‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 86 sur 112 · Henri de la Tour, vicomte de Turenne, né à Sedan le · texte numérisé non relu

Henri de la Tour, vicomte de Turenne, né à Sedan le

siècle; sa physionomie étoit mauvaise, ayant les sourcils joints, mais bien trompeuse, car on ne vit jamais plus de bonté, d'humanité et de douceur. Il neconnoissoit aucune sorte d'intérêt, ni dans les grandes ni dans les petites choses ; il ne savoit pas s'il avoit de l'argent, ou s'il en manquoit; il n'avoit de "vanités que sur sa naissance, et s'il n'avoit pas trop aimé ses proches, on n'auroit pas eu la moindre faute à lui reprocher. 11 en fit une, en confiant au cardinal de Bouillon1, son neveu, ce qu'il ne devoit pas lui confier. On lui en reprochoit encore une autre, en confiant un secret à une jeune personne peu capable de le garder 2. Il avoit beaucoup d'esprit, et toutes sortes de connoissances,

11 septembre 1611, maréchal de France en 1643, tué à Sassbach le 27 juillet 1675.

1. Emmanuel-Théodose de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, grand aumônier de France, né le 24 août 1643, mort le 2 mars 1715.

2. Cette, jeune personne était la comtesse de Coatquen dont Turenne, à l'âge de soixante ans, était tombé amoureux et qui le trompait avec le chevalier de Lorraine, favori de Monsieur. Turenne eut le tort de lui révéler le secret de la négociation que Madame, duchesse d'Orléans, était chargée d'entreprendre pour ramener son frère, Charles II, roi d'Angleterre, à l'alliance française. Madame de Coatquen en instruisit le chevalier de Lorraine, qui en instruisit Monsieur. De là naquirent de grands ennuis pour Madame. Comme celle-ci, un jour qu'elle était malade et dans son lit, en faisait doucement reproche à madame de Coatquen, celle-ci, à genoux, lui répondit en pleurant, par ces vers de Wcnceslas :

J'étais... J'allais... L'amour a sur moi tant d'empire, Je me trouble, madame, et ne puis rien vous dire.

Cette indiscrétion, qui fut connue, fît en effet grand tort à Turenne.

un grand talent pour la guerre, avec un grand courage. Il fut presque toujours opposé à Monsieur le Prince, commandant les armées du Roi pendant les guerres civiles. On les comparoit souvent, sans décider en faveur d'aucun, disant : Monsieur le prince avoit une valeur plus brillante, et monsieur de Turenne une valeur plus sage. 11 ne connut aucun vice; il étoit capable d'amitié. 11 fut tué en Allemagne. II étoit de la religion prétendue réformée. Le Roi faisoit souvent des efforts pour le convertir, qui le nécessitèrent à écouter des disputes. Il fut convaincu assez longtemps avant de l'avouer, craignant un peu qu'on l'accusât de trop de complaisance pour le Roi. Il fut témoin du miracle qui arriva au Louvre; le feu ayant pris dans la galerie, et le vent menaçant de le porter partout, on apporta le Saint-Sacrement; le feu et le vent cessèrent. Monsieur de Turenne fut pourtant encore quelque temps sans se déclarer. Le Roi apprit sous lui le métier de la guerre; il lit plusieurs campagnes, sans rien décider par lui même. »

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