DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Du camp de Ruene, le 16 septembre 1690.
« Le Roi m'a montré ce matin l'article de sa lettre qui s'adressoit à moi ; je serois très fâchée que vous vous incommodassiez pour moi.
» Je vous prie de me croire le meilleur de vos amis.
» Votre lettre m'a fait tant de plaisir en me mar-
1. Mademoiselle d'Aumale ne cite ici que la fin de la lettre qui est plus longue dans YHistoire de madame de Maintenon, t. IV, p. 236.
2. Jacques-Édouard-François Stuart, fils de Jacques II, né en 1688, prit en 1708 le nom de chevalier de Saint-Georges; il mourut en 1766.
quant l'amitié que le Roi a pour moi, et qu'il est content de moi, que je ne puis m'empêcher de vous écrire pour vous remercier de me l'avoir mandé. — Je vous assure que je vous compte pour la meilleure amie que je puisse avoir, et que vous me ferez plaisir, si je fais quelque chose qui ne plaise pas au Roi, de m'en donner avis franchement, afin que je tâche de faire mieux. Rien n'est capable de faire changer les sentiments que vous savez que j'ai pour vous.
» Vous n'avez que faire de me recommander Mailly ! ; il est assez bien auprès de moi sans cela, mais cela n'y nuira pas. — Dites au Roi, je vous prie, que je suis charmé de toutes ses lettres.
La princesse de Conti3 m'a mandé, par sa dernière lettre, qu'elle en avoit reçue une de vous par laquelle
1. Louis, comte de Mailly, né en 1662, menin du Dauphin, maréchal de camp, mourut le 6 avril 1699 à l'âge de trentesept ans. Il avait épousé mademoiselle de Sainte-Hermine, nièce de madame de MaiHtenon.
2. Correspondance générale, t. III, p. 236. Le texte publié par Lavallée, d'après le Manuscrit des dames de Saint-Cyr, est un peu différent. La lettre est datée du camp de Flonheim.
3. Marie-Anne de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de mademoiselle de la Vallière, née le 2 octobre 1666, dite mademoiselle de Blois, épousa, en janvier 16S0, Louis, prince de Conti. Elle mourut le 3 mai 1739. La princesse de Conti avait une grande influence sur Monseigneur qui passait presque toutes ses soirées chez elle. Héritière des grâces de sa mère, elle fut la reine de la Cour jusqu'à l'arrivée de la duchesse de Bourgogne dont elle se montra toujours jalouse.
vous lui paroissiez contente de ma régularité à vous
écrire, et à mander des nouvelles du Roi. Je vous
assure que je suis ravi quand je puis faire quelque
chose qui vous fasse plaisir.
» louis1. »
de monseigneur le duc de bourgogne^.
« Je ne vous ai point écrit, il y a longtemps, madame, craignant de vous incommoder, et que votre politesse ne vous portât à me faire réponse. — J'ai appris avec plaisir que les eaux de Forges vous ont fait du bien, et cependant il m'est revenu que vous avez encore eu quelques accès de fièvre; il faut espérer que ce seront là les derniers efforts d'une ennemie déjà bien affaiblie et qui dénoteront sa destruction.
» Nous avons pris cette place en bien moins de temps que nous n'osions l'espérer d'abord3, et si nous ne continuons pas, ce sera faute de moyens, et non de volonté. 11 me semble cependant qu'on propose
1. Publiée intégralement dans la Correspondance générale, p. 291, t. III.
2. Louis de France, duc de Bourgogne, né le 6 août 1682, mort le 18 février 1712.
3. Le duc de Bourgogne avait pris Brisach le 6 septembre 1703 après quatorze jours de siège. Aussitôt après, il demanda au Roi la permission de revenir à Versailles. Dans cette lettre à madame de Maintenon, il se défend à l'avance, un peu mollement comme on peut le remarquer, contre l'accusation qui devait être en effet portée contre lui d'avoir demandé à quitter l'armée pour se rapprocher de la duchesse de Bourgogne.
au Roi d'assez beaux moyens de continuer heureusement un si bon début, s'il entre absolument dans ce qu'on lui demande pour cela.
» Vous aurez su, madame, que je lui demande aussi mon retour, à condition de revenir dès qu'il y aura quelque chose à faire; mais je ne l'ai demandé qu'en alléguant des raisons solides, et en me justifiant par delà de celles qu'on y auroit pu trouver de quelque autre côté, peut-être aussi touchant mais pas si juste en pareille occasion; j'espère que vous m'entendrez à demi-mot, mais je n'ose traiter ce chapitre plus avant, de peur de vous tenter d'une réponse que je vous supplie de ne point faire, en cas qu'elle vous incommode le moins du monde. Soyez persuadé, madame, que quoique je ne vous écrive pas souvent, mon amitié pour vous n'en est pas moins sincère.
» louis1. »
Au camp devant Brisach.