‹ Souvenirs sur l'Impératrice EugénieChapitre 1 sur 45 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

Augustin Filon était un camarade charmant. De grands succès au concours général des lycées de Paris l'avaient rendu célèbre parmi la jeunesse universitaire ; il n'en tirait point vanité. Un de ses camarades de promotion ' a dit de lui qu'il était un peu « distant » ; c'est vrai. Il se distinguait de la plupart de nous par sa bonne tenue où il mettait quelque élégance ; et, s'il était aimable, il n'était pas banal. Il évitait les vulgaires, détestait les grossiers et se moquait des « politiques » : la politique lui semblait être ennemie des lettres, et cela était à ses yeux un grand crime.

Il n'aimait pas seulement les lettres classiques, celles d'Athènes, de Rome et de France ; il s'intéressait aux lettres anglaises et aux lettres allemandes. Un jour il me parla du Wilhelm Meisler de Gœthe qu'il venait de lire, et, à ce propos, de la littérature allemande, qu'il commençait à étudier. C'était en ce temps-là chose rare, même à l'École normale. Notre directeur, M. Désiré Nisard, se flattait d'ignorer les lettres étrangères, et il les ignorait en effet au point qu'ayant su qu'un de nous apprenait le hongrois, il lui dit : « Ce doit être bien difficile l'étude des langues slaves. *

Filon — en cela disciple de Tainc — considérait la littérature comme un témoignage de premier ordre sur la vie de l'humanité en ses différents endroits, a

1. M. Auguste Moireau, dans une excellente notice publiée par Y Annuaire de V Association amicale des Anciens élèves de ï École normale supérieure (1917).

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