‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 67 sur 112 · MADAME DE MIRAMION · texte numérisé non relu

MADAME DE MIRAMION

« J'ai chargé ma fille2, madame, d'avoir l'honneur de vous aller voir, un peu après ma mort, pour vous remercier de toutes les bontés que vous avez eues pour moi pendant ma vie, et vous assurer, madame, que je meurs dans les sentiments de reconnoissance et d'estime pour les grâces et vertus que Dieu a mis en vous, et vous assurer que s'il me fait miséricorde, comme je l'espère de sa bonté, je le prierai de vous donner la persévérance et augmentation3. »

Puis elle la prie de parler au Roi pour qu'il continue de faire après elle plusieurs bonnes œuvres et charités qui passoient par elle.

J'ai cru que ces extraits feroient plaisir pour faire voir jusqu'où on portoit la considération et la confiance en madame de Maintenon.

1. Marie Bonneau de Rubelles, née à Paris le 23 novembre 1629, mariée le 26 avril 1645 à Jean-Jacques de Beauharnais, chevalier de Miramion, conseiller au Parlement. Elle mourut le 24 mars 1696. On sait que madame de Miramion, après avoir été la victime d'une audacieuse entreprise de Bussy Rabutin, s'était consacrée aux bonnes œuvres. Elle avait même fondé un établissement qu'on appelait communément de son nom : les Miramionnes.

2. Marie -Marguerite de Beauharnais de Miramion, née en 1646, mariée en 1660 à Guillaume de Nesmond, maître des requêtes et plus tard président à mortier.

3. Correspondance générale, t. IV, p. 80. La lettre y est publiée in extenso.

Monsieur et madame de Montchevreuil ont été ses amis très particuliers. Monsieur de Montchevreuil, voyant les empressements de tous les courtisans, depuis la grande faveur, lui dit : « Pour moi, madame, je n'ai point augmenté mon respect. »

Monsieur de Barillon l avoit toujours passé hautement pour aimer madame de Maintenon avant sa faveur, et, la voyant depuis un jour qu'elle passoit dans la galerie de Versailles, suivie de bien des courtisans, il la montroit en disant : « J'avois grand tort2. »

Une personne lui mandoit un jour : « Je prie Dieu qu'il vous récompense le plus tard qu'il pourra de tout le bien que vous faites. »

Elle disoit un jour, étant fatiguée d'avoir eu du monde et des princes toute la journée : « Je suis tirée, non pas à quatre chevaux, mais à quatre princes. »

Une marque très grande du respect que l'on avoit pour elle, c'est que les personnes à qui elle a écrit ont toutes gardé ses lettres, même les plus grands. Plusieurs les ont données à Saint-Cyr, ne doutant point qu'on en fît un jour un recueil3.

1. Paul de Barillon d'Amoncourt, marquis de Branges, ambassadeur en Angleterre de 1677 à 1689, conseiller d'État ordinaire, mort à Paris le 23 juillet 1691.

2. Lettres historiques et édifiantes (citation en note), t. II, p. 74.

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