‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 15 sur 112 · Lettres historiques et édifiantes, t. II, p · texte numérisé non relu

Lettres historiques et édifiantes, t. II, p

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delà sienne. Inutile de dire qu'elle suivit Madame à Saint-Cyr et qu'elle s'y enferma avec elle. Dans ces Mémoires on trouvera aussi d'intéressants détails sur cette période la moins connue de la vie de madame de Maintenon et sur la vie digne et retirée que celle-ci y menait, n'ayant qu'une préoccupation, se dérober aux importuns et rendre l'extérieur de sa vie de plus en plus semblable à celle des religieuses au milieu desquelles elle avait cherché, après cette existence agitée et brillante, un tranquille et dernier refuge. Elle commença par renoncer « aux pâtes pour les mains et à l'essence pour les cheveux ». « Je n'ai plus, disait-elle, celui pour qui je me servois de ces choses. » Elle renonça ensuite au chocolat quoiqu'elle l'aimât fort « pour ne pas introduire à Saint-Cyr cette délicatesse ». La communauté se couchait à huit heures. Peu accoutumée à se mettre au lit d'aussi bonne heure, elle gardait auprès d'elle jusqu'à neuf heures et demie mademoiselle d'Aumale et madame de Glapion avec lesquelles elle jouait au piquet ou au trictrac en s'enfermant. Puis, un scrupule lui vint sur ce mystère. « On pourroit croire, dit-elle, que nous nous enfermons pour faire quelque chose de bien. Ne soyons pas hypocrites, » et elle cessa de fermer sa porte, non sans

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demander cependant à l'évêque de Chartres si elle pouvait faire jouer une religieuse aux cartes. Jusqu'à la fin elle conserva l'esprit aimable et enjoué, et la vieillesse ne se fit point sentir chez elle, sauf par une certaine défiance et crainte d'ennuyer la jeunesse, sentiment dont à un certain âge il est bien difficile de se défendre. Elle craignait aussi de tomber en enfance. « Elle me disoit en riant, raconte mademoiselle d'Aumale : Avertissezmoi, je vous prie, quand la tète me branlera et que je radoterai. Je m'imagine qu'on dit de moi : Si vous voyiez comme elle vous raisonne encore, comme elle vous écrit ferme. Je vous avoue que je trouve cela fort désagréable. J'aime mieux me passer de cette admiration. » La pensée de sa fin prochaine ne l'effrayait point. Comme mademoiselle d'Aumale lui faisait part un jour de l'appréhension qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir à la pensée du jugement dernier : « Pour moi, lui répondit-elle, après toutes les grâces dont Dieu m'a comblée, je ne puis croire que je serai damnée. » Aussi vit-elle venir la mort avec courage et résignation. Quand elle se sentit atteinte : « Il n'y a plus rien à faire, ma fille, dit-elle à madame de Glapion, que de prier Dieu qu'il épargne à mon impatience les grandes douleurs. »

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Ces douleurs lui furent épargnées, et elle s'éteignit doucement. La mort n'altéra point ses traits qui reprirent, comme il arrive souvent, quelque chose de leur ancienne beauté. « Elle avait l'air, dit mademoiselle d'Aumale, d'une personne qui dort tranquillement. Son visage paraissait plus beau et plus respectable que jamais. » La douleur des dames et des demoiselles de Saint-Cyr lui fit des funérailles dignes d'elle. Son corps fut embaumé, pour être déposé dans la chapelle. On avait pensé l'ouvrir, comme cela se faisait souvent alors, pour en retirer le cœur, et le transporter ailleurs, mais au dernier moment on n'en eut pas le courage. « On aima mieux, dit mademoiselle d'Aumale, posséder dans le même endroit le trésor tout entier. »

Après la mort de madame de Maintenon, il devient plus difficile de suivre l'existence de mademoiselle d'Aumale, sans que cependant nous la perdions complètement de vue. Nous savons qu'elle se retira aussitôt à Yergie, auprès de sa mère qui vivait encore. La règle de Saint-Cyr ne permettait pas de conserver dans la communauté d'autres laïques que les maîtresses de classe, et mademoiselle d'Aumale était devenue un personnage trop important pour qu'on pût l'y retenir en

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cette qualité. Ce ne fut pas sans regrets qu'elle quitta cette maison qui avait abrité son enfance, et elle exprimait ces regrets dans une lettre touchante, adressée aux Dames de Saint-Louis, qui clôt la série des deux volumes qu'a publiés Lavallée. « J'ai évité dans ces derniers moments, leur écrivait-elle, tout ce qui pouvoit m'attendrir, ayant une plus grande douleur que je n'ai eue de ma vie : près de trente ans dans votre maison est presque toute ma vie et qui m'a liée à vous, Mesdames, d'une manière bien particulière et que je sens présentement avec une grande amertume. Continuez-moi, je vous en supplie, vos bontés; recevez mes très humbles remerciements, plaignez mon affliction qui est plus grande que je ne dis1. »

Elle devait revenir plusieurs fois en visite dans cette maison qu'elle regrettait tant. On trouvera dans ce volume une lettre d'elle, longue et enjouée, à la supérieure madame du Pérou, où elle lui rapporte plaisamment le récit fait par elle à sa mère de sa réception à Saint-Cyr. On devine par cette lettre que la vieille dame était flattée de savoir que sa fille fût traitée comme un personnage

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