‹ Souvenirs sur Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 87 sur 112 · MORT DU ROI · texte numérisé non relu

MORT DU ROI

\u mois d'août de l'année 1715 le Roi étant tombé malade de la maladie dont il mourut, madame de Maintenon ne le quitta pas. Le Roi donna ordre qu'il

y eut une chambre accommodée où elle put passer la miitauprès de lui quand ellevoudroit (j'étoisavecelle) ' ; elle y en a passé plusieurs, et, dans le jour, elle étoit toute occupée de lui faire faire pour son salut ce qui étoit nécessaire. Son confesseur2 ne le quitta pas; ce fut elle qui pensa la première à lui faire recevoir les Sacrements. Il dit que c'étoit de bonne heure, qu'il se sentoit bien, mais que c'étoit toujours bien faire. Il les reçut huit jours avant de mourir. Elle le fit souvenir de plusieurs fautes qu'elle lui avoil vu faire, afin qu'il en demandât pardon à Dieu. Il l'en remercia.

Pendant le jour, quelque attendrie que fût madame de Maintenon, elle ne pleura point devant le Roi; elle s'éloignoit quand elle sentoit qu'elle ne pouvoit résister aux larmes.

Elle lui aida à visiter toutes ses cassettes; le Roi lui dit : « Brûlons tels et tels papiers, qui pourroient mettre mal ensemble deux ministres. »

Il regardoit d'autres papiers en riant, comme des listes de Marly, disant à madame de Maintenon : « Nous

1. Languet de Gergy, dans ses Mémoires sur madame de Maintenon, p. 460, confirme la présence de mademoiselle d'Aumale dans la chambre de Louis XIV à ses derniers moments. « Madame de Maintenon, dit-il, fut présente à un de ces entretiens (entretien de Louis XIV avec le duc d'Orléans). Elle avoit avec elle mademoiselle d'Aumale; ils n'étoient qu'eux quatre dans la chambre. >•

2. Michel le Tellier, jésuite, né en 1643, succéda au père la Chaise comme confesseur du Roi. Il mourut en 1719.

pouvons brûler tout cela. » Il lui demanda ses poches, et chercha lui-même ce qu'il y avoit à ôter, et trouvant son chapelet, il le donna à madame de Maintenon, lui disant en souriant : « Ce n'est pas comme relique, mais pour souvenir. »

Il lui parla avec toute l'estime et la confiance qu'il avoit toujours eues pour elle. Je fus témoin de presque tout ce qu'il lui dit. Madame de Maintenon recueillit précieusement toutes ses paroles, et on les a trouvées, écrites de sa main, dans son testament, comme les voilà1.

« Il me dit trois fois adieu : la première en me disant : « qu'il n'avoit de regret que celui de me quitter, mais que nous nous reverrions bientôt. » Je le priai de ne penser qu'à Dieu.

» La seconde, il me demanda pardon de n'avoir assez bien vécu avec moi; qu'il ne m'avoit pas rendue heureuse, mais qu'il m'avoit toujours aimée et estimée également. Il plcuroit et me demanda s'il n'y avoit personne ; je lui dis que non. Il dit : « Quand on entendroit que je m'attendris avec vous, personne n'en seroit surpris. » Je m'en alloispour ne pas lui faire de mal2.

1. Voir dans Lavallée : Histoire de la maison royale de Saint- Cyr, pp. 271 et suiv., un récit de la mort de Louis XIV par madame de Maintenon, semblable en plusieurs passages à celui de mademoiselle d'Aumale.

2. « Quel martyre j'ai souffert (disoit un jour madame de Maintenon à madame de Glapion après la mort du Roi), et

» A la troisième, il me dit : « Qu'allez-vous devenir, car vous n'avez rien? » Je lui répondis : « Je suis un rien, ne vous occupez que de Dieu, » et je le quittai. Quand j'eus fait deux pas, je pensai que, dans l'incertitude du traitement que me feroient les princes, je devois demander qu'il demandât à monsieur le duc d'Orléans d'avoir de la considération pour moi ; il le fit de la manière dont ce prince le publia sur-le-champ : « Mon neveu, je vous recommande madame de Maintenon; vous savez la considération et l'estime que j'ai pour elle; elle ne m'a donné que de bons conseils; j'aurois bien fait de les suivre; elle m'a été utile en tout, mais surtout pour mon salut; faites tout ce qu'elle vous demandera pour elle, pour ses parents, et pour ses amis, pour ses alliés; elle n'en abusera pas; qu'elle s'adresse directement à vous pour tout ce qu'elle voudra.

» Le dernier jour que je le vis, il me dit me voyant

dans quelle gêne je passois ma vie, pendant qu'on me croyoit la plus heureuse femme du monde! Hélas! il me le dit luimême en mourant : « Je ne vous ai pas rendue heureuse, » en m'assurant qu'il ne regrettoit que moi et qu'il m'avoit toujours aimée ... Il est vrai qu'il m'aimoit plus que personne; mais avec cela il ne m'aimoit qu'autant qu'il étoit capable d'aimer, car les hommes, quand la passion ne les mène pas, sont peu tendres dans leur amitié. Non, je vous l'ai dit bien des fois, sans la piété, je ne serois jamais restée à la Cour ». (Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 450, Entretien du 18 octobre 1717.)

toujours auprès de lui : « J'admire votre courage et votre amitié d'être toujours là et à un si triste spectacle. »

Je crois qu'elle n'a pas mis ces paroles sans dessein avec son testament qu'elle relut trois jours avant sa mort, me disant : « Voyons mon testament, il faut bien le cacheter. » Elle le lut, et me le fit cacheter.

Le Roi étant fort malade et madame de Maintenon n'ayant pas la force de rien faire, elle me dit de voir ce qu'elle avoit marqué en cas que le Roi mourut avant elle; afin de le faire exécuter, elle l'avoit écrit.

Je ne trouvai pas ce papier, où elle croyoit l'avoir mis, mais un autre où elle marquoit ce que j'aurois à faire en cas qu'elle mourût avant le Roi. Il y avoit : « Dès que je serai morte, prenez les clefs de ma cassette, et allez porter au Roi le mémoire de mes aumônes afin qu'il ait la bonté de les continuer, et surtout priez-le d'accorder une pension à mademoiselle de Brcuillac1, et allez à Saint Cyr. »

1. Madame de Maintenon s'intéressait depuis longtemps à mademoiselle de Brcuillac, qui était un peu sa parente. Elle lui laissa 300 livres par testament. On ignore ce qu'elle devint après la mort de sa bienfaitrice.

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