DU ROI D'ESPAGNE PHILLIPPE V
A Madrid, 16 septembre 1707.
« La princesse des Ursins m'a montré une lettre qu'elle a reçue de vous, madame, où vous m'accusez d'avoir de la sécheresse, de n'être point flatteur, et de me ressouvenir d'aucune Françoise. Je vous passe le proverbe de la flatterie, car il est vrai que je n'en ai guère; je ne sais si je parois plus sec dans mes discours que je ne le suis en effet par mes sentiments; mais je ne me sens point capable d'oublier les dames qui se ressouviennent de moi; je les ai crues plus occupées des divertissements et des plaisirs de la Cour où elles se trouvent que des affaires désagréables et importantes que j'ai presque toujours eues, depuis le
1. Ces avis à la duchesse de Bourgogne, dont l'original est de la main même de mademoiselle d'Aumale, ont été publiés par M. Honoré Bonhomme dans le volume intitulé : Madame de Maintenon et sa famille, p. 293.
commencement de mon règne jusqu'à cette heure, et je ne me suis guère senti en humeur de badiner de Madrid, comme j'avois commencé à faire avec ces dames lorsque je partis de Versailles. Toutes choses ont leur temps, madame; je deviendrai gai quand j'aurai le sujet de l'être, et je ne répondrois pas que, si je puis une fois être assez assisté de Dieu pour pouvoir chasser mes ennemis de mes royaumes, que je n'allasse en quelque endroit de France remercier le Roi mon grand-père de m'en avoir donné les moyens. C'est là, madame, où je prétends renouveler toutes mes anciennes connoissances, et jouer à colin-maillard et tels autres jeux qu'il plaira à madame la duchesse de Bourgogne et aux autres dames de la Cour. Pour vous, avec qui je voudrais avoir commerce dès à présent par l'agrément que j'y trouvois en toutes manières, trouvez bon que je vous dise qu'il ne tiendra pas à moi. Je l'avois commencé dès autrefois à Barcelone et depuis ici; il me parut un peu languissant de votre côté; cela me fît croire, à vous parler franchement, que vojs vous en souciez assez médiocrement; j'en jugerai mieux par la réponse que je vous prie de me faire, si elle est telle que je la désire. Vous connoissez, madame, combien j'estime tout ce qui part de vous, mais quoi qu'il en puisse être, j'aurai toujours une extrême reconnois-
sance de vos bons offices auprès du Roi mon grand-
père, et vous aurez en moi un fort véritable ami, et qui sait rendre justice à votre mérite.