‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 44 sur 112 · Correspondance générale, t. IV, p. 13C · texte numérisé non relu

Correspondance générale, t. IV, p. 13C

du Lude l, qui n'en parle plus que les larmes aux yeux, dit que l'humeur est aussi accomplie que ce que nous voyons. Pour l'esprit elle n'a que faire de parler pour le montrer; sa manière d'écouter, et tons les mouvements de son visage, font assez voir que rien ne lui échappe. Votre Altesse, quoi qu'on puisse lui mander, ne croira pas jusqu'où va la satisfaction du Roi. Il me faisoit l'honneur de me dire hier qu'il falloit qu'il fût en garde contre lui, parce qu'on la trouvoit excessive. Elle a trouvé (je dis la Princesse, car je ne puis finir d'en parler), elle a trouvé Monsieur un peu gros, mais pour Monseigneur elle le trouve menu, et le Roi de la plus belle taille du monde; elle a une politesse qui ne lui permet pas de rien dire de désagréable.

» Je voulus hier m'opposer aux caresses qu'elle me faisoit, parce que j'étois trop vieille; elle me répondit : «Ah! pas si vieille. » Elle m'aborda quand leRoi fut sorti de sa chambre en me faisant l'honneur de m'embrasser; ensuite elle me fit asseoir, ayant remarqué bien vile que je ne puis me tenir debout, et se mettant d'un air flatteur presque sur mes genoux, elle me dit : « Maman m'a chargée de vous faire mille amitiés de sa

1. Marguerite-Louise de Béthune-Sully, mariée : 1° le 23 janvier 1658 à Armand de Gramont, comte de Guiche; 2° le 6 février 1681 à Henry de Daillon, duc du Lude, morte le 21 janvier 1726. Elle avait été nommée le 2 septembre 1696 dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne.

part, et de vous demander la vôtre pour moi ; apprenez-moi bien, je vous prie, tout ce qu'il faut faire pour plaire au Roi. » Ce sont ses paroles, madame, mais l'air de douceur, de gaieté et de grâce dont elles sont accompagnées ne se peut mettre dans une lettre. — Quelque longue que soit celle-ci, je suis persuadée qu'elle n'ennuiera pas Votre Altesse Royale; j'aurai l'honneur de lui en écrire d'autres, quand je connoitrai encore mieux l'aimable princesse que je m'en vais

voir. »

» f. d'aubigné-maintenon '. »

Il est bon de dire ici que, dès que madame la princesse de Savoie vint en France pour épouser Monseigneur le duc de Bourgogne, Dieu inspira h madame de Maintenon le dessein de former cette jeune princesse à la vertu et au grand personnage qu'elle auroit à faire.

Elle vouloit aussi, l'ayant toujours sous ses yeux, accoutumer le Roi, petit à petit, à la voir en cas qu'elle mourût avant lui, pour qu'elle pût l'amuser. Elle ne suivit ses vues là-dessus qu'après avoir consulté monsieur l'évoque de Chartres, son directeur, qui la porta fort à s'appliquer à cette princesse pour le bonheur de la France. Elle lui donna des avis par rapport à Dieu, par rapport à Monseigneur le duc

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