‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 111 sur 112 · LA FAMILLE D AUMALE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE D AUMALE

« Les guerres fréquentes, qui dans différents temps, on ravagé la Picardie, n'ont pas moins exercé leur fureur sur les titres des familles que sur les moissons de la campagne. Le même fléau qui ravissoit la vie aux hommes leur envioit encore les monuments de leur grandeur, et pour un mal qu'il faisoit une fois, préparoit à chaque génération des regrets mille fois renouvelés. Ce malheur que déplorent tous les jours ces nobles du Royaume dont les pères vivoienl clans les provinces désolées par les armes, la maison à'Aumale l'éprouve aujourd'hui bien sensiblement : quelqu'idée qu'on ait donné de son extraclion dans des histoires particulières, on ne peut la dédommager des pertes qu'elle a dû faire dans ces temps malheureux. »

C'est ainsi que débute danslVlrmoWa/ de d'Hozier (édition de 1702, IVe registre) la notice généalogique consacrée à la famille d'Aumale de Picardie. Comme à l'article suivant il reconnaît pour auteur de cette famille Guillaume d'Aubemale, chevalier, qui fut nommé en 1320 pour faire

l'assiette des 2 000 livres de rente promises en dot à Alix de Bretagne par le contrat de son mariage arrêté cette année-là même avec Bouchard VI du nom, comte de Yendôme, on pourrait se demander quel dommage les malheurs de la guerre ont pu faire subir à une famille dont les preuves de noblesse remontent aussi loin. Une note de d'Hozier lui-même va nous l'expliquer. Voici ce que dit cette note :

« La Morlière (page 486 de son Recueil de plusieurs nobles et illustres maisons de Picardie, imprimé en 1642 à la suite de ses Antiquités d'Amiens) , et Le Carpentier dans son Histoire de Cambray (tome II, pages 128 et suivantes), ont avancé l'un et l'autre que les vicomtes du Mont-Notre- Dame, du surnom d'Aumale, étoient issus des anciens comtes d'Aumale. Mais ce sentiment, qui annonce en général l'excellence de leur noblesse, ne décide rien en particulier sur les véritables sources où ils l'ont puisé. »

Le point qui demeure douteux, et que ni d'Hozier, ni La Chesnaye des Bois n'ont élucidé, est donc de savoir si la famille d'Aumale de Picardie descend bien de l'ancienne et illustre famille des comtes d'Aumale de Normandie.

La famille des comtes d'Aumale de Normandie était elle-même issue des comtes de Champagne par Eudes de Champagne qui, dépouillé de ses États par son oncle Thibaut, se réfugia à Bouen auprès de l'archevêque et reçut de lui le comté d'Aumale. Eudes avait épousé Adelise, nièce de Guillaume le Conquérant, duquel il tint, par femme, le comté d'Holderness en Angleterre. Mais son petit-fils Guillaume Ier, comte d'Aumale et d'Holderness, mourut en 1180, ne laissant qu'une fille de son mariage avec Cécile d'Ecosse. En lui s'éteignit donc la première maison des comtes d'Aumale de Normandie. Sa tille Havoise,

comtesse d'Aumale et cTHolderncss, apporta le comté d'Aumale à son troisième mari, Beaudoin de Bélhune. Mais celui-ci se le vit confisqué en 1196 par Philippe- Auguste, pour avoir pris contre lui le parti de Richard Cœur de Lion.

Philippe de France, fils du roi Louis VIII, eut pour son apanage et pour tenir en pairie le comté d'Aumale. Après la mort de ce jeune prince, arrivée en 1:233, la propriété et le domaine du comté d'Aumale furent donnés à Renaud de Dammartin, comte de Boulogne. Son frère et héritier Simon de Dammartin épousa Marie-Jeanne de Ponthieu qui lui apporta le comté de ce nom. Jeanne, leur fille et héritière, morte le 16 mars 1278, eut pour premier mari Ferdinand III, roi de Castille. Rlanche de Castille, la fille aînée de Jean II arrière-petit-fils de Ferdinand III, porta le comté d'Aumale à son mari Jean V, comte d'Harcourt, qu'elle épousa en 1340 et qui fonda ainsi la troisième maison des comtes d'Aumale de Normandie. Le comté d'Aumale demeura dans la maison d'Harcourt jusqu'en 1452, époque à laquelle il passa dans la maison de Lorraine.

Avant l'époque où le titre de comte d'Aumale passa dans la maison d'Harcourt, Guillaume, chevalier d'Aumale, comme nous l'apprend d'Hozier, était déjà établi en Picardie. Suivant une note qui m'a été fournie par un obligeant et érudit généalogiste picard, M. le comte de Galametz, ce Guillaume descendrait d'un troisième fils d'Etienne, comte d'Aumale, père du Guillaume en qui se serait éteint, en ligne masculine, la branche aînée des premiers comtes d'Aumale de Normandie. N'étant ni érudit ni généalogiste je ne puis ni confirmer, ni contredire cette descendance directe que d'Hozier n'accepte ni n'infirme et qui ferait des d'Aumale de Picardie une branche cadette de la famille des comtes d'Aumale de Normandie. Ce qui

rend cette descendance plausible, c'est la synonymie de ce prénom de Guillaume, nom normand et point picard, qui fut porté successivement par le dernier d'Aumale de Normandie et par le premier d'Aumale de Picardie.

Quoi qu'il en soit de cette descendance, la très ancienne maison des d'Aumale de Picardie se sépara de bonne beure en plusieurs branches, parmi lesquelles nous citerons seulement celles du Mont-Notre-Dame, d'Haucourt, du Quesnoy, de Mareuil, et d'Yvreneheux. A la branche d'Haucourt, séparée depuis 1526 et qui, ayant suivi la fortune des Coudé, se fit prolestante, appartenait Suzanne d'Aumale, femme du maréchal de Schomberg, qui fit assez grande figure à la cour de Louis XIV avant que son mari, huguenot comme elle, eût passé au service de Guillaume d'Orange. Quant à noire mademoiselle d'Aumale, elle appartenait à la branche de Mareuil; son père s'appelait, suivant d'Hozier, Jacques d'Aumale, seigneur de Mareuil; il était l'un des fils de Jean d'Aumale, IIIe du nom, seigneur du Quesnoy, et de Louise Cajac; il avait épousé, le 10 septembre 167o, Suzanne de Courcelles, fille de Gilbert de Courcelles, seigneur de la Grange-aux-Moines, et de Claude le Sestre; il fut maintenu dans son ancienne noblesse par ordonnance de M. Bignon, intendant de la généralité d'Amiens, du 31 janvier 1699, et mourut au mois de septembre 1708, laissant pour enfants de Suzanne de Courcelles :

Nicolas-François d'Aumale, mort le 11 avril 1711, capitaine dans le régiment de Berry;

Pierre d'Aumale, mort enseigne de vaisseau;

Jacques-Antoine d'Aumale qui continua la postérité ;

Charles d'Aumale,

Marie-Madeleine d'Aumale, née en 1678;

Marie-Jeanne d'Aumale, baptisée le 4 juillet 1683.

Et enfin Charlotte d'Aumale, née le 2o décembre 1684.

Marie-Jeanne d'Aumale, qui nous occupe et que d'Hozier qualifie de Dame de Vergie, fut reçue à Saint-Cyr, au mois de novembre 1690, sur les preuves de sa noblesse établie par titres depuis Jean d'Aumale, son sixième aïeul, Seigneur d'Epagny et du Quesnoy, qui avait épousé avant Tan 1460 Jeanne de Mareuil-Soissons. Philippe d'Aumale, petit-fils dudit Jean dWumale, épousa, avant l'an 1528, Madeleine de Yilliers-l'Isle-Adam, nièce de Philippe de Villiers-1'Isle-Adam, grand-maître de Rhodes, et de Marie de Villiers, aïeule du Connétable Anne de Montmorency.

Sa sœur, Charlotte d'Aumale, fut également reçue à Saint-Cyr le 27 janvier 1692, ainsi que le furent deux filles d'un frère de son père, Marie-Louise d'Aumale et Isabelle-Henriette d'Aumale, toutes deux filles de Charles d'Aumale et d'Éléonore de Saint-Just. Il n'y eut donc [tas moins de quatre demoiselles d'Aumale qui furent en même temps à Saint-Cyr.

Quant à Jacques- Antoine, le frère de mademoiselle d'Aumale auprès duquel elle devait finir sa vie, il était seigneur de Murtin en Champagne, de Ha m et du Petitbois. Il fut successivement lieutenant puis capitaine d'infanterie dans le régiment de Berry, puis sous-lieutenant aux gardes françaises, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis en l'an 1718 et colonel réformé dans le régiment de Poitou, le 27 juillet 1720. Il reçut plusieurs blessures dans les différentes occasions où il fut employé, et fut finalement chargé du commandement de deux bataillons des milices de Picardie.

De son mariage avec Henriette de Polastron de la Hillière, il eut douze enfants dont trois filles qui furent également reçues à Saint-Cyr, ce qui porte à sept le

nombre des demoiselles d'Aumale ayant passé par Saint- Cyr.

Un de ses fils, Jacques-Louis d'Aumale, né à Paris le o septembre 1726, fut, comme son père, capitaine au régiment de Berry.

Il vivait également avec sa tante, et, à la fin de la vie de celle-ci, il eut maille à partir avec La Beaumelle chez qui il voulut faire saisir un exemplaire du Mémoire que nous publions. On trouvera le récit de leur contestation en tête du second volume de cette publication. Par lui se continua la branche des Mareuil, qui ne s'est éteinte qu'au commencement du siècle. Les papiers provenant de cette branche étaient arrivés par héritage en la possession de monseigneur de la Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges. Ils ont malheureusement péri dans l'incendie du palais épiscopal de cette ville en 1871.

La famille des comtes d'Aumale de Picardie n'est plus aujourd'hui représentée que par les descendants de la branche d'Yvrencheux. Ce nom, très ancien, comme on a pu voir par cette notice, est aujourd'hui porté par M. le comte d'Aumale, général d'artillerie en retraite, et par ses deux neveux, MM. Marie-Jean d'Aumale, lieutenant au 10e régiment de hussards, et Armand-Marie-Jacques d'Aumale.

Bien que n'appartenant pas à la même branche que mademoiselle d'Aumale, les représentants du nom possèdent aujourd'hui en héritage un souvenir d'elle singulièrement précieux : une bonbonnière en or et en écaille, que Louis XIV lui donna en mourant, ainsi que quelques papiers de famille qu'ils ont bien voulu nous communiquer. Qu'ils reçoivent ici nos remerciements.

Un érudit du siècle dernier du nom de Feutry, qui fut tout à la fois, dit son biographe M. Henry Pajot, « avocat et poète, jurisconsulte et littérateur1 », était en relations avec la famille d'Aumale. Il avait eu communication du Mémoire de mademoiselle d'Aumale, et il se proposait de le publier en le faisant précéder d'une préface et d'une notice biographique qui sont arrivées entre les mains de Monmerqué. Monmerqué attribuait la notice au neveu lui-même de mademoiselle d'Aumale. Nous croyons intéressant de reproduire, comme Monmerqué en avait l'intention, la préface et la notice.

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