Lettres historiques et édifiantes, t. II, p
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important. Le fond de la vie de mademoiselle d'Aumale s'écoulait cependant à Vergie. Dangeau nous dit qu'en 1719 un logement lui fut accordé au Luxembourg, mais elle ne paraît pas l'avoir jamais occupé. Nous savons aussi qu'elle fit en 4721 un séjour au château d'Havrincourt, chez son ancienne amie de Saint-Cyr. « Jugez, madame, écrivait celle-ci à madame de Glapion, du plaisir que j'eus dans le moment où je vis entrer cette mignonne masquée et déguisée, en petit corset blanc de bergère, car bien loin de savoir qu'elle dût venir, mon bon menteur de mari me dit à son retour de Paris que je ne la verrois point cette année. » Mademoiselle d'Aumale passa tout l'hiver à Havrincourt. Quelques-unes des lettres que durant ce séjour elle adressait à madame de Glapion ont même été publiées ', Elles sont des plus agréables. On y trouve d'intéressants détails sur ce qu'on pourrait appeler la vie de château au xvine siècle, dans un pieux et respectable intérieur de province. Madame d'Havrincourt était demeurée en effet fidèle aux excellents conseils que lui avait donnés madame de
1. Quelques lettres inédites d'Anne d'Osmond, marquise d'Havrincourt, et de Marie-Jeanne d'Aumale, 1721-1724, publiées par M. Albert Asselin.
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Mainlenon. « Madame d'Haviïncourt, écrivait mademoiselle d'Aumale, a une simplicité et une droiture admirable et beaucoup de soumission. Elle fait souvent son examen le soir dans une chambre, et se reproche des choses très légères et qui ne seroient regardées que par des religieuses ou des âmes liées à Dieu. Je fais bien mon salut ici. Je travaille, prie Dieu fidèlement tous les jours et aucune compagnie ne nous en détourne. » Quant à M. d'Havrincourt, brave militaire retiré du service, il prétendait parfois que « Dieu ne s'arrête pas aux choses extérieures et que cela n'est bon que pour les femmes dévotes ». Mais il revenait de « ces fausses idées » et il était en train de devenir « un aussi bon chrétien extérieur qu'il l'éloit intérieur auparavant ». Sa femme et mademoiselle d'Aumale l'y aidaient à l'envi, lui apprenant à suivre la messe « parce qu'il ne savoit jamais où on en étoit » et aussi à faire ou plutôt à lire sa pénitence, non pas auprès du feu, dans un grand fauteuil, les jambes croisées, mais dévotement, à genoux. « Nous avons en lui un bon sujet, ajoute mademoiselle d'Aumale, mais il y a tout à faire. Du reste c'est le meilleur cœur du monde pour Dieu. » On songeait alors à placer mademoiselle d'Aumale auprès de la jeune Infante qui
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arrivait en France pour épouser Louis XV. Elle ne s'y refuse pas, mais ne paraît guère le désirer. « Je suis obligée, écrivait-elle, aux personnes qui me désirent près de l'Infante, mais je ne ferai jamais un pas pour être auprès des grands. Si Dieu m'y appelle, il faudra qu'on me prenne où je serai, car vraiment je ne le chercherai pas. Je hais pourtant ma liberté parce que je l'ai achetée trop cher, et aux dépens de toute la félicité de ma vie. » Le meilleur du temps des deux amies se passait à parler de Madame, à relire d'anciennes lettres d'elle. Son souvenir leur était resté à toutes deux également cher et son nom revenait à chaque instant dans leurs conversations. L'hiver et le printemps écoulés, les deux amies durent cependant se séparer. Mademoiselle d'Aumale laissait derrière elle d'unanimes regrets. Ce n'était pas seulement madame d'Havrincourt qui la cherchait vingt fois le jour et qui ne pouvait même regarder les fenêtres de son appartement. C'était tous les officiers de la garnison qui s'exprimaient et parlaient de la même manière. « Je ne laisse pas d'être assez embarrassée, ajoute madame d'Havrincourt dans une lettre à madame de Glapion, pour faire les honneurs du cousinage (elles étaient un peu parentes). Voici comment je m'en
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tire. Quand on me dit que mademoiselle d'Aumale est pieuse, je réponds : — Elle ne l'est que trop. Quand on me dit que cette demoiselle d'Aumale est dévote, je réponds : — Il est vrai; c'est grand dommage. Ainsi du reste. » On voit que les anciennes élèves de Saint-Cyr, toutes pieuses et même dévotes qu'elles fussent, entendaient la plaisanterie, et de quel ton libre et agréable elles écrivaient, même en s'adressant à une religieuse. Quelques années après, nous retrouvons mademoiselle d'Aumale encore à Vergie, vivant dans la dévotion, et une lettre d'elle nous la montre fort affligée des discussions que la Constitution et la bulle Unigenitus avaient engendrées dans l'Eglise, fort scrupuleuse également dans le choix de ses lectures et consultant son évêque sur le choix de celles qu'elle pouvait se permettre. « Je suis peut-être, écrivait-elle à madame du Pérou, alors supérieure de Saint-Cyr, la seule dans son diocèse qui ait ce scrupule, mais vous m'avez inspiré tant de droiture et d'obéissance à mes pasteurs légitimes, que je ne m'en écarte en rien quoique le monde s'en moque. Je suis comme un rocher là-dessus1. »