‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 68 sur 112 · Ainsi s'explique que les originaux d'un grand nombre de · texte numérisé non relu

Ainsi s'explique que les originaux d'un grand nombre de

Comme tous les malheureux s'adressoient à elle, les galériens y avoient aussi recours. Il y en eut un qui joignit à son placet le plan du château de Maintenon; il y mit une galère sur la rivière d'Eure qui y passe, et s'y plaçoit lui-même dans son triste état, joignant les mains, étant à genoux devant le Roi et madame de Maintenon qui se promenoient sur le bord de la rivière, et ces mots sortoient de sa bouche : Grâce. Il l'obtint, le Roi ayant trouvé son idée fort jolie et son crime des moins grands, n'étant que déserteur.

Elle ne vouloit point se servir de son pouvoir pour faire décharger ses terres des tailles, et elle écrivit une fois à son Intendant pour le prier d'avoir égard à une de ses paroisses, sans que cela lui en fît surcharger d'autres. Un de ses receveurs à qui elle envoya cette lettre pour la rendre à l'Intendant et qui la lut, lui manda que, pour une dame d'esprit, elle ne savoit guère écrire, et qu'elle gàtoit ses affaires par sa discrétion; elle en rit beaucoup, et dit : « Mon receveur me trouve peu d'esprit. »

Elle ne vouloit point que ses gens demandassent rien au Roi, afin qu'il pût être à son aise dans son appartement.

lettres de madame de Maintenon se soient retrouvés à Saint- Cyr et aient pu être copiées par mademoiselle d'Aumale ou par d'autres.

MEMOIRE SUR MADAME DE MAINTENON. lu J

Elle ne pouvoit souffrir qu'on se moquât du prochain, ni qu'on en parlât mal. Elle m'a dit bien des fois : « Je me refuse la consolation de vous parler de certaines choses qui me mettroient pourtant à mon aise; mais la charité m'en empêche. » D'autres fois elle me disoit, étant tentée de me parler : « Retirezvous, car je crains de succomber à la tentation de vous parler, et je manquerois à la charité. »

Elle dit un jour, sans se nommer, qu'une femme passoit les jours avec un homme sans savoir comment il étoit mis. C'étoit à elle que le Roi demandoit quelquefois : « Que dites-vous de mon habit neuf? — Ah! disoit-elle en le regardant, il est très beau, Sire; je n'y avois pas pris garde. »

Je lui demandois un jour si elle n'avoit jamais eu envie d'être religieuse; elle me dit que non, mais que si elle l'avoit été, ç'auroit été dame de Saint-Louis, afin de pouvoir instruire; qu'elle avoit toujours aimé et respecté l'état religieux, et qu'étant toute petite, dans un couvent, il y avoit une religieuse qui venoil souvent la voir, et quand elle sortoit d'avec elle, elle disoit : « Je ne sors jamais d'avec ma petite princesse, que je n'en aime mieux mon état. » Elle racontoit un jour que, dans sa jeunesse, étant dans un couvent, elle voulut, un carême, se priver de tous les desserts qu'on lui donnoit et ne les manger qu'à Pâques avec ses

amies qui les gardoient comme elle. Le jour de Pâques étant venu, elle dit en elle-même : « Est-il possible que ces bagatelles dont je me suis privée soient présentement si mal employées en les mangeant avec mes amies. «Aussitôt elle les alla distribuer à toutes celles qu'elle aimoit le moins.

M'ayant fait écrire une lettre à sa place, j'y mis le mot de respect; elle me dit : « Gardez ces profonds respects pour les évêques, car nous ne pouvons leur en trop porter. »

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