RÉPLIQUE A THIERS
Paris, 23 février 1850.
Quel merveilleux improvisateur I Ce discours si court et si grand, quel jet d'inspiration soudaine I Thiers venait d'appeler funestes les journées de février. Lamartine a bondi à la tribune, et à la veille même de l'anniversaire, il a vengé la révolution de février. Avec quelle haute et dédaigneuse ironie il a dit à Thiers : « J'ai regretté
qu'on ait ressassé ces épigrammes sans péril ►
Lui seul a ces bonnes fortunes de mots. Et plus loin, cette leçon de politique à Thiers : « Les
hommes d'esprit font des épigrammes, les peuples fout des révolutions. »
Et cette fin foudroyante du haut de la générosité populaire : « Savez-vous pourquoi j'appelle » le lendemain de ces journées glorieux pour le » peuple ? C'est qu'après avoir remporté une vic- » toire, ce peuple a couvert le lendemain ceux » qu'il regardait la veille comme ses ennemis, de » sa forcé et de sa magnanimité. »
A cette apothéose de la révolution débonnaire et clémente de 1848, à ce pardon grandiose, les bravos éclatèrent. Tout le discours fut coupé d'acclamations. La droite resta écrasée, et tous les membres de la gauche se dressèrent, tous debout, soulevés d'enthousiasme par l'électrique orateur, et crièrent trois fois : Vive la République I