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La.lVERSIîY OF niW
delà Chaumière Indienne et je les regarde encore. Mais parler d'observations cl de dessin d'après nature, à quelqu'un qui n'a jamais pu faire quoi que ce soit directement ainsi, à quelqu'un qui au contraire a toujours travaille d'après cette méthode japonaise — qui a du bon — et qui consiste à dessiner de mèm.oire, à représenter graphiquement ce que l'on voit en dedans çour ainsi direct animer ses compositions par des effets lumineux purement Imaginatifs, exagérés peut-être, mais voulus ainsi, et destinés à Hiire valoir les détails essentiels des agencements tout en sacrifiant et en mettant au second plan les choses de moindre importance ; parler d'observation, je le répète, à un illustrateur qui a toujours travaillé ainsi — et jamais autrement quand il était libre d'agir à sa guise — c'était bien risqué.
Si je donne ici d'ailleurs tous ces détails, c'est pour .montrer aussi, quel souci Champfleury avait de son Edition illustrée. Ce qu'il fit avec moi, il le fit aussi avec les autres illustrateurs qui lui étaient imposées par ses éditeurs. Il discutait longuement chaque projet et on peut dire que les éditions illustrées publiées de son vivant avaient son approbation. Quand je serai disparu, m'a dit souvent Champfleury, les éditeurs feront ce qu'ils voudront, mais je ne connais rien de plus désagréable que de voir danser au milieu de son texte des figures agaçantes qui sont absolument différentes des types créés ou vus par l'auteur.
C'est en partant de cette idée que Champfleury ne voulant ni faire représenter les véritables héros du drame
réel du Violon - le collectionneur Sauvageot et le bibliothécaire Pottier — ni les fantoches du Roman — Gardilenne et Dalègre — voulut que les illustrations se bornassent à représenter le décor et les accessoires seulement, laissant à chaque lecteur le soin de se figurer à sa guise les personnages allant et venant dans ce milieu indiqué avec précision. J'ai déjà dit cela, dans un des chapitres delà Légende dit Violon de Faïence mais je le répète ici. Car il y avait là, dans ce parti pris à' illustration par le décor, une idée nouvelle... que je n'ai jamais pu d'ailleurs quant à moi, faire accepter aux éditeurs. J'ai souvent proposé à plus d'un, d'illustrer une Nouvelle ainsi, à l'aide de paysages, d'accessoires, quelque chose enfin donnant un peu de l'effet — très profond suivant moi — que produit un décor de théâtre lorsqu'au lever de la loile — la scène est absolument vide. Bien souvent j'ai eu, quant à moi, en ces courtes minutes une sensation agréable et artistique que venait rompre l'apparition de l'acteur — réalisant imparfaitement le personnage rêvé... et attendu autrement... J'ai souvent proposé d'illustrer ainsi quelque Roman, jamais on n'a osé mettre en pratique ce système — de l'invention de Champfleury — et qui a pourtant du bon. Sur ce, reprenons notre Violon.
Je dois, mon cher ami (20 mai 1883; signer mon traité avecConquet, et il vous écrira pour vous prier de commencer ; mais le gaillard me paraît furieusement dur en atfaires.
Je vous écris ce mot, mon cher Adcline.' (26 mai 1883), parce qu'une idée me traverse l'esprit à propos des entourages du Violon de Faïence.
Je les désirerais clairs et riants.
Vous me demanderez peut-être la recette du clair et riant. Je ne la connais pas ; mais je vous conseille de feuilleter les eaux- fortes de Daubigny pour les Chansons Popu- /anT5, édition Deloye. Vous avez d autant plus besoin de clair et de riant que le format du Violon est plus petit.
Ce volume s'il est réussi, vous servira et vous «era compté.
Surtout, entendons-nous sur les sujets et envoyez moi vos motifs et vos projets avant de rien graver.
La préoccupation d'une recherche sur le Nain me vaut une lettre où Ton ne parle pas de Violon — chose rare.
Aussitôt cette lettre arrivée mon cher ami (29 mai 1883), voudriez- vous me rendre le service de passer chez M. Hédou 19,rue de la Chaîne.
M. Hédou est propriétaire d'un tableau qu'il croit être de Le Nain et qu'il offre en prêta TExposition rétrospective de Laon, dirigée par mon frère.
La description qu'il en donne ne me suffit pas pour voir ; elle cadre en outre avec un certain nombre de toiles attribuées aux Le Nain dans les ventes et qui ne se rapportent pas aux intérieurs domestiques répétés tant de fois par ces peintres.
Cependant je ne peux me prononcer absolument, car d'un autre côté et dans une autre manière, un des Le Nain a peint des corps de garde.
Voulez vous voir le Tableau ; vous savez certainement ce qu'est un Le Nain, sa composition, sa couleur si particulières.
J'attends votre consultation pour répondre a M. Hédou qui vient de m'écrirece matin. Veuillez en tout cas le remercier de ma part.
Une lettre sans un mot, un seul sur le Violon. Ceci ne pouvait pas durer. Aussi trois jours après ! quelle revanche.
J'ai signé avec Conquet, mon cher ami — (1'' Juin 1883) — et sans doute à l'heure ou vous recevrez ce mot, vos dessins vous seront retournés.
Nous avons causé beaucoup avec Conquet ; il ne dissimule pas qu'il a une vive laite à soutenir pour effacer la précédente édition de Dentu.
C'est également mon impression ; aussi je ne vous cache pas que vous avez là une tâche difficile et que l'absence de personnages commande encore plus d'ingéniosité.
Voilà donc ce que je vous propose pour mener l'afTaire à bonne fin et en faire une véritable œuvre de bibliophile.
J'ai relu le Violon comme si j'y étais étranger et j'ai noté des entourages et des culs-de-lampe comme je les comprendrais si je savais tenir une pointe.
Un certain nombre de détails, doit-etrevu d'après nature, vu et revu
Ces détails indiqués auxquels j'ajouterai des preuves, doivent être traités pour ainsi dire en collaboration; il estabsclument nécessaire que vers le 16 de ce mois, vous veniez passer deux ou trois jours à Paris ou plutôt à Sèvres. J'ai une chambre à vous offrir et tout ce qui s'en suit.
Ce qui serait impossible en correspondance je vous le montrerai surplace ; vous prendrez des croquis que je ne peux vous envoyer.
J'ai noté mes pages de mon côté.
A l'aide de ce moyen seulement nous augmenterons le nombre des motifs ingénieux, clairs et gais.
Vous avez tout intérêt pour l'avenir à satisfaire Conquet. Je n'ai jamais procédé autrement dans mes livres illustrés et je tiens à celui-là par dessus tout.
Arrangez vous à venir du 15 au '10 juin afin de répondre aux désirs de Conquet qui ne commencera l'impression que la moitié des eaux-fortes livrées.
D'ici là j'aurai tout préraré. En deux ou trois jours vous serez débarrassé de ma collaboration.
Ma réponse ne se fit pas attendre, et le rendez-vous à Sèvres fut promptement fixé.
Je prends date, mon cher ami (5 Juin 1883), - à moins de contre ordre de votre part — pour 18 après midi ou 19 dans la journée.
Il esta peu près certain qa un rendez-vous vous suffira.
Tous mes documents seront prêts.
Ne manquez pas d'apporter votre liste de projets d'entourages et de culs-de- lampe ; nous la confronterons avec la mienne et en quelques mots d'observations, nous avancerons plus l'affaire qu'avec vingt lettres.
Vous devez avoir un album de votre œuvre considérable; il serait bon que vous l'apportiez avec vous ou tout au moins les eaux-fortes les plus caractéristiques (je ne parle pas des grandes planches) Cela me semble utile pour faire un choix parmi ces épreuves et arreîer un type de gravure.
iN'oubliez pas de me rappeler votre arrivée la surveille.
J'arrive à Sèvres, Cbampfleury obligé de se rendre chez le Directeur de la iManufacture a laissé un mot sur sa table : « en attendant mon arrivée, mon cher ami, voulez-vous jeter les yeux sur mon projet d'entourages que nous discuterons. Sur le saladier qui formerait évidemment un des entourages (personnage excepté). Je serai ici a 3 heures au plus tard. Prenez croquis au besoin ». Je m'installe donc, et Cbampfleury revenu, nous lisons et relisons nos listes, nous comparons et discutons nos sujets préférés et les illustrations du Livre adoptées, nous arpentons le Musée de Sèvres dans tous les sens. Cbampfleury me déniche dans des coins inaccessibles des pièces populaires — ce sont celles-là surtout qui l'intéressent — qui font son bonheur. Ah ! si je pouvais lui rendre avec précision dans mes entourages ces naïves silhouettes ? Quelle joie. Puis aussi il faut aller faire un tour à la Bibliothèque Nationale me conseille Cbampfleury..... car puisque le Roman se passe à Nevers, il nous faut des vues de Nevers. J'aborde dans ce sens, moi surtout qui projette d'éliminer le plus possible les motifs purement d'or-
nemenlation, je me cramponne des pieds et des mains aux vieilles maisons et aux vieux châteaux. En tout cas, vous verrez cela en rentrant à Paris « ici mon cher ami occupons-nous des pièces de céramique Mais, en attendant, allons dîner Vous prendrez vos croquis demain » Et nous dînons. Dans la soirée Champfleury
nous emmène un de ses amis et moi dans un café-concert de Billancourt. Rien de plus drôle que cette salle immense pleine d'un étrange public, rien de plus comique que celte scène sur laquelle se succèdent les chanteurs maigres ou obèses, des barytons et des ténors en habit donl les romances langoureuses font verser des larmes d'attendrissement aux couples habitués .le l'endroit. Un (( Prestidigitateur » apparaît. — Ah ! il me gâte ma soirée, soupire Champfleury qui s'amuse aux gestes particulièrement faux d'un ténor qui roucoule sa passion : pour son idole « dont la taille tiendrait dans ses dix doigts » et qui accompagne sa tendre phrase en ouvrant les bras d'un superbe geste immense.
C'élait là, dans ces salles populaires, qu'il fallait voir Champfleury, le feutre sur les yeux, bourrant sa pipe, tirant son tabac d'une queue-de-rat et lançant ses bouffées de fumée, le regard brillant derrière les verres du pince-nez et le visage souriant. L'observateur malicieux et goguenard contemplait avec une joie infinie ces types étranges, tel un chef d'orchestre maigre aux allures désordonnées. — Il est fou ! soupirait Champfleury — et un trombonne au cou plus groi que la tête qui à chaque fausse note recevait sans broncher les épithètes furibondes de son chef en grognant — « ça doit pourtant être dans
la partition » — que d'ailleurs il ne regardait pas, médusé par une diva horriblement maigre dont il ne détachait pas ses gros yeux en boules de loto prêtes à rouler dans rorehestro.
Le lendemain à Sèvres, croquis, dessins et nouvelles discussions encore sur les sujets à traiter. Puis je rentre à Paris accompagné celte fois par un autre Champfleury dont le haut-de-forme à bords plats est brillant et dont le nœud de cravate n'est pas sans coquetterie.
En causant de choses et d'autres, sur ce tramway de Sèvres qui ne va jamais très vite — - le nom de Courbet est prononcé
Ah ! soupire Champfleury, quel mystique incompris ^ H croyait aux tables tournantes !
— Oh! ;
— Parfaitement, un jour Courbet me supplie de l'accompagner chez un Médium dont il me vantait le génie avec un lyrisme irrésistible.
Je finis par céder à ses supplications ~ continue Champfleury ~ et nous fumes introduits dans un vestibule vide, assez banal. Dans un angle cependant un modeste et léger guéridon, a La voilà » médit à l'oreille Courbet tout pâle. Hein ! je croyais qu'une jeune femme venait d'entrer derrière nous, je me retournai, personne. (( La voilà, c'est elle me répète Courbet plus pâle enclore. — Ah ! la table, jecom.pris qu'il voulait me parler de la table tournante, alors, je ne sais quelle idée diabolique me traversa le cerveau, j'ouvris la fenêtre, j'empoigne la table et vl'an je la précipitai dansle vide !
dh ! soupira Courbet. Bruits de carreaux cassés, va-
carme. Quelques minutes s'écoulèrent qui me parurent des siècles, j'entendais dos cris dans la rue, je compris un peu tard que j'aurais pu lancer le guéridon sur li tête d'un passant. La porte du vestibule s'ouvrit, le concierge apparut avec le « cadavre » de la table, au même moment le Médium — que tout ce bruit avait fans doute réveillé, apparut aussi et s'écria soudain : « Ah ! la petite folle, elle n'en fait pas d'autres ! » Champfleury aimait à raconter cette amusante anecdote, à son ami Jules Troubat entr'autres, en tout cas elle est curieuse et ne doit pas être perdue pour les biographes de Courbet.
Rentré à Rouen — avec tous mes croquis — je vais écrire une nouvelle partition pour violon. Mais que de mal ! avant de nous mettre d'accord, d'abord avecChampfleury, ensuite avecGonquet.
Je remets à la librairie Gonquet, mon cher ami (12 juillet 1883) sept dessins à graver avec quelques observations. Prière de m'envoyer deux épreuves de chaque état, de telle sorte que je vous'en renvoie une avec indications do corrections, s'il PU était besoin.
Que votre travail soit assez précis pour que le tirage puisse être fait nature et non avec hîs sauces des imprimeurs Pas d'à peu près et rien d'inutile.
Et les listes d'observations sont remplies de méticuleuses remarquer qui prouvent à quel point Champfleury aimait à s'occuper de ses éditions illustrées.
Quelques échantillons d'ailleurs de ces observations, mais quelques-uns seulement :
No III. — Bon. — Un timbre sur la lettre à Gardilanne. N"" V.— Bon — Surlespapiers,celuidumilieuseulement portera Violon Solo^ les deux autres avec portées de musique.»
(C^est d'ailleurs la planche qui a servi à illustrer le prospectus de ToiiVra^^e.)
No VU. — Bon. — Pour plus de pittoresque le grand chapeau à cornes à répéter à gauche, il peut-être encore augmenté d'un dixième. L'autre chapeau supprimé llien autre sur l'enseigne que Itara — Chapellerie — Curiosités^ en caraclères de peintre de lettres. Aux chapeaux delà montre, il faut joindre une casquette. Voir vitrine de chapelier de troisième catégorie.
NMX. —Bon —autant que possible maison branlante, prête à s'afTaiser sur elle même. Pot de fleurs à une fenêtre.
N"X1II. — Bon — tout le siège en sapin sans revêtements de faïence autres que ceux de la lunette. Carrelage en faïence à ornements géométriques. Voir pour le détail les ouvrages sur les carreaux émaillés.
N« XII. — Pour établir une échelle proportionnelle avec les autres dessins, le dé cà coudre a besoin d'être réduit des deux tiers. Il y faut surtout des Ornements Henri il faïence. La boîte est bien. Rapetissez le sujet en le gravant.
Frontispice. — Le dessin gagnerait, je crois, et serait moins régulier si le violon était capricieusement incliné. Les carrés qui contiennent Paris-Conquct, qu'est-ce ? Une nouvelle assiette est un redoublement [)eu agréable. N'y aurait-il pas moyen d'encadrer le titre dans une silhouette de deux violons vus de profil peut-être, en leur adjoignant des archets. Alors sur les portées d'une partition on pourrait donner place au titre.
XV. Le Rêve de Dalègre. Voir dans l'album japonais que je vous envoie la téte du cauchemar qui répond au texte. Dans une petite chambre cà coucher lit à rideaux fermés. Scène éclairée par une veilleuse. Au coin de la chambre,dans la direction des rideaux, la hideuse tete. Une main crispée du dormeur pourrait sortir du lit et saisir un des coins du rideau. Faïence de prix sur la cheminée, sur la commode, table de nuit ancienne non fermée avec un vase en forme de bourdaloue. Scène dramatique, a besoin d'être très cherchée
Lisez mes observations, mon cher Adeline (18 juillet 1883)
et essayez de vous en pénétrer. Le livreviiie peut avoir de succès qu'à la condition d'elre très varié, très spirituel et très expert dans son ornementation.
Il ne faut pas craindre des dépenses de temps en projets. C'est au fond de l'argent bien placé.
Quand vous aurez esquissé de nouveaux dessins, veuillez je vous prie me les envoyer directement et non à M. Gonquet, il n'aurait que faire dans ces recherches, dans cette collaboration.
Pour la planche du cauchemar pensez à Goya avec l'exactitude française en outre pour le mobilier. N'égarez pas surtout mon album Japonais. »
Ces reprises de projets n'étaient pas toujours faciles et comme on est souvent fort malhabile à traduire les idées des autres, nous échangions souvent deux ou trois croquis qui ne nous satisfaisaient ni l'un ni l'autre. Ah ! lui écrivis-je un jour, mon cher ami que votre violon est difficile à illustrer !
Vous vous plaignez, mon cher Adeline(ll septembre 1883), que le violon soit difOcilecà illustrer, et je suis de la môme opinion; c'est justement l'absence systématique de drame et de personnages qui commande une grande variété et une extrême ingénlDsité d'ornementation ; et encore faut-il qu'elle soit relevée par un travail à leau-forte plein d'esprit.
On m'avait demandé de divers côtés cette illustration ; si le résultat n'était pas celui que j'attends, s'il ne répondait pas à vos efforts, M. Conquet serait en droit de m'accuser de vous avoir imposé à lui.
Qu'il y ait des difficultés matérielles à cause des cadres j'en suis convaincu... en tout cas la principale atfaire est de répondre au texte.
Ainsi, la boutique du chiffonnier est beaucoup plus une boutique de marchand de brio-à"brac qu'une boutique de chiffonnier, li ne serait pas difficile à un amateur de décou^ vrir un objet d^art dans ce groupement d'objets divers. Relisez le texte. Un chitronnier recueille du verre cassé, des os,
dos chiffons, des peaux de lapin, lesquelles choses se marient avec des débris, des fragments plus ou moins artistiques. Etudiez un de ces hangards et voyez vos objets dart dans un clair obscLr qui laisse à deviner. Votre bahut trop riche n'est jamais entré dans la boutique d'un chiffonnier.
N"" 10. Le premier projet (l'armoire au Y\o\on\vaut mieux que le second. Tenez-vous en clone au premier projet,
N<> XV. Le Rêve de Dalègre. Les rideaux des lits se prêtent â être exhaussés ou modiliés par un baldaquin. I^a grenouille n'a rien à l'aire avec la tête du cauchemar japonais. Supprimez la grenouille, [\xi-Q\\o m crapaud. La main du rêveur pourrait apparaître crispée et saisir , convulsivement un des rideaux du lit. Sur la table de nuit rien qu'une veilleuse, un sucrier et un verre d'eau ; au besoin une carafe.
Ne manquez pas, mon cher Adeline, de m'envoyer vos premiers états en doubles épreuves, alin de corriger un détail s'il en était besoin.
Nous sommes en 1884' — le violon ne paraîtra qu'en février 1885 — et tout n'est pas encore fini... loin de là.
Accablé de fatigues, de travaux et d'étrennes, je ne vous ai pas encore remercié, mon cher ami (3 janvier 1884), de votre intéressant volume sur le Musée cC Aniiquitcs de Rouen \ il va devenir encore plus précieux alors que la séparation de Tancien avec le nouveau musée s'opérera et vous aurez l'ait en deux ans de la besogne archéologique.
J'ai les premiers états de toutes les planches du Violon...
Mais le titre, le titre est toujours le cauchemar de Champfleury, tandis qu'au contraire il fait le bonheur de Conqaet. La disposition symétrique qui horripile le premier, réjouit le second.
Vous avez fait cinquante frontispices beaucoup meilleurs,^ mon cher ami, me dit Champfleury Essayez donc un motif de faïence Rouennaise (Décor à Chinois) pour voir un peu. Ce violon placé « en chandelle i> ne vaut rien. Je tiens par dessus tout à ce que cette planche frontispice donne une
co
bonne idée des eaux-forles du volume. Un frontispice est une ouverture d'opéra- comique. Si Touverlure est bourgeoise, avec des motifs mal agencés, l'impression n'est pas favorable. Cherchez, changez moi de fond en comble ce frontispice.
iMais non, mais non, mon cher Monsieur Adeline^ votre frontispice me plait beaucoup, me dit Conquet, cette lettre — Champfleury la trouve « calligraphie de Maître d'Ecriture » — celle lettre irrcgulière est très bien. C'est très bien, ne cherchez pas autre chose, vous ne trouverez pas mieux... Mais la planche du Rêve... Ah ! Thorrible diable, c'est hideux.
Et la discussion recommence, en sens inverse. Champfleury trouve le Diable Japonais très réussi, la planche ainsi composée fait peur à Conquet qui voudrait bien autre chose. Finalement l'ouvrage a un frontispice au goût de l'éditeur, et un rêve au goût de l'auteur. Tous deux étaient à la fois contents et mécontents aussi... mnis on voit par ce simple détail l'agréable situation de l'illustrateur entre l'enclume et le marteau. Et encore c'était un véritable ami qui tenait l'enclume et ce n'était pas un moins bon ami qui avait empoigné le marteau.
Le violon est toujours en fabrication, Champfleury veut faire un tour rapide à l'Exposition régionale de
Je roule dans vos environs, mon cher ami (25 septembre 1884), et j'en profite pour aller vous voir demain vendredi entre 11 ii. 1/2 et midi 1/2, car je ne suis pas bien sûr des heures.
Si vous avez une après midi de libre, je vous serais bien
obligé de me piloter dans vos expositions de telle sorte que je puisse repartir le m(^.me jour à 7 h. du soir.
J'ai reçu le portrait de iMme Valmore et je vous remercie, malgré la cruauté de Langlois.
Nous aurons ix parler entni temps de Conquct.
Deux jours après, carte postale « sauf avis contraire j'arrive à Rouen, samedi, 29, dans la matinée » puis le 28, nouvelle lettre : Encore un voyage à Rouen de manqué.
Déjà assez mal en train, mon cher ami, à mon départ de Paris j'ai été pris de névroses fiévreuses dans la nuit qui précédait mon arrivée à Rouen.
C'était un arrêt forcé qui m'a fait manquer mon rendezvous et je vous prie de m'excuser ainsi que je comptais le l'aire de vive voix lundi ; mais ne me sentant pas suffisamment vaillant pour affronter v^s trois expositions, je repars pour Paris.
En novembre 4885 paraît la — première édition — du Lexique des Termes d'art, un exemplaire prend immédiatement le chemin de Sèvres
Je recois aujourd'hui, mon cher ami, (18 novembre 1884) votre Lexique des Termes d'Art et quoique je sois fort occupé à déchiffrer VOrujine des Espèces de Darwin, qui n'est pas d'une lecture facile ; j'ai assez feuilleté votre ouvrage pour m'en faire une idée. Je crois qu'il est appelé à rendre des services et qu'il tiendra sa place dans la série des Dictionnaires nécessaires à tout travailleur.
Moi-même, j'ai amassé des matériaux depuis que je suis à Sèvres pour un Dictionnaire des Aris Céramiques ; mais j'ai tant de choses en train, et si dissemblables, que iMathusalem n'arriverait pas à les terminer.
Je vous serais très obligé de vouloir [)ien me procurer le catalogue de la vente des Livres, Estampes etc., de Baudry. 11 a certainement été imprimé à Rouen et je vous prierai de me l'envoyer, car j'en ai bien besoin.
Le Violon ne paraîtia certainement pas cette année qui se termine mai pour le commerce.
L'édition du Violon — tirée à petit nombre — est enfin parue depuis quelques mois.
Il a ftiUu un rhumatisme assez persistant, mon cher ami (7 juin 1885), pour m'empêcher de vous remercier aussi vite que je l'aurais voulu de votre eau-forte sur le chat infortuné dont vous regrettez la perte.
Avez-vous fait quelque chose pour la publicité du Violo7i à Rouen ?
Je n'ose aller chez Conquet, me demandant si le volume € s'enlève » Tachez de vous en occuper, car la fortune du livre vous appartient en entier.
Le Violon s'est très bien vendu, mais c'était au beau moment de la monomanie des exemplaires avec aquarelles sur les faux titres et ce que j'en ai fait de motifs — Tous différents — bien que dans tous — ou presque tous — le manche du violon dût donner sa note caractéristique... cela est inimaginable... j'en ai dû faire près de cent cinquante environ, si je ne me trompe.
Nous sommes en 1886 et Champfleury se décide à venir à Rouen.
J'accepte mon cher ami (30 Juillet 1886), votre offre cordiale pour demain dîner(samedi)à celte condition qu'aucune casserole ne sera remuée, car je pourrai à peine manger après le déjeuner Gouellain.
Si vous voyez toujours « Souchières de Toulouse » je vous serais très obligé de lui faire savoir que je serais bien aise de lui serrer la main dans la soirée.
Surtout priez bien iMme Adeline de ne pas se mettre en quatre pour un homme qui ne mange pas .
Voici l'esquisse de mon programiije du 31 — I^Gouellain, 2ûLe François, 3« Peut-être Musée, 4^ Adeline, 5" Cale-
Concert ou spectacle bizarre. — l^*" Août, départ de Rouen de bonne heure.
C'est ce dernier jour là queChamplleury, dans la matinée, fit la connaissance de Kiki et de Mi-Ki-Ka buvant fraternellement leur soucoupe de lait, inclinant leurs oreilles pour ne pas se nuire — puis de Mikika seul, dont les gestes simiesques l'intriguèrent si fort. Tantôt ranimai faisait le gros dos et tournant la tête de travers dansait comme un pantin ; tantôt se grattant les paltes avec béatitude dans un accès de joie superlative il se roulait sur le gazon dans le petit jardinet. Oh ! s'écriait l'auteur des chats, mais c'est un singe !
C'était la veille que Champtleury fit cette visite au théâtre... Des idées défaire représenter VApôlre le hantant sans cesse. Mais il trouvait certaines actrices trop médiocres, il songea un moment à faire engager des premiers rôles. Tant qu'il parlait de ses projets de Théâtre, sans dire le titre de sa pièce on fécoutait, il eut été curieux devoir l'auteurdes Bourgeois de Molinchart faire danser sur la scène les fantoches bien vivants du Roman, mais quand il disait (( ce que je voudrais faire jouer ce serait une pièce socialiste ». Oh ! — et l'œil semblant perdu dans un rêve lointain — une pièce intitulée VApôlre.
Ah ! alors tout le monde riait,
Champfleury riait à son tour et nous disait : vous Voyez bien que vous commencez à reculer.
V Apôtre ne parut qu'en volume. « Je mets aujourd'hui à la poste, mon cher ami (20 novembre 1886), le terrible A '^ôtre qui inspire des inquiétudes à un certain nombre de gens.
Puis, dans celte même lettre, il me rappelle que je lui avais promis de lui fiiire faire un croquis du Portrait Romantique de Bocage, par de Malécy (Musée de Rouen), Portrait que P. Zacharie interpréta à la plume d'une très spirituelle façon, mais qui ne fut pas utilisé par Champfleury, la publication projetée n'ayant pas paru. Au milieu de cartes de demandes et de réponses nombreuses — Champtleury me cberchait des entourages de Violl(3t-le-Duc chez un bouquiniste pour mon article du Livre : Viollet-te-Duc, vignetlisle, — mais le bouquiniste était déménagé et je n'eus jamais les feuillets cherchés pas plus d'ailleurs que Champfleury ne put mettre la main sur des Romantiques désirés — au milieu de ces cartes une doit être citée :
Je comptais vous porter samedi dernier, mon cher ami (25 avril 1888), mon dernier volume; les Dieux en ont décidé autrement. Je vous l'envoie par la poste quoique je craigne cette institution, tant d'apprentis lettrés, y pratiquent la peclie du volume.
Je désirerais bien, sur une ou deux pages à part delà grandeur de Tin- 18, trois ou quatre reproductions coloriées de ces amusants saints Gourgon. Avec le ^ progrès » j'arriverai peut-être un jour à reproduire ces plialluseries. «
P. S Conquet m'a dit vous avoir écrit au sujet des dessins de Josquin qui m'ont paru fort bien, à saisir à la première occasion.
Cetle illustration des Sensalionsde Josquin est toujours restée à l'état de projet comme celle de Chien- Caillou, d'ailleurs.
En 1888 la Maison Dentu préparait un Livre d'Or — luxueuse publication qui, d'ailleurs, resta aussi à l'état de projet.