‹ Souvenirs sur les commencements de l'Union St. Joseph de MontréalChapitre 2 sur 13 · JACQ. AL. PLINGUET · texte numérisé non relu

JACQ. AL. PLINGUET

ANS Phiver de 1851, un ouvrier du nom d’Adolphe Guilbault, tailleur de pierre, fort pauvre, tomba malade ; il n’avait aucun moyen de soutenir sa famille, encore moins de se procurer à lui-même les remèdes, qui lui

9 étaientnécessaires. Son état inspira la pitié de quelques-uns de ses confrères : ils pourvurent à ses besoins pendant sa maladie jusqu’à sa mort, et payèrent même les frais de sa sépulture.

Ses amis l’avaient accompagné à sa dernière demeure : en revenant du cimetière, ils discouraient entr’eux sur le bien probable que ferait aux ouvriers une Association où chacun apporterait son obole dans le temps de santé, et où il trouverait secours et appui dans le temps de maladie.

On ne saurait trop connaître et publier les noms de ceux qui se font les promoteurs des œuvres de bien public, et qui, dans leurs pensées généreuses, préparent une longue suite de bienfaits à leurs compatriotes. C’est donc avec bonheur et reconnaissance que nous dirons que les premiers hommes qui trouvèrent dans leur cœur le motif de cette association furent: MM. Mopesre BrourLLzer et Louis LECLAIRE.

C'était une pensée de foi et de charité : communiquée à quelques amis et confrères, elle fut vivement adoptée, comme l’est d'ordinaire tout ce qui est bon, par des cœurs canadiens.

On comprit de suite que, pour la faire fructifier davantage, on devait faire baptiser cette Association par la Religion.

Monseigneur Prince, coadjuteur de Monseigneur l’Evêque de Montréal, fut donc invité à lui donner un nom. L’Evêque de Martyropolis loua ces hommes de bonne volonté de leur projet et leur suggéra de prendre, pour patron de leur Association, celui des ouvriers chrétiens, Saint Joseph : ce qui fut adopté avec acclamation. Ceci se passait le 19 Mars 1851.

La plupart des œuvres, qui ont fait le plus de bien au monde, ont eu des commencements modestes, et il ne faut pas s’en étonner, quand on voit le Sauveur du monde faire sa première apparition dans une étable. Et ne peut-on pas dire qu’une œuvre, belle et grande aujourd’hui, dont nous sommes tous fiers de faire partie, est d’autant plus grande qu’elle est partie de plus bas? Je ne craindrai done pas de vous dire que PAssociation de St. Joseph de Montréal, tant pour se mettre à l’abri des indiscrets que parce qu’elle n'avait pas les moyens de faire mieux, n'eut pour lieu de ses réunions que le grenier de la maison de Monsieur Leclaire, qu’il vou-

lut bien mettre gratis à la disposition de l'Association depuis sa fondation jusqu'au ler Mai 1852.

À la première séance, tenue le 22 Mars 1851, il y avait en tout 7 membres

qui se partagèrent les différentes charges comme suit :

MM. Modeste Brouillet..,...,. Président.

Louis Leclaire ...,.....Vice-Président.

Fabien Guilbault.......Secrétaire.

Cyprien Champeau ....Asst.-Secrétaire.

François l'ussault....., Trésorier.

Léandre Vian.....

Octave Bourgouin.… È Comité d'Enquête.

Le Président, qui avait eu le premier l’idée de PAssociation, engagea alors fortement ses confrères à faire tous leurs efforts pour recruter de nouveaux membres et augmenter leur Société parmi les tailleurs de pierre,; car il est à remarquer que ce n’était d’abord qu’en faveur de cette classe d'ouvriers que s'était formée l'Association et qu’on devait se recruter. Après son discours, tous les membres se levèrent, s’avancèrenten même temps d’une manière s0lennelle, et chacun déposant sur la table sa contribution hebdomaïlaire de 6 sols,

ils s’écrièrent ensemble: voicr LA BASE DE CE QUI SERA NOTRE SECOURS DANS L’ADVERSITÉ.

Il faut croire que leurs vœux étaient bien sincères, puisqu’aujourd’hui ils sont si bien exaucés ; ou que peut-être leur foi était si grande qu’elle était semblable à celle dont parie Notre-Seigneur, et qui peut faire transporter des montagnes.

Toujours est il que nous, qui jouissons aujourd’hui de tous les bénéfices de cette belle Association, nous leur devons une reconnaissance aussi longue que notre vie ; que disons-nous, aussi longue, c’est plus longue que nos devons dire, puisqu'après notre mort, nos femmes et nos enfants béniront l'Association et devront à ses fondateurs peut-être la vie et l’existence. Donc, honneur à eux !

Monsieur Brouillet étant parti pour les Etats-Unis environ un mois après [a fondation de la Société, M. Leclaire, qui en avait partagé l’idée avec lui, le remplaça comme Président, et fut toujours considéré depuis comme l’unique FONDATEUR DE L'UNION ST. JOSEPH.

Les premiers Règlements ont été faits en Mai 1851. Ces Règlements étaient

très sévères, et on conçoit que, dans le principe, ils devaient l'être : les contributious se payaient chaque semaine ; et si un membre se laissait arriérer de plus de deux semaines, la Société pouvait rayer son nom de la liste des membres et l’exclure de son sein.

Au commencement de Juillet 1851, la Société avait en dépôt $2.50 ; de plus, le Trésorier avait entre les mains une somme de $2, Celui-ci partit pour les Etats-Unis, et lon crut l’argent perdu.

C’est bien peu de chose que $2, cependant remarquons-que c'était près de la moitié des valeurs de la Société. Malgré cela, on ne cria pas au voleur; on crut plus prudent de se taire: n’en disons rien, disaient ceux qui connaissaient le désastre, car peult-élre ce dommage ferail lomber notre Association. On se tut, et l’on fit bien; car quelque temps après, notre Trésorier revint de sa promenade ou de ses affaires, et avec lui revinrent les $2, dont l’absence avait causé tant d’'émoi. On se réjouit beaucoup, non pas tant d’avoir recouvré largent que d’avoir retrouvé l’honnèêteté

que l’on avait craint un in:tant de voir égarée.

On s’aperçut bientôt qu’en ne recevant dans la Société que :les tailleurs de pierre, on ne pourrait former une Asso.

ciation assez puissante, et on résolut d’y recevoir les ouvriers d’autres corps de métier, ce qui commença d’avoir lieu vers le premier Octobre de la première année.

On désirait n’employer l’argent qui provenait des contributions et des amendes que pour le soutien des malades, des veuves et des orphelins ; cependant, il y avait besoin de siéges pour les séances. On en appela au bon cœur et à la bourse des membres : et chaque fois que le nombre en augmentait, on faisait une collecte qui suffisait pour faire le banc nécessaire.

On sera peut-être curieux de connaitre le nom du premier ouvrier qui ait joui du bénéfice de la Société: c’est M.

J. B. St. Louis qui retira $7.50 pendant 21 semaines de maladie, alors que la Société n'avait que $30 en-caisse.

En Décembre, la Société se composait d’environ 60 membres : cornine on

recevait depuis deux mois, dans l'Association, les ouvriers de tout corps de métier, quelqu'un proposa de recevoir aussi des charretiers. Cette proposition souleva de l'opposition : il y eut une longue discussion qui se termina cependant par l’adoption de ia mesure qui avait été proposée. Mais alors 30 à 36 membres qui s’y étaient opposés donnèrent leur résignation. Soit que cette difficulté eût été connue au dehors, soit pour quelqu’autre raison, plusieurs personnes pensaient que la Société ne pourrait exister longtemps, et dans ce temps:

LADA Masse rencontra un ami d'origine étrangère qui, pour l’engager à se retirer de l’Association, lui disait, entr’autres aménités, que toutes les Sociétés que les Canadiens essayeraient de former ne pourraient jamais tenir ; à quoi notre ami lui répondit de suite :

Que toute affaire qui demandait du cœur réussirait au moins aussi bien chez les Canadiens que chez d’autres, car ils avaient le cœur aussi bien placé que qui que ce fût. On aurait dit que l’événement voulüt donner raison à M. Masse, car les metnbres qui avaient résigné

furent bientôt remplacés, puisqu’au mois de Mars 1852, les membres étaient de nouveau au nombre de 60.

Ce fut le 19 Mars 1852 que fut chantée la première Grand’Messe pour lPAssociation St. Joseph dans l'Eglise St.

Pierre, desservie par les RR. PP. Oblats.

Il n’y eut pas de procession.

Au premier Mai 1852, on loua un appartement dans la maison de M. Orléans, rue Ste. Catherine, où la Société tint ses séances jusqu’à l'incendie du 8 Juillet, Dans cet incendie, |’ Association perdit ses archives; mais elle conserva son argent qui était déposé à la Banque d'Epargne par M. le Chanoine Piamondon que la Société avait prié, dès le commencement, d’être son dépositaire à la banque, service que M. Piamondon a bien voulu rendre jusqu’au 26 No:

vembre 1856.

Quelques jours après le grand incendie de 1852, vers ia fin du même mois, huit membres se réunirent et louèrent Pécole des Sœurs, rue Ste. Catherine, afin d’y tenir les asseinblées de la Société. Alors, un certain nombre de nou-

veaux membres venant grossir les rangs de l'Association, on fit de nouveaux Règlements, qui furent adoptés à l’unanimité le 10 Décembre suivant. (C’est de là que date le nom : Union Sr. Joserx DE MONTRÉAL.

L’incendie ayant détruit le quartier où demeuraient le plus grand nombre des associés, il arriva piusieurs fois, dans l’été de 1852, que, pour avoir un quorum afin de siéger et régler les affaires, on était obligé d’aller chercher quelques membres à leur demeure.

Jusqu'au ler Octobre 1852, les nouveaux membres ne payaient pas d’entirée; du fer Gctobre 1852 au ler Janvier 1854, le prix d'entrée fut de $1 ; du ler Janvier au ler Mars, $1.50, du ler Mars au ler Mai, $2 ; puis enfin, depuis le 1er Mai 1554, il a été de $4 jusqu’au ler Mai 1858, où il s’éleva à 65.

Avant le 20 Janvier 1858, il ne s’était pas encore fait de prière avant ou après les séances ;: ce ne fut que ce jour-là qu’on commença à réciter les prières qui se trouvent dans le livre : Constitution et Règlements de l’Union St. Joseph, imprimé en 1858, ct qui ont continué de se

faire jusqu’au 2? Janvier 1865 : époque où on substitua à celle qui se faisait avant chaque séance, le Veni Sancte, suivi d’un Ave Maria, le tout en fran- Çals. | Comme les fonds de la Société étaient déposés à la Banque d'Epargne et que, dans les rapports qui se faisaient, cet argent ne paraissait qu’en chiffres, il s’éleva bientôt une rumeur qui se propagea prompiement, et qui donnait à entendre que les Officiers de la Société faisaient des rapports riches en apparence, mais que probablement :ïl n’y avait pas d'argent, puisqu'on n’en voyait pas. Ceux-ci firent cesser ces bruits, en priant M. Plamondon de retirer Pargent qu’il avait mis en dépôt au nom de la Société et qui se montait à la somme de 9107.39. On compta l'argent dans la séance du 27 Janvier 1853 : tout le monde fut content, et l’argent fut reporté en dépôt.

La fête patronale approchaïit, la Société comptait 100 membres. Tout le monde désirait célébrer la St. Joseph avec le plus de solennité nossible, et on

résolut que la Société ferait son apparition première, en ordre de procession, dans les rues de Montréal, le jour de la St. Joseph. Pour cela, chaque membre devait être décoré d’un insigne : cet insigne était un ruban blanc attaché au côté gauche et sur lequel se voyaïent trois feuilles d’érable liées par le pied, un castor, puis les lettres U. S. J. Mais il fallait de plus une bannière, et c’est de tout cœur que chaque membre contribua de sa bourse à la confection de cette bannière qui est en ore celle de PAssociation et sur laquelle est repré:

senté St. Joseph: on y lit ces mots qui montrent à tous les yeux le but de la Société: Nous protégeons l’infortune :

Si vous aimez vos frères, soyez des nôtres. La fête fut pleine d’enthousiasme, mais il n’y avait pas encore de musique,

Jusqu'en Mai 1853, on ne donnait pas de cartes d’admission aux nouveaux membres, ce ne fut qu’à la séance du 12 de ce mois qu’il fut résolu de faire imprimer des cartes pour cet objet.

Par sa sortie en corps à sa fête, PUnion St, Joseph s’était fait connaître du

public canadien ; aussi recut-elle invitation de se joindre à la grande fête nationale des Canadiens, la St. Jean- Baptiste. Elle s’en fit un honneur cette année-là comme toujours depuis, et dès lors une amende était de rigueur pour les membres qui n’y auraient pas assisté. En 1861, la Société St. Jean-Baptiste ayant résolu de venir se former en procession devant la bâtisse St. Joseph pour faire honneur à l’Association, celle-ci, pour répondre à cette courtoisie, fit dresser devant sa porte une arche de verdure qui servit de point de départ à la procession.

Le 30 Juin 1853, la Société comptait 124 membres.

En Octobre 1853, on loua chez M.

Ward, rue St. Constant, un appartement où lAssociation tint ses séances jusqu’au ler Mai 1854, époque où elle se transporta chez M. Richelieu, rue des Allemands ; elle y demeura jusqu’au ler Avril 1857. Durant ce mois d’Avril, elle tint ses séances à la maison St.

Vincent de Paul, rue Visitation ; etenfin au ler Mai, elle prit possession de la

bâtisse de l’Union St. Joseph, qu’elle avait fait construire au coin des rues Ste. Catherine et Ste. Elizabeth.

Le 10 Novembre 1853, on adopta la résolution d’acheter 25 madriers et autant de planches pour la confection d’une tribune pour le Président et de bancs pour les membres; et cette tribune et ces bancs furent aussitôt faits par plusieurs ouvriers sociétaires qui ne voulaurent recevoir d’autre rémunération de leur travail que la reconnaissance de leurs confrères.

Le 24 Novembre 1853 commencèrent des difficultés qui, malheureusement, ne durèrent que trop longtemps. La Société ayant pris de l’extension, et des bruits s’étant répandus sur les procédés de Association, les autorités ecclésiastiques déclarèrent que, comme la Société voulait avoir une Grand’Messe et que ce fait accompli par l'Eglise était une espèce d'approbation donnée à PAssociation, celle-ci devait à son tour teconnaître un Prêtre autorisé à la visiter de temps à autre, afin que les autorités ecclésiastiques fussent certaines qu’il

n’y aurait rien de mal dans la Société.

Piusieurs membres pensaient que ne s’étant réunis qu’en vue de secours matériel, la Société n’avait pas besoin de Prêtre pour la diriger ; mais la majeure partie tenait à la célébration de la Messe, On promit done aux autorités ecclésiastiques de prendre les moyens de faire accepter la nomination d’un Prêtre Visiteur de la Société. La Messe eut lieu en Mars 1854 ; mais malgré les efforts d’un bon nombre de membres bien disposés, on ne put réussir, après la célébiation de la fête, à faire passer une motion à cet effet. Les séances furent très bruyantes depuis cette époque jusqu’à ladoption de la résolution qui demandait à Monseigneur l’Evêque un Visiteur pour la Société, ce qui n’eut lieu qu’en Mars 1857. Il faut dire que de grands efforts étaient faits par les deux partis pour remporter le succès: les assemblées étaient très nombreuses, fort longues et trés orageuses.

Nous avons dit que la Messe avaiteu lieu en Mars 1854, et la fête avait été la plus solennelle que la Société eût encore

eue. MM. Joseph Bélanger et Antoine Labelle, membres de cette Association, lui avaient offert un beau drapeau en soie pour servir aux processions. Il y avait donc bannière et drapeau et de plus un corps de musiciens. La procession fut accueillie avec enthousiasme par les citoyens dans tous les lieux où elle passa ; les maisons étaient décorées pour lui faire honneur: quelques personnes poussèrent même la courtoisie jusqu’à tirer truis coups de canon et un certain nombre de coups de fusii. Ce dernier incident fut cause que, dans une séance du Conseil-de-Ville, plusieurs de nus bons frères d’origine étrangère voulurent jeter du discrédit sur la nationalité canadienne, mais M. J. Chs.

Coursolles était là, et, en homme de cœur qu'il est, il sut défendre et notre Société et la nationalité canadiennefrançaise.

A la séance du 26 Janvier 1854, la Société reconnaissante envers son fondateur, M. Ls. Leclaire, déeida de faire faire son portrait au daguerréotype, au moyen de souscriptions volontaires par.

mi les membres.

Une invasion du choléra dans la ville de Montréal ayant emporté un grand nombre de citoyens dans l’été de 1854, il fut résolu, à la fin de Juillet, de faire chanter une Messe solennelle pour remercier Dieu d’avoir préservé les membres de la Société de la terrible maladie.

Le 24 Juillet 1854, eut lieu la première mortalité parmi les membres de la Société. Ce fut M. J. B. Lamouche, garçon qui, à Sa mort, se trouvait n'avoir pas droit au bénéfice de l’Association ; mais comme c'était le premier cas de mort, les associés voulurent néanmoins pourvoir à ses funérailles. Le second qui mourut dans la Société est M. Cyrille Gagnon, décédé le 23 Mai 1855.

C’est le premier membre dont ia Société ait soutenu la veuve : elle la paie encore aujourd’hui.

On a essayé plusieurs moyens de faire avertir les membres pour les sépultures de leurs confrères défunts. Jusqu'au ler Février 1858, des membres de bonne volonté se chargeaiert à chaque enterrement d’avertir, dans leur quartier, leurs confrères sociétaires; mais, alors, le nom-

bre des membres ayant beaucoup augmenté, on nomma des centurions et des chefs de dizaines, qui étaient chargés d’avertir leur compagnie respective. Ce moyen paraissant défectueux, on résolut, le 5 Mai 1862, de faire imprimer des invitations sur papier qu'on portait au domicile de chaque membre; et ce plan renccntrant encore des inconvénients, on adopta celui d’imprimer ces invitations sur des cartes.

Jusqu'à l’hiver de 1855 à 1856, la Société n’avait pu soutenir que les malades et les veuves des membres ; alors elle voulut venir en aide aux orphelins des membres décédés : il se fit d’abord à cet effet, sous la direction de M.

Antoine Bazinet, un bazar qui rapporta la jolie somme de $312. Cette somme fut consacrée au soulagement des orphelins : on leur accorda à chacun un schelling par semaine. Plus t£rd, la Société voyant avec peine qu’il y avait des orphelins de père et de mère et qui, par conséquent, étaient plus malheureux que les autres, résolut de leur accorder deux schellings par semaine, et pour

cela il fut décidé que la moitié des amendes, provenant de l’absence des membres aux enterrements, serait consacrée à cet objet.

En 1856, la fête patronale fut célébrée à la Cathédrale. C’était la première fois que l'Association faisait son entrée solennelle dans l’Eglise-mère. Monseigneur LakRocque, alors administrateur du diocèse de Montréal, fit, à la Société, l'honneur de célébrer lui-même la Grand”- Messe, et le sermon fut donné par M, le Chanoïne Fabre. La fête fut très solennelle.

À la séance du 4 Juin 1856, on passa une résolution à l’eflet de permettre aux membres du clergé catholique d’assister aux séances, quand ils le voudraient, sans avoir droit de prendre part à la discussion ; sans cependant vouloir encore reconnaître à aucun titre de visiteur où de chapelain. Il fut aussi décidé d’ajouter, pour l’admission des membres, les mots catholiques romains, après ceux Canaïliens Français dans la constitution.

Le but de la constitution étant, pour tous les membres, de se secourir les uns

les autres, ils ont toujours compris que le lien qui devait les unir le plus fortement était la charité. Aussi, que d’exemples ne pourrions-nous pas citer pour montrer l’amour des uns pour les autres; contentons-nous des deux suivants :

En 1856, un membre de l’Association perdit son cheval ; il était pauvre et ce cheval était sa seule ressource pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants. Ses confrères firent aussitôt une collecte entr’eux, et $30 vinrent redonner le courage et la vie à toute une famille.

Un peu plus tard, Octave Renaud tomba dangereusement malade ; cet homme était pauvre et n’avait pu payer ses contributions qui lui auraient donné droit au bénéfice de la Société. M. Benoit Bastien proposa une collecte pour payer les arrérages de M. Renaud :

aussitôt dit, aussitôt fait. Quelques jours après, M. Renaud meurt, il est enterré aux frais de la Société, et sa veuve retire depuis plusieurs années, l’allocation qu’elle doit au bon mouvement de M.

Bastien et à la générosité de ses confrè-

res. Ces faits parlent assez haut d’euxmêmes pour nous dispenser de tout commentaire.

Déjà, depuis longtemps, on sentait la nécessité d’avoir une bâtisse appartenant à la Société, et tout faisait espérer qu’on réussirait. Les fonds étaient passablement augmentés, la générosité des membres était grande, les citoyens voyaient la Société d’un si bon œil qu’on ne craindrait pas de s'adresser à eux pour tirer de leur bienveillance d’assez belles souscriptions. Les membres en parlaient entr’eux et tous paraissaient désireux de voir cette grande entreprise mise à exécution. Pour cela, il fallait auparavant obtenir de la législature un acte d’incorporation. La requête, qui fut signée à cet effet, fut confiée à l’honorable A. A. Dorion, alors député de Ja cité de Montréal. La Société doit à ce monsieur une grande reconnaissance pour lui avoir évité de payer des frais considérablrs qu’elle eùüt été obligé de débourser, si son acte d’incorporation eût été regardé comme un acte privé; c’est ce que voulaient, en effet, un grand

rombre de membres de la législature.

Mais M. Dorion, par son énergie et sa persévérance, vint à bout de tous les obstacles ; il triompha et fit passer l’acte d’inccrporation à la fin de la session, comme un acte public, de sorte que notre Association en eut tous les bénéfces sans bourse délier. La Société se trouvait justement dans une circonsiance où ce service devait lui être d'autant plus agréable qu’elle allait avoir besoin de pius d’argent pour sa bâtisse. A son retour du Parlement, l’Union St. Joseph présenta à l’honorable M. Dorion une adresse pour marque de sa recounaissance.

Le ler Juillet 1856, l’acte d’incorporation était sanctionné, et le lendemain, 2 Juillet, il fut unanimement résolu de bâtir. Un comité fut nommé pour s’enquérir d’un terrain ; ce comité se composait de MM. Ls. Leclaire, L. [. Rathé, D. Leblanc, Michel Laurent, F. Deouise, Ls. Longpré, Pre. Hogue et J. B.

Lanctot.

Sur le rapport de ce comité, la Société acheta, le 21 Août, de M. Dufaux, pour

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