AVIS DE L EDITEUR
L'un des héritiers de mademoiselle d'Aumale, élève, amie, et confidente de madame de Maintenon, m'a non seulement donné ces Mémoires à lire, mais il a bien voulu me les laisser encore totalement à ma disposition. Je n'eus
1. Feutry, sa vie et ses ouvrages, par M. Henry Pajot, Lille. Feutry, né en 1720, mourut le 26 mars 1789; il se pendit.
garde d'y toucher; j'y ai respecté même jusqu'aux négligences. La vérité n'a pas besoin d'un éclat d'emprunt; cet ouvrage n'offre doue qu'une vie, très simplement écrite, d'une femme illustre par ses malheurs et par son élévation, et non par un roman artistement arrangé. Je n'ai pas ignoré que M. de La Beaumelle avait vu à Saint- Cvr beaucoup de fragments de ces Mémoires qu'il a bien raison de regarder comme précieux; cet écrivain estimable n'imaginait pas alors qu'ils seraient enfin publiés puisqu'il dit, dans sa préface, que : « Le fonds de son ouvrage est tiré des manuscrits dont la plupart ne verront jamais le jour ». J'ai cru devoir livrer celui-ci à la presse pour servir de pièce de comparaison; ce n'est en général que par ce moyen qu'on peut parvenir à découvrir la vérité ; d'ailleurs tout ce qui tient à ce moment de notre histoire est trop intéressant pour ne pas rechercher avec empressement les diverses anecdotes qui peuvent nous en instruire.
Il ne me semblerait pas juste de publier l'ouvrage de mademoiselle d'Aumale sans dire un mot de sa personne; son intimité avec madame de Maintenon prévient d'abord en faveur de son esprit; la constance de son attachement fait l'éloge de son cœur, et la régularité de sa conduite annonce la pureté de son âme.
Mademoiselle d'Aumale naquit à Vergie, village à huit lieues par delà Amiens, le 4 juillet 1683, et fut reçue à Saint- Cyr à l'âge de sept ans. Elle était fille de Jacques d'Aumale, seigneur de Mareuil; sa candeur, sa piété, sa douceur, ses grâces naïves, son intelligence, tout enfin, décida madame de Maintenon à se l'attacher, en 1704, pour lui faire compagnie dans les moments où elle pouvait se dérober au tumulte de la Cour. Elle ne tarda point à s'attirer toute sa confiance. Dépositaire de toutes ses pensées, elle la consolait dans ses chagrins, et l'aidait à lui
faire mieux supporter les désagréments de son état, qui, quoique très brillant et des plus heureux en apparence, avait pourtant ses amertumes.
Le Roy s'aperçut bientôt du mérite de mademoiselle d'Aumale, et il l'honora d'une bonté particulière; il ne se cachait pas sur l'estime qu'il en avait conçue, et le bien qu'il lui voulait.
On verra dans ces Mémoires que son intention avait été de rétablir très avantageusement; mais elle resta à la Cour, jusqu'à la mort du Roy, toujours également considérée de tout ce qu'il y avait de mieux, et elle suivit alors madame de Maintenon à Saint-Cyr, où elle ne la quitta plus d'un seul moment. Enfin, après avoir perdu son auguste amie, elle se retira en Picardie chez madame d'Aumale, sa mère, qui portait le nom de Mareuil, avec environ deux mille écus de rente seulement, dont encore plus de moitié était en pension, et elle continua fort longtemps d'entretenir un commerce de lettres avec tout ce qui survécut de distingué à la cour de Louis XIV. Son style était simple, facile, et plaisait à tous ses amis.
Elle en eut encore un grand nombre, et rendit beaucoup de services. Elle eût pu même faire une fortune considérable, si elle les eût mis à prix, comme cela se pratique si indignement de nos jours; mais la noblesse de ses sentiments et son désintéressement absolu ne lui permirent d'obliger que pour le plaisir, si flatteur, de faire le bien, quelque médiocre que fût sa fortune, relativement à la position où elle s'était trouvée ; elle la partagea avec ses deux sœurs, son frère aîné, et les enfants de ce frère, et mourut à Soissons, en décembre 1756, dans le sein d'une famille chérie dont elle faisait le bonheur et l'ornement. En un mot, elle fut regrettée de tous ceux qui avaient eu l'arintagc de la connaître.
On peut juger, par cette esquisse, du portrait de mademoiselle d'Aumale, du degré de confiance que méritent ces Mémoires, dont tout l'art de la rédaction la plus châtiée n'aurait fait, sans doute, qu'altérer la simplicité.