! ! ! ! ! on tire la première partie du Violon!! Il Si le succès répond au retard ! quel succès ! ! ! !
Le Rouen Disparu s'annonce bien, et les eaux-fortes si fines m'allèchent pour l'Eau-de-Robec.
Hélas! En aura-t-on parlé de cette monographie de
rEau-de-Robec, et jamais il ne sera rien fait. Il y a des
tas de choses dont on parle toujours et qu'on n'exécute
jamais, et par contre, il en est d'autres qui sont presque
exécutées avant d'en avoir touché deux mots... même aux
plus intimes.
Champfleury suit d'ailleurs mes travaux — en me tenant toujours au courant du Violon.
Vous êtes infatigable, mon cher Adeline (2 octobre 1875). Je n'entends parler que de vous dans les journaux à propos' de l'inauguration de votre monument commémoralir. (Le Monument de la défense de Toul).
Vous entassez brochures sur gravures. Les Rouennais doivent être fiers de vous, ou ce sont des ingrats.
Vienne le Violon, et on chantera vos louanges sur toutes les cordes. Retardé encore; mais l'impression chromo est parfaite.
, M Lieusy m'envoie encore de vos nouvelles avec sa publication sur Langlois. Vous trouvez éncore le temps d'illustrer les Andelys.
Remerciez, je vous prie, pour moi, M. Baudry, de la permission qu'il vous a donnée de m'envoyer, avec un spirituel croquis, un renseignement fort utile. Nous reparlerons de cela cà l'occasion.
Plus je bouquine, plus je m'aperçois combien Rouen fut riche en imaigiers pour l'ornement des livres. Voilà pour, vous une publication a tenter : La Xylographie Rouennaise.
Le Rouen Disparu est terminé — ou à peu près (21 février 4876), mais Channpfleury a cru que je re-' produisais des anciennes gravures... ou des anciens dessins.
Si j'avais, mon cher Adeline, à graver d'anciens monuments disparus, je voudrais, autant que possible, reproduire , strictement d'anciennes gravures ou peintures, c'est-cà-dire dans l'esprit du temps passé, avec la même simplicité et sobriété de moyens.
Je trouve vos eaux-fortes trop ingénieuses et malicieuses pour les lourdeurs architecturales du passé. Ou alors, soyez grave et simple comme Méryon, qui est pourtant un moderne.
Un tel système dépend, il est vrai, des sujets à traiter; mais l'architecture est un art grand et austère. 'Voilà, mon cher Adeline, les réflexions que m'inspire votre ancien Rouen ; prenez-les en bonne part. Elles sont la '
preuve de la sympathie que je vous témoigne et du courant qui doit atteindre l'eau-forte prochainement.
Moins de petits travaux, de curiosités de pointe. Cherchez les grandes lignes et ne vous préoccupez pas du détail.
Le Violon est imprimé aux deux tiers. Dans deux mois nous sonnerons quelques fanfares en voire honneur.
Connaissez vous, par hasard, M. E. Coquatrix, à Rouen^ ancien poète, actuellement négociant, je crois. Il a fait imprimer en 1865 un volume : Normandie, tiré à 50 exemplaires. Ce n est pas le volume que je recherche, mais le portrait qui est en tête. Comment faire pour se le procurer?
Les meilleures amitiés d'un homme malade et à peu près couché depuis deux mois.
Le Brevière, on Ta déjà vu plusieurs fois, renvoyé d'une publication à une autre... comme une simple balle élastique, va être publié tout de même... mais à Rouen.
Publié d'abord en feuilleton dans le Tam-Tam, il s'est transformé en un petit volume. Mais, en tête de ce volume, une dédicace est nécessaire... et cette dédicace je la soumets à Ghampfleury. Elle lui était bien due, il s'était donné assez de mal pour ce petit travail, alors moins important, il est vrai, mais dont le Portrait Frontispice, on l'a vu, était gravé depuis longtemps.
De grand cœur, mon cher Adeline, j'accepte la dédicace, et je souhaite qu'elle porte bonheur a votre travail.
Voulez-vous savoir où jen suis avec VArt, la Gazette des Beaux-Arts et les autres journaux où je publie des romans actuellement.
Notez, qu'à part deux mois dans mon lit ou renfermé, je peux me transporter facilement à Paris, ou y envoyer ma femme au besoin.
1« Les journaux politiques... me forcent à des retards, à des colères qui conviennent médiocrement à un homme succombant déjà sous le poids du travail.
2° Je me brouille avec la Gazette des Beaux-Arts parce que j'écris à VArt.
3° L'Américanisme semble la règle du journal X. On ne voit pas le Rédacteur en chef C'est un homme pratique plus qu'un artiste. Tout se fait à la diable, gravures, etc. Pas de plans — 300,000 fr. à dépenser par an en pure perte. Lundi dernier j'ai failli envoyer un huissier pour interdire la publication d'importants articles pour lesquels on m'envoyait les épreuves avec injonction de les corriger dans la matinée.
Voilà où en est le journalisme actuel. Ce n'est que le commencement.
Pensez donc dans quel guêpier, vous qui travaillez sérieusement, et à quels hommes vous auriez alfaire.
Ceci n'était pas pour m'encourager à perdre mon temps en démarches de toutes sortes près les Directeurs des Revues parisiennes. Je me retournai donc avec acharnement sur les publications locales.
Mais un nouveau deuil va frapper Champfleury cruellement, Madame Champfleury vient d'être enlevée rapidement.
La lettre du 4 octobre 1876 est bien triste — pourtant au milieu du chagrin — les préoccupations de la monographie de l'Eau-de-Robec reviennent encore.
Je suis cruellement éprouvé, n'est-ce pas, mon cher Adeline ? Et cependant, il y a des jours où je supporte cette séparation ; mais d'autres sont pénihles.
J'aurais besoin de repos, et cette perle me plonge dans des embarras matériels de toute nature, qui me laissent aux prises avec une suite de voyages, deux déménagements, l'ordre à mettre dans ce qui'^est devenu désordre, travaux interrompus, lettres administratives, sans consolations maintenant, fils à élever qui devient délicat, et dont les bains de mer ont troublé l'organisme.
LIBRARY OF THE UVERSiTY OF ILUM""^
Croquis inédit Violon de J^a'ience, » avec « fond de jYevers »
Tout cela amène des perles d'un temps précieux dont j'ai tant besoin, et mon intérieur est bien vide d'amitié et de consolations.
Enfin !
Avez-vous vil dans le dernier numéro de la Gazette des Beaux-Arts un article, les Cinq Violons de Faïence^ qu'on m'avait demandé pour servir de cadre à des gravures laites par le journal ?
Lisez-le. Ce sera un des chapitres de la Rue Eau-de- Robec si vous donnez suite à votre idée. On me prêterait à la Gazette les clichés; j'y ajouterai également le chapitre sur les Assieites à Musique, et une partie du volume serait ainsi complétée.
Est-ce que votre notice sur le graveur est publiée? Je l'ai vue annoncée dans le Journal de la Librairie,
Je dois aller un de ces jours à Rouen visiter le Muséum d'Histoire Naturelle, avec le docteur Pennetier.
Le volume sur Brevière n'était encore qu'annoncé, et je soumets encore une fois l'épreuve de la dédicace.
Je serais bien difficile si je n'acceptais pas de tout cœur cette dédicace. Elle est d'autant meilleure pour moi qu'elle témoigne que j'essaie, autant que possible, de suivre le mouvement artistique, qu'il se produise à Paris, en province ou à TEtranger.
Le Brevière paraît — avant le Violon — et Champfleury le recevant (29 octobre 1896), me donne son appréciation... mais ne s'enthousiasme pas pour Doré.
J'ai reçu votre beau livre, mon cher Adeline, il a un aspect de bibliophilie des plus attirants, et je vous remercie d'avoir rattaché mon nom de presque Picard à celui d'un brave graveur absolument Normand.
Le vieux X...., quoique libraire, était a.^sez peu connaisseur dans ces matières artistiques ; on a beaucoup parlé de SCS travaux, les uns pour se recommander tà ses tendresses d'éditeur, les autres à cause du nom ancien qui patronait la marchandise.
L'homme était riche, à la tête d'une importante maison, collectionneur de manuscrits à vignettes d'un gros prix, mais faiblement éruclit. C'est pourquoi vous avez bien fait de relever ses erreurs.
A d'autres époques, le père Brevière eût laissé des planches d'un intérêt vraiment artistique ; V Illustration rapetissa ces ouvriers, et quand apparut cet abominable Doré, tout fut fini. J'ai ces sortes de dessins en horreur.
On peut être très ami, et ne pas tout voir du même œil. J'ai toujours admiré les dessins de Gustave Doré, et j*ai même essayé de le défendre près de Champfleury. Je dois avouer que je n'ai jamais réussi à le convaincre. Les partis pris violents de blanc et de noir m'ont toujours séduit... je crois l'avoir prouvé... mais les effets de lumière fantastique n'avaient aucun charme pour Champfleury, et pourtant j'ai vu chez lui des usines de François Bonhommé — dit le Forgeron — un peintrelithographe peu connu, il faut le dire... mais que Champfleury admirait fort, et il avait raison... et qui, lui aussi, avait su donner des aspects étranges aux hangars de forges, aux chantiers immenses, aux cheminées colossales vomissant une fumée noire déchiquetée noyant l'ensemble dans des vapeurs transparentes que déchiraient çà et là quelque rayon de lumière s'échappant d'un fourneau, projetant sur le sol les ombres gigantesques de chauffeurs minuscules aux attitudes contournées.
La planche du volume qui me plaît le plus, continuait Champfleury, est celle d'après Gros. On n a rien lait de mieux en gravure sur bois.
La vérité est que ce bois était un « zinc mais un
zinc bien avant le gillotage el obtenu par un procédé tout autre, et sinon découvert par Brevière lui-même, au moins très perfectionné par lui, ainsi que je Tai dit dans le petit volume qui avait été fait surtout en relevant dans les cartons d'Alfred Baudry des annotations mises par Breviére lui-même sur de nombreux fumés ou épreuves d'essai. Mais ces notes n'étaient pas toujours exactes, la mémoire ayant sans doute fait défaut au graveur, j'avais relevé : Vignette gravée pour Don Juan de Marana, Roman par Alexandre Dumas, Champfleury m'écrivit très justement d'abord : « Ce Roman est un Drame du meilleur temps romantique, et le drame ne contient aucun bois de Breviére, il y a là une confusion que je vous signale. J'ai voulu vous montrer que j'avais lu votre livre tout entier et le cas que je faisais de cette belle édition... » et cela se terminait par l'inévitable ritournelle 0 Violon peut-être encore retardé ». 11 en était question depuis trois ans ! Mais enfin, en 1877 ! le Violon va paraître.
Je suis surchargé de travaux et d'indispositions continues (20 février 1877), et depuis quelque temps même, ma santé, déjà délicate, a reçu des assauts réitérés qui me mettent parfois dans un état névralgique général, aussi désagréable que fatiguant.
Enfin, le Violon avance. J'espère que fin Mars vous îe verrez arriver avec de gaies colorations et vos deux précieuses eaux-fortes. Mais quelle fantaisie typographique ruineuse pour tous ! Et quelle heureuse chance de n'avoir pas à en redonner une 2*^ édition ! Car le livre fail et vendu dans le mois — ce qui est fort possible, impossible de recommencer, sinon avec les mêmes efforts, dépenses et perte de temps — et peut-être plus d'acheteurs. Car le Violon ne
coûtera pas moins de 25 fr.. mais un an après il en vaudra 50. Si donc vous connaissez des amateurs de ces sortes de livres, prévenez-les qu'ils aient à souscrire vite à une publication exceptionnelle que, pour le salut de mon âme, je ne recommencerais plus.
Vous avez pris, avec vos publications successives, une bonne place en Normandie, et la ligne que vous suivez est bien architecturale, c'est-à-dire rigoureusement droite.
Je voudrais pouvoir en dire autant. Je suis bien détourné depuis plus de deux ans de mes Contes, et il a fallu des coups de pioche excessifs dans ce sens, avant mon entrée à la Manufacture, pour que je pusse ne pas me faire oublier tout à fait comme romancier.
Je vous ai envoyé dernièrement la Petite Rose.io souhaite que cette aimable personne ait été bien reçue dans votre intérieur.
Entre autres nouvelles ou romans en préparation, Champfleury ayant besoin d'étudier quelques animaux... avait toujours projeté une visite au Muséum de Rouen.
Connaissez-\ous le Directeur de voire Muséum d'Histoire Naturelle, M. Pennetier? C'est un naturaliste philosophe remarquable. Je voulais visiter votre Muséum en sa compa- - gnie. Impossible d'avoir un rendez-vous, quoique je sois en relalions par lettres avec lui. J'ai pourtant grand intérêt à aller à Rouen dans ce but. Pourriez-vous voir M. Pennetier de ma part, et vous charger de lui transmettre ma requête.
Encore un voyage à Rouen qui reste à Téta! de projet. Chose curieuse, Champfleury avait cru le Brevière paru quand il ne Tétait pas encore, c'est moi, au contraire, qui lui annonçais de Rouen, que le fameux Violon était mis en vente, alors qu'il ignorait tout encore.
Les libraires de Rouen, mon cher Adeline, sont mieux servis que vous et moi (4 mai 1877), c'est par vous seulement que j'apprends la mise en vente du Violon ; je savais qu'il devait paraître. Je croyais à votre arrivée immédiate et
j*esp6rais avoir le plaisir de vous remettre votre exemplaire en mains propres, car il ne faut pas penser à l'envoyer par la poste, vu la salissure, ou les amateurs qu'il pourrait séduire en route.
Maintenant, pour ne pas vous faire attendre plus longtemps, j'ai écrit ce matin à Dentu et je vous ferai envoyer le volume par chemin de fer.
Merci pour vos bormes offres relativement à Monnier. Je n'ai besoin que d'un fac-similé à la manière noire tirée en bistre; il s'agit d'un dessin merveilleux de véritable maître. Vous ne poiivez connaître Monnier — dessinateur; on ne le connaissait pas/ et lui-même ne connaissait pas ses fortes facultés. Les reproductions de la Gase^^^? sont relativement très faibles et assez mal choisies. J'aurais donné une bien autre idée du dessinateur si la direction m'avait laissé faire. Je me rattraperai dans le volume et je montrerai ce brave Monnier sous son véritable jour.
Le portrait de Madame Henry Monnier aurait besoin d'être gravé en fac-similé par des moyens que je ne connais pas, à la roulette^ je crois, ainsi que le croquis dont je parlais; mais malgré votre obligeance, je ne crois pas— ou je ne vois pas dans votre œuvre d'essai de vernis mou (je ne sais si je m'exprime techniquement), semblable à ceux qui sont nécessaires.
Prévenez-moi toujours de votre arrivée et présentez toujours, je vous prie, mes compliments à Madame Adeline.
Les visites au salon de Paris furent pendant de longues années d'excellentes occasions aussi de visite à Savres. Champfleury, resté seul dans la petite maison, nous y reçut bien souvent à déjeuner tous deux. Installés dans ce salon — salle à manger — cabinet de travail — que PEau-forte de Manesse reproduit en partie d'après le portrait aquarellé de Paillet — un artiste de la manufacture — qui fut publié dans le Livre — servi par une vieille bonne (( Rose » que le maître du logis appelait
énergiquemenl d'une vocifération étrange, ^'ous avons causé là de mille et une choses assez drôles, non sans jeter de temps à autre quelque regard sur ce polit modèle du vase commémoralif de l'Indépendance américaine, que Champfleury appelait bravement le « Radis gris » môme devant l'auteur (Bracquemond), qui d'ailleurs était aussi un ami des plus intimes.
Rentrant à Paris par le bateau, on allait ensuite faire un tour aux Champs-Elysées et Manet lui-même — un autre ami - n'était pas toujours épargné; Champfleury aimant souvent à baptiser d'un litre drolatique les œuvres les plus connues. Tel le tableau célèbre : personnages regardant derrière une grille qu'il appelait irrévérencieusement la Cage aux Ours. C'est à ce moment que ^se place la publication des Sculptures grotesques dont j'ai l'ormé un exemplaire unique par la réunion des dessins autographes et manuscrits de Champfleury. Ce furent d'ailîeurs ces dessins qui inspirèrent à Champfleury l'idée de me demander un dessin de celle nature pour un de ses volumes consacré à l'Histoire de la Caricature.
J'ai mon cher ami, un service à vous demander (14 janvier 1879, il s'agirait d'avoir une bonne reproduction a la p urne de la Stalle de Koucn qui reprcsenle la Dispuie de la Culotte, c'est-à-dire un homme et une femme tirant cliacun cà soi l'apanase de l'aulorilé en ménage.
Pour bien faire comprendre la disposilion des inisencordes, ie serais tenté de donner dans une Histoire de la Caricature, les montants et les supports de la stalle tout entière et alors il serait bon d'avoir un dessin très peu chargé de traits de format grand in-S". La réduction par le procédé Gillot gagne à être exécutée d'après un grand dessin.
J*ai bien une gravure de c^tle stalle dans V Histoire de la Caricature de Wrigbt; mais je ne veux pas en donner une copie; non plus je ne liens pas à puiser le motif dans les stalles de Langlois ; il a apporlé dans certains de ses dessins, la manière de la Restauration qu'il est bon d'éviter quand on peut copier le monument.
Je crois que l'encadrement du sujet avec les boiseries de la stalle rajeunirait le dessin un peu connu.
Les stalles de Rouen sont du xvi' siècle, n'est-ce pas? N'oubliez pas de me le faire savoir.
J'ai appris indirectement que Darcel se plaignait de n'avoir pas reçu votre livre des Sculptures grotesques. Il aurait fait un article, a-t-il dit.
Et faisant allusion au peu de générosité du service d'auteur, il ajoutait drôlaliquement :
J'étais certain d'en obtenir un de VArt. Singulier liomme que votre éditeur, qui ne veut pas qu'on parle de ses publications.
Quant à ce qui touche l'exemplaire de VioUet-le-Duc, je ne saurais non plus accepter les récriminations de l'éditeur. En ajoutant la lettre, j'ai cru montrer que vous répondiez directement à des conseils partis de haut. Ce volume était dû, il y avait pour vous intérêt à envoyer votre publication à un artiste de cette importance.
Ghampfleury prêcbait un converti, et pourtant s'il avait vu les larmes, dont l'éditeur et sa femme arrosaient le paquet des dix exemplaires que j'eus tant de peine à obtenir !
y article de M. Soucbiôres était bien fait ; mais il ne constitue pas la publicité à laquelle a droit un homme qui s'est donné du mal pour publier un travail important, qui est sans doute peu rémunéré, et qui demande à être jugé par (les pairs. De ce côté, vous me paraissez timide, et il est utile de traiter de haut le marchand quand il prétend vous enlever le bénéfice intellectuel auquel vous avez droit.
Je n'ai pas pu voir encore Victor Hugo qui est, me dit-on, fort aiïaibli. Je tenais à lui remettre Je volume moi-même et à en causer, monuments sous les yeux, avec un poôte qui a regardé les cathédrales et doit en avoir conservé des points de vue. Je vais toutefois lui écrire en attendant.
Mon frôre doit reprendre la question à son origine, il m'écrit qu il fallait remonter plus en arrière pour trouver les bizarreries-types. Je vous tiendrai au courant de cette discussion archéologique qui aura son intérêt pour vous.
J'ai reçu, mon cher ami votre dessin de stalle (25 février 1879). ifest excellent et la reproduction viendra parfaite.
Je vous remercie des indications que vous voulez bien m'envoyer, mais Wright les ayant données, je ne crois pas pouvoir m'en servir.
IJier, rencontré Baudrv, je lui disais qu'il devrait bien publier avec vous l'histoire de l'Imagerie Uoucnnaise ; mais il m'apprend ce que je ne savais pas, que les fameux Ahnanachs royaux de Rouen qui contiennent des bois curieux sont rarissimes et ne se trouvent pas cà la . Bibliothèque de Rouen.
Je vous engage, h votre prochain voyage à Paris, à voir ces raretés à la Bibliothèque de l'Arsenal. Cela en vaut la peine.
M. Augé s'est décidé bien tard à ce que je vous avais conseillé au début; au premier jour, je vtnTai ces Messieurs et J echautlérai leur zèle s'il en est besoin. ' Je suis mort de fatigue, ayant eu à parler (moi un personnage de coin de leu), en face de vallées et de collines, à Tenterrement de Daumiicr.
Dans trois semaines : le Monnier.
Les Sculptures Grotesques — vont cependant faire un premier petit intermède aux négociations souhaitées. Des • articles sont en préparation à la Bévue Archéologique, à \d. République Française {^^r G. Burty), et à la Revue Politique et Littéraire. Puis aussi second intermède :
Mon cher ami (21 février 1879), demain soir nous serons à
Rouen. Vous seriez bien aimable de nous accompagner (M. Gerspacli accompagnait Gliampfleury^, entre 9 et 9 1/2 du matin, liôtel du Gros-Horloge, pour aller de là au iMusée et visiter peut-être des monuments qui vous intéresseront.
M. Gerspacli venait alors comme envoyé du Minisire pour visiter le Musée et juger par lui-même des salles qui pourraient recevoir de beaux vases de Sèvres... et c'est à la suite de cette visite que les vases qui sont actuellement au Musée de Peinture, furent attribués à litre de don ou de dépôt par. FEtat.
Quant II Champfleury, il venait surtout revoir le Musée céramique. Malheureusement, il faisait très froid ce jourlà, et Champfleury toujours frileux, avait dû, en se couchant à l'hôtel du Nord, s'envelopper dans une immense gâteuse pour se réchauffer. Ge jour-li, en effet, nul voyageur ne fut plus regardé que lui rue Jeanne-d'Arc, avec son chapeau haut de forme, sa longue houppelande et surtout avec ses hottes^ c'est-à-dire avec de larges bottes fourrées sans talon, qu'il chaussait souvent en wagon, disait-il, mais qui l'obligeaient à marcher en traînant les pieds sur le sol, car, vastes et d'immense ouverture , elles tendaient toujours à glisser. Mais Ghampfieury, myope à ne pas voir à un mètre, ne pre* nait nul souci des rieurs. Lui aussi avait toujours, d'ailleurs, quelque drôlerie à raconter et s'arrêtant brusquement, les yeux à demi-fermés, presque, clos, il excellait dans SOS points de vue d'observation comique... mais c'est égal, il était bien drôlement costumé ce jour-là î J'aurais vivement souhaité qu'un de mes ouvr^agps fût
(( honoré », c'est le mot consacré d'une souscription du i\linislère... mais que d'obstacles à surmonter?
La question de la souscription aux Livres d'Art est, mon clier ami. plus délicate que vous ne lecroyez (^8 juillet 1879).
Il y a un an au moins que la Commission du budget a obtenu \le la Chamibre une réduction considérable sur les tonds votés à ce sujet. 11 y avait eu, paraît-il, de graves abus.
On peut peut-être réussir cà obtenir d'une Commission spéciale qu'elle prenne un livre en considération, que le rapporteur le pousse et le mette en lumière ; mais c'est là un gros travail qui incombe cà Y éditeur, qui doit l'obliger à de nombreuses courses, visites, demandes de recommandations, etc.
Je n'y peux malheureusement rien. Je sais que M. J. Comte est le chef de ce bureau au Sous-Secrétariat d'Etat, mais quoique de la maison et pour une publication offrant un caractère d'utilité assez directe, j'ai dû me rendre a des arguments budgétaires, et je crains que votre éditeur n'aboutisse pas, agissant hors Pans et dan^^ les conditions défavorables dont je vous parle.
J'aurais eu plaisir à vous être agréable, mais l'écueil est trop visible.
Ainsi que je vous l'ai dit, mon cher ami i20 décembre 1879), voici comment j'ai répandu vos trois exemplaires m-18 sur quatre. Un exemplaire a été envoyé à AI. G. Ferrot, de l'Institut.
La chaîne était à tendre entre les archéologues de la Normandie, ceux de la Yenaée et ceux de l'Ile de France ; j'ai fait tout mon possible en m'adressant aux deux têtes dirigeantes de ces contrées.
Par la lettre de YioUet-le-Duc, vous verrez que Texemplaire in-8 a été bien placé.
Mais vous ne me dites pas un mot de Darcel, de la Gazette des Beaux- Arts, de l'^r^, de César Daly, à qui des exemplaires doivent être envoyés.
J'avais le projet de porter le volume à Victor Hugo, de
m'en entretenir avec lui et d'en faire le thème d'une conversation archéologique imprimée dans le Rappel.
Gomment iM. Augé veut-il que la publicité s'établisse s'il n'y met rien du sien ?
S'il ne veut rien faire, je ue peux rien faire et le livre resîe endormi, malgré tout l'appel qu'il devrait jeter à la critique.
Voilà la lettre de Viollet-le-Duc que je vous offre à titre d'aulographe ; je le reverrai à mon retour d'un petit voyage.
En le remerciant du volume que je n'ai pas encore reçu pour vous, écrivez-lui qu'il Pji appartient plus qu'à un autre de (lire un mot sur le symbolisme et de projeter quelques rayons de sa science sur vos ligures de la Normandie.
J'inonde toujours la bibliothèque de Champfleury de
nies nouvelles publications.
.lé ne vous ai pas encore remercié, mon cher ami (17 jan vier 1881), de l'envoi de votre album relatif à la Cavalcade historique de Rouen. Vous préparez ainsi un champ aux archéologues de l'avenir; m.ais j'admire votre fécondUé et votre facilité à vous multiplier à tout ce que demandent vos compatriotes. Ils seront bien ingrats s'ils ne vous en récompensent pas dignement un jour.
C'est toujours, on le voit, la prophétie qui se conlinue.
A propos de Rouen, a^ez-vous vu le fragment de chapitre que j'ai consacré à la ville dans le numéro de samedi dernier de VArt? Si vous l'avez lu et que vous trouviez que je ne suis pas complet pour ce qui a rapport à des images vraiment romantiques, je vous serai bien obligé de me le faire savoir.
En réponse à l'envoi d'un superbe exemplaire des (( Vignettes Romantiques », j'envoie l'Eventail gravé.
Excusez-moi, mon cher ami (6 janvier 1882), de ne pas vous avoir remercié plus tôt de l'envoi de l'Eventail de Rouen qui est fort bien gravé ; mais pourquoi cette dimension inaccoutumée qui semble répondre au désir de M'"^ Gargantua ou d'une M"ie Gayant, de Douai ? Vous avez
eu sans doute un motif pour remplir d'effarement les collectionneurs par l'envergure des cartons que réclamera Tinserlion de l'éventail.
Vous me direz, pour voire défense, que j'ai bien employé un solennel in-4 pour l'iiistorique de petites vignettes ; mais j'espère bien revenir à des proportions plus raisonnables, plus livre, si mes amis m'aident à y arriver.
A propos, je vous serai très obligé dé passer au Journal de Rouen^ de chercher la chronique (du 3 au 5, je crois), où Darcel a rendu compte des Vignettes Romanliques^ et en m'envoyant deux exemplaires de ce numéro dont j'ai besoin, vous me rendrez grand service.
Dentu me demande compte de mes exemplaires de Presse; et comme le service en a été très minime, je tiens à lui en montrer le résultat.
Au mois de juin 1882, je frappe inopinément à la porte de la Manufacture de Sèvres... niais personne.
Pourquoi ne m'avoir pas prévenu de votre visite, mon cher Adeline (10 juin 1882), je vous en veux beaucoup, car je m'en veux de ne pas m'èlre trouvé là pour vous recevoir.
Oui, c'est bien mon frère qui est l'auteur de ce travail considérable sur les Monuments de l'Aisne. Ayez la complaisance de m'envoyer votre article, afin que je lui fasse parvenir.
Je ne crois pas me servir du dessin macabre de Langlois — (Héliogravure d'Amand Durand, d'après le dessin connu : La Jeune Femme à sa Toilette), — ayant un stock déjcà respectable de squelettes dans mon volume ; merci toutefois du renseignement et de l'épreuve.
J'aurais préféré donner le portrait du poète Cocatrix, mais je n'ai pas d'épreuve, il a été seulement photographié en tête de son dernier volume de poésies non mis dans le commerce.
Mais attention, une seconde variation sur le Violon de Faïence va recommencer.
Peut-être une petite affaire pour vous, mon cher ami (17 mars 1883), si la proposition vous sourit.
Violon Faïence épuisé depuis plus d'un an.
Vous avez déjà attaché votre signature à cet Amati, il s'agit de l'accrocher tout à fait au Stradivarius.
J'ai refusé pas mal d'argent de Conquet qui voulait le réimprimer avec eaux- fortes (faites depuis 20 ans) d'après les personnages.
Impossible. 11 me faudrait un Henry Monnier jeune.
Je pense actuellement à une illustration ornementale, mais cette fois en décor Rouennais bleu exclusivement.
Le volume contient 15 divisions soit 15 entourages : type pour l'arrangement, entourage du 1'' chapitre du Violon.
Je n'ai pas encore d'idées bien arrêtées ; cependant pour dilîérencier ces éditions, ne serait-il pas bon de faire entrer dans rencadremeni les objets de nature morte gui sont indiqués dans les chapitres^ c'est-à-dire tout ce qui se rap porte au bric-à-brac de Gardilanne?
Ou, ne serait-il pas mieux de s'en tenir aux entourages Rouen bleu?
Le livre illustré par Renard est très bien, il s'agit de faire mieux.
J'avais pensé, pour varier les entourages, à y faire figurer peut-être les décors des porcelaines de Rouen, qui sont moins massifs que ceux des faïences.
A ce sujet, il serait bon de voir le collectionneur Gouellain, et lui parler de ce dernier détail.
Voir également les autres collections de Rouen : le Musée, Dutuit, la collection de Bellegarde, etc.
Pour entamer l'affaire, je crois que deux ou trois projets seraient nécessaires, c'est à-dire entourages bleus ou libres ou insérés dans les lignes d'un cadre. (Dessins soignés)
A la suite, je crois bien que pour plus d'entente un petit voyage à Rouen serait nécessaire.
Pensez à tout ceci, mon cher ami, j'aurais également besoin d'un prix de revient pour les dessins et leur reproduction.
Je note, en passant, qu'il se trouve particulièrement dans les fonds des bidets de très jolis ornements élancés qui vous seraient utiles pour vos encadrements.
Inutile de dire que je « gribouille » immédiatement deux croquis, Tun avec motifs d'ornementation, mais l'autre avec agencement d'objets divers — qui me plaît beaucoup mieux, quant à moi, et que je trouve beaucoup plus pittoresque. Je voudrais bien aussi ne faire que des dessins au lavis et voir ces dessins reproduits en héliogravure en taille-douce, tirés en camaï^^n bleu foncé, cela ferait pourtant des entourages amusants... mais (( les amateurs n'aiment pas l'héliogravure, » me dira de suite l'éditeur.
Je consulte donc de suite Champfleury sur ces croquis bleus.
Le premier projet bleu — l'agencement pittoresque — subsiste, mon cher ami (21 mars 1883), c'est-à dire une impression à deux tirages qui permette d'établir le livre à un prix qui ne dépasse pas 10 fr.
Et quand le volume sera mis en vente — en février 1885 — les exemplaires ordinaires seront cotés 35 fr.
Mais je songe que pour différencier l'édition vous pourriez essayer un projet d'encadrement a l'eau-forte, mais en noir, toujours d'après les ornements de Rouen.
Si vous veniez à Paris en avril et que vous ayez le temps d'ici là, il serait utile de se présenter avec deux projets, l'un en camaïeu bleu, l'autre en dessin à la plume.
Mais vous devez être pris par bien des travaux.
Surtout envoyez moi un télégramme m'annonçant autant que possible la veille votre visite, afin que j'aie le temps de vous recevoir à déjeuner.
Le déjeuner a eu lieu — après, à Paris, j'ai fait la
connaissance de Léon Conquet — un très aimable homme, disparu trop tôt. — De bonnes relations sympathiques — et solides — se sont de suite établies entre nous et continueront jusqu'à la mort d'un Editeur (1897) dont je conserve toujours le bon souvenir.
Puis:que Conquet, mon cher ami — 5 avril 1883 — vous a indiqué un petit format, sans doute in-12 ou in-18 ; la plus grande partie du succès tombe à votre charge.
Plus les encadrements et culs - de - lampes seront de moyenne dimension, plus il doivent être à l'échelle du format.
Une excessive clarté est nécessaire dans les eaux-fortes. Rien d'indécis dans le trait.
En principe je n'aime pas les objets coupés, non plus que les fouillis de choses par à peu près.
Lorsque vous aurez envoyé des spécimens je verrai Conquet, car je préférerais des culs-de-lampes à des vignettes dans le texte. Le bric à brac au milieu du texte me semble insuffisant.
Entourages et culs-de-lampes me paraissent convenables, vu l'absence des personnages.
Vous pouvez varier avec des vues de rues de vieilles maisons, des toits du commencement du siècle.
Surtout soyez précis ; plutôt sec qu'enveloppé.
D'ici au mois de mai, tâchez de trouver un certain nombre de motifs, afin que nous puissions nous entendre et marcher d'accord.
Se mettre d'accord, chose difficile, même avec un auteur et un éditeur amis. L'un veut sec, l'autre trouve toujours que cela manque d'enveloppe. Sans compter le spectre japonais qui devait intervenir plus tard, horrible tête grimaçante que l'auteur exigeait, que l'éditeur voulait refuser et le pauvre illustrateur étant pris ainsi entre
renclume et le marteau cherchait à ménager la chèvre et le chou... ce qui n'est pas aisé.
Mais quelques croquis à la plume sont soumis à Champfleury.
Mon cher ami, quelques observations à la volée (6 mai 1883).
1« Blason de Grès, pas intéressant. Le Violon ne traite des blasons qu accessoirement et un blason n'offre rien de piquant.
2^ Vous devez trouver des plus étranges figures de diables donnant le cauchemar, dans les albums japonais. Ils y foisonnent. Votre diable me semble un peu poncif.
Le terrible Diable japonais — dont Conquet ne voulait pas — apparaissait déjà et... si plus tard Conquet a cédé à nos instances, il n'a jamais regardé qu'avec tristesse cette vignetle... qui l'horripilait et, par contre faisait la joie de Champfleury.
Pour les entourages de page, laissez un tant soit peu de place au texte, car on est obligé d'espacer un mot ou de le couper, ce qui ne produirait pas un bon effet typographique. Je crois que la partie allongée de notre vieille rue pourrait être diminuée d'un cinquième pour laisser plus de ressource au texte.
4^ N'avez-vous pas quelque part un motif de grenier ^ un autre de cave^ un de quai dans le Violon.
Cherchez, faites preuve d'imagination.
En l'absence des personnages il faut que les entêtes, les culs-de-lampes soient traités avec le soin que jadis Meissonnier apportait à ces détails dans les entêtes des Français peints par eux-mêmes.
Proposer Meissonnier comme modèle, c'était plus facile à dire qu'à imiter. Moi aussi je connaissais — dès l'enfance pour ainsi dire —ces merveilleuses vignettes, surtout celles
Croquis inêdif pour une jYtonographie projetée
de la <( T(ue -Cau-^de-Tlobec »