‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 55 sur 112 · MADAME LA DUCHESSE DU MAINE · texte numérisé non relu

MADAME LA DUCHESSE DU MAINE

« Permettez-moi, s'il vous plaît, madame, de n'employer mes premières paroles qu'à excuser le désordre de mon esprit; je ne sais pas si je suis véritablement en vie! Monsieur le duc du Maine m'apprit hier, en arrivant, l'effroyable état où il a été; quoique ce soit lui-même qui m'en ait fait le récit, je n'ose qu'à peine me flatter que ce soit lui qui me parle, et je sens bien que je perdrai le peu de raison que j'ai si Dieu, par sa miséricorde sur moi et sur mes enfants, qui vient de ressusciter mon mari, ne me fait la grâce de remettre mon âme dans une assiette plus tranquille. — Je sais, madame, toutes les marques de tendresse que vous venez de lui donner dans cette malheureuse occasion. Si la faiblesse où je suis me permettoit

1. Mademoiselle d'Aumale donne une fausse date à cette lettre. En 1688, le duc du Maine était à l'armée d'où il adressait à madame de Maintenon des lettres d'un tout autre ton. — Voir Correspondance générale, t. III, p. 58. Elle est de 1686.

2. Anne-Louise Bénédicte, dite mademoiselle de Charolais, petite-fille du grand Gondé, née le 8 novembre 1676, épousa en 1692 Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine. Elle mourut le 23 janvier 1753.

de me trainer jusqu'à votre appartement, j'irois vous embrasser mille fois pour vous en témoigner ma reconnoissance. Ne le pouvant, agréez, madame, que cette lettre, toute mal digérée qu'elle est, m'acquitte de ce devoir envers vous. — Soyez, s'il vous plaît, bien persuadée que je vous regarderai toute ma vie avec des yeux de fille, et qu'il n'est pas possible d'avoir pour personne ni plus d'estime, ni plus de tendresse, ni plus de reconnoissance que je m'en sens pour vous.

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