‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 79 sur 112 · PORTRWT DU GRAND CONDÉ · texte numérisé non relu

PORTRWT DU GRAND CONDÉ

« Monsieur le prince de Condé, qu'on appelle souvent le Grand Condé pour le distinguer des autres, étoit aïeul de Monsieur le Duc d'à-présent3, prince du sang, qui a épousé Louise-Françoise de Bourbon, princesse légitimée4. Il vécut sous Louis XIV et se trouva mêlé dans les guerres civiles, ordinaires dans les temps de minorité. Comme le Roi ne peut gouverner lui-même,

1. Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, plus tard cardinal de Retz, né en 1613, mort en 1679.

2. On sait combien les Portraits étaient à la mode au xvne siècle. Tallemant des Réaux parle de « cette sotte mode des portraits qui commence à ennuyer furieusement les gens ». Sur cette mode on lira avec fruit l'introduction que M. Arthur de Boislisle a mise en tête d'un recueil inédit de Portraits et Caractères, datés de 1703. Quant aux portraits dus à madame de Maintenon, mademoiselle d'Aumale confirme ici ce que le père GrifTet avait avancé clans un chapitre de son Traité des preuves de la vérité dans l'Histoire, que l'idée de les composer lui était venue à la suite de la lecture des Mémoires du cardinal de Retz, dont la première édition avait paru en 1717. Ces portraits se trouvent dans la publication de La Beaumelle, édition de Maestricht, t. VI. Mais, suivant sa coutume, il en a sensiblement altéré le texte.

3. Louis 111 de Bourbon, prince de Condé, dit Monsieur le Duc, né à Paris le 11 octobre 1668, mort à Paris le 4 mars 1710.

4. Louise-Françoise de Bourbon, dite mademoiselle de Nantes, et plus tard Madame la Duchesse, née à Tournay le 1er juin 1673, mariée le 24 juillet 1685 à Louis III de Bourbon, prince de Condé, morte à Paris en 1743.

il lui faut un conseil et des ministres; tous les grands en veulent être, ce qui ne se peut : de là viennent les intrigues, les petits différends et enfin les guerres. On veut un chef à chaque parti, et les princes se partagent ; ils déclarent leur soumission et leur affection pour le Roi, en même temps qu'ils attaquent ceux qui gouvernent l'État. Monsieur le Prince se trouva dans ce cas-là, à l'égard de la reine-mère Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin, et il ne revint à la Cour que longtemps après la majorité du Roi. Ce Prince étoit bien fait de sa personne, d'une grandeur médiocre, les yeux perçants et la physionomie haute. Il avoit beaucoup d'esprit, savant, d'un courage héroïque et aussi capable pour la guerre que vaillant dans les occasions. Il vécut à son retour à la Cour fort retiré, à Chantilly, belle maison à dix lieues environ de Versailles.

» Il venoit de temps en temps voir le Roi, dont il fut toujours bien traité; il lisoit beaucoup, et avoit souvent de beaux esprits avec lui; il se convertit de bonne foi, et mourut à Fontainebleau, où il vint pour la petite vérole de sa petite-fille madame la Duchesse. 11 écrivit au Roi pour lui demander encore pardon de ses révoltes et pour raccommoder le prince de Conti1 son neveu, qui avoit déplu à Sa Majesté. >;

1. François-Louis de Bourbon, prince de Conti, né en 1664 mort en 1709.

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