A MADEMOISELLE DE LA JONCHAPT
10 juillet 110S.
« Vous ne saurez mes chansons qu'au retour. J'en sais une à boire qui est fort jolie. 11 n'y a rien que
1. 11 y avait à Saint-Cyr deux sœurs de la même famille : l'une dont parle ici mademoiselle d'Aumale et que l'on appelait madame de la Neuville, pour la distinguer de l'autre, Marguerite le Métayer de la Haye-le-Gomte, qui se fit dame de Saint-Louis le 23 novembre 1635 et qui mourut en 1706, âgée de trente ans.
2. Les grandes charges de Saint-Cyr, dites aussi d'officières ou de conseillères, étaient celles de la supérieure, de l'assistante, de la maîtresse des novices, de la maîtresse générale des classes, de la dépositaire. Ces charges étaient données à l'élection. La maîtresse générale des classes était la directrice de l'enseignement. Elle était à proprement parler la supérieure des demoiselles. « C'étoit, disait madame de Maintenon, leur protectrice, leur avocate, leur procureur.... » Elle avait sous elle les maîtresses des classes. On sait que les demoiselles étaient réparties selon leur âge dans quatre classes différentes que l'on nommait : les rouges, les jaunes, les vertes et les bleues. La maîtresse générale était toujours prise parmi les dames les plus distinguées; elle était nommée généralement supérieure dans la suite. — Voir Madame de Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr, p. 145 et suiv.
de bon; c'est bien assez que vous me fassiez passer ridicule dans l'esprit de mesdemoiselles de Boissauveur1 et de Saint-Périer.
» Si vous êtes mon laquais vous ne faites guère votre devoir; je sors tous les jours sans avoir personne derrière moi. Venez donc me trouver; vous aurez des livrées neuves et nouvelles.
» Que je vous plains! Quoi! au mois de juillet ne pas manger de bigareaux! quel malheur! J'y prends toute la part possible. Si je pouvois, je vous en envoyerois un panier; mandez-moi une voie, demandez permission, je vous promets que vous en aurez, si on vous permet de les recevoir.
» Vos collations sont donc bien minces puisque vous me conseillez de bien manger avant que de m'unir aux vôtres.
» Mademoiselle de Pincré vous fera à son loisir le portrait du lion2. Madame se porte bien.
mademoiselle de la Jonchapt, écrites en 1708, qui sont publiées dans les Lettres historiques et édifiantes; celles-ci sont inédites.
1. Catherine-Jeanne de Quererault de Boissauveur, dame de Saint-Louis le 18 avril 1703, morte le 18 avril 1756, âgée de quatre-vingt-cinq ans. Madame deMaintenon écrivit à madame de Boissauveur, en 1713, une lettre publiée dans les Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 412.
2. Ce lion avait été amené à Fontainebleau par un montreur de bêtes. Mademoiselle d'Aumale en fait elle-même le portrait dans une lettre qu'elle écrivait à mademoiselle de la Jonchapt, le 4 juillet 1708 : « Je fus hier voir le lion qui est ici : il est fort beau, fort fier et fort doux; il baise son maitre.
» Mademoiselle de Breuillac vous fait bien des compliments. »
A midi.
« Monseigneur vient de partir pour la chasse1. Je n'ai pas encore dîné; je me meurs de faim.
» Mademoiselle de Breuillac passe ses journées à se réjouir avec moi, et la nuit elle ne fait que perdre son argent à jouer chez madame d'Heudicourt. Elle est à l'aumône, si vous n'avez pitié d'elle; elle vit d'emprunt2. Je compte donner aujourd'hui collation à
qui lui met le doigt dans la gueule, et qui la retire quand il lui commande; il a sept ans; il mange vingt-cinq livres de mouton par jour. Son maître mettoit sa tête dans sa gueule; mais le Roi ayant appris qu'il devenoit pâle comme un linge avant que de l'y mettre, lui a fait défendre. (Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 239.)
1. Mademoiselle d'Aumale raconte les détails de cette chasse dans une lettre datée du 10 juillet 1708 écrite à madame du Pérou. (Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 244.)
2. Voici comment madame de Maintenon parle de mademoiselle de Breuillac, dans une instruction aux demoiselles de Saint-Cyr. C'était en 1706: L'humiliation suit ordinairement l'indigence. Elle leur donna un exemple dans mademoiselle de Breuillac, qu'elle dit avoir été autrefois fort riche et en belle passe dans le monde. « Cependant, dit-elle, vous la voyez présentement réduite à être chez madame d'Heudicourt, et, malgré les bontés que cette dame a pour elle, il faut qu'elle essuie plusieurs contretemps assez fâcheux. Elle me disoit l'autre jour que madame d'Heudicourt étant allée à Paris, l'a voit laissée chez elle, persuadée qu'elle y seroit bien traitée; quand ce fut l'heure du diner, voyant qu'on ne songeoit point à lui rien apporter, elle pria qu'on lui fit une omelette; le cuisinier lui répondit qu'il avoit autre chose à faire qu'à la servir, et que si elle en vouloit elle n'avoit qu'à la faire ellemême, qu'elle savoit bien où prendre des œufs. » — Voir Conseils et entretiens aux demoiselles, p. 85.
LETTRES DE MADEMOISELLE d'aUMALE. 261
mademoiselle de Pincré et de Breuillac en revenant
d'Avon*. Nous nous divertirons autour du canal, en
carrosse. Adieu, ma chère sœur. Je vous aime bien.
Aimez-moi toujours. Je me porte bien. J'ai dormi
aujourd'hui jusqu'à sept heures et demie; cela est
rare, car dès le matin, Madame courte l'église ou chez
les pauvres.
» d'aumale. »