LETTRES
DE
A MADAME DE GLAPION
21 septembre 1707 l.
« J'espère que l'affaire de mademoiselle de Bocancé2 se terminera bientôt. Je chercherai l'occasion de dire quelque chose de mademoiselle d'Orcisses3, mais je crois que cela ne fera pas grand effet.
» Vous trouvés toujours vostre écriture ridicule, et moi je l'admire et critique la mienne.
1. Mademoiselle d'Aumale, comme madame de Maintenon, mettait l'orthographe assez correctement, au moins pour le temps. Nous avons vu (Notice biographique, p. 26) que madame de Maintenon la chargeait de donner quelques leçons à l'abbesse de Gomerfontaine, qui, tout ancienne élève de Saint-Cyr qu'elle fût, en avait besoin. Nous avons cru devoir publier ces lettres avec l'orthographe aujourd'hui généralement adoptée pour les publications du xvii6 siècle comme nous avons fait pour son Mémoire. Nous avons conservé cependant l'orthographe de celle-ci à titre de spécimen.
2. Mademoiselle Thorel de Bocancé était une élève de Saint- Cyr. Née en 1696, elle se maria par la suite.
3. Mademoiselle d'Orcisses de Louzillaye était une élève de Saint-Cyr. Née en 1696, elle se fit religieuse
» Mademoiselle de Pincrè vous est bien obligée de pensera elle; quand j'en serai contente, elle écrira encore quelque lettre. Mesdemoiselles Gaudri1 et Léger2 vous assurent de leurs respects et Bonne Françoise3 rentre dans le néant des compliments que vous avés eu la bonté de lui faire; elle s'en trouve indigne.
» Je ne finirai pas en compliment. Mademoiselle de Breuillac vous en fait de très grands.
« Monsieur Manseau4 me promet des merveilles pour la semaine prochaine; ainsi ne me gardés pas de pains jaunes, mais, à vous parler franchement, je ne le crois pas fort savant.
» Je ne sais si mademoiselle de Mornay5 vous a
1. Mademoiselle Gaudri était probablement une femme de chambre de madame de Main tenon. Il est question d'elle dans plusieurs lettres de madame de Maintenon à madame de Caylus. entre autres le 11 juin 171", à propos de la visite du tsar Pierre le Grand à Saint-Cyr. {Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique, GefTroy, t. II. p. 389.)
2. Mademoiselle Léger était une femme de chambre de madame de Maintenon, qui avait épousé Léger, un de ses domestiques.
3. Bonne Françoise était une domestique de madame de Maintenon qui faisait à Fontainebleau le service de mademoiselle d'Aumale.
i . Manseau, nommé intendant de Saint-Cyr en 1685, demeura attaché longtemps à la maison. On ne sait rien ni de sa naissance ni de sa mort. On usait et on abusait de lui.... « Ne me tuez pas Manseau. » écrivait madame de Maintenon à madame de Fontaines, maîtresse générale des classes.
5. Il y a eu plusieurs demoiselles de Mornay élevées à Saint-Cyr et quelques-unes s'y firent religieuses, mais à une époque postérieure. Celle dont parle ici mademoiselle d'Au-
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mandé qu'elle étoit entrée au noviciat; elle y est de jeudi dernier. J'ai été bien contente de la lettre de mes filles. J'aime fort Melun; mademoiselle de Moufort1 est très aimable; j'ai parlé à mademoiselle de Villers 2 , mais , malheureusement pour elle , Madame ne veut pas qu'elle aille à Gomerfontaine.
» Je ne m'ennuie pas tant ici que je me l'étois imaginée; Madame a la bonté de me faire voir toutes les promenades et tous les appartements. Il y a du chemin pour plusieurs jours; mademoiselle de Breuillac, Jeanettc et mademoiselle Léger font toute ma compagnie de ces promenades.
» Adieu et bonsoir, ma chère mère; je dors et je mange bien. Il est jeune aujourd'hui, je me meurs de faim; demain j'espère aller faire une petite collation sur le haut d'un rocher. Je prens bien de la liberté de vous parler sy familièrement, mais vous
maie ne peut être que mademoiselle de Montchevreuil qui, née en 1687, entra plus tard aux Bénédictines.
1. Geneviève de Montfort fut la douzième dame de Saint- Louis; elle prononça des vœux simples le 11 janvier 1687, mais elle demanda à quitter Saint-Cyr au moment des vœux solennels. Elle se retira à Melun, où elle fit profession. Madame de Main tenon lui écrivit plusieurs lettres. — Voir les Lettres sur l'éducation, p. 74.
2. Mademoiselle de Franssures de Villers, née en 1693, se fit plus tard religieuse. Au moment de la réforme de l'abbaye de Gomerfontaine, madame de Maintenon y avait envoyé, sous la conduite de mademoiselle d'Aumale, plusieurs élèves de Saint-Cyr. — Voir la Notice biographique, p. 23.
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me le pardonnes, sachant le respect et l'attachement
que j'ai pour vous.
» d'aumale. »
a mademoiselle de genetines1.
2 juillet 1708 2.
« Votre lettre est remplie, mademoiselle, d'une grande amitié pour moi. Vous me faites bien du plaisir, car, en ayant beaucoup pour vous, je suis très sensible à la vôtre; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous devez en être persuadée.
» Vous me mettez dans la confusion en m'appelant votre maîtresse, car vous êtes une disciple trop habile pour avoir un maître ignorant.
» Votre calcul est fort bon, je voudrois que nous n'eussions plus que 21830 minutes; je vous embrasserais plus tôt.
» De toutes mes filles, c'est mademoiselle de Senneville3 que je trouve la mieux partagée.
1. Marie-Gilberte de Charpin de Genetines, dame de Saint- Louis; elle fit profession le 24 février 1714 et mourut le 15 janvier 1757, à l'âge de soixante-quatre ans.
2. Le 2 juillet 1708 mademoiselle d'Aumale était à Fontainebleau avec madame de Maintenon; c'était l'année de la malheureuse campagne de Flandres.
3. Mademoiselle d'Alorge de Senneville, élève de Saint-Cyr. Elle était née en 1694; on ignore ce qu'elle est devenue après sa sortie de Saint-Cyr.
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» Une autre fois, mademoiselle, ne tremblez plus en m'écrivant. Tout ce que vous me manderez me fera toujours un nouveau plaisir, quand même je le saurois déjà.
» Embrassez mademoiselle de Chabrignac *; j'espère qu'elle sera de mes filles, si elle contente madame de Saint-Périer2.
» La promenade hier autour du canal fut très belle. Dites-le à mademoiselle de la Jonchapt3; il y avoit, je crois, quatre-vingt carrosses au moins. A tout moment on rencontroit ou le Roi, ou Monseigneur, ou les Princesses; les grands seigneurs étoient à cheval qui accompagnoient le Roi.
» Il ne fait pas beau aujourd'hui; je ne me promènerai pas. Je viens de boire un gobelet de chocolat à votre santé. Adieu, mademoiselle, j'ai bien chaud surtout à la tête, où je crois le chocolat est allé.
1. Mademoiselle de Lubersac de Chabrignac, élève de Saint- Cyr, née en 1694, mourut à Saint-Cyr.
2. Gabrielle-Françoise de Baudeville de Saint-Périer, était dame de Saint-Louis. Elle fit profession le 20 mars 1697, et mourut en 1712, âgée de trente-sept ans. Elle fut continuellement attachée aux classes. Madame de Maintenon lui écrivit plusieurs lettres qui se trouvent publiées dans les Lettres sur l'éducation.
3. Mademoiselle Gentil de la Jonchapt était née en 1686. Elle fut élevée à Saint-Cyr et resta aux classes comme aide des maîtresses après qu'elle eut atteint l'âge de sortie. Elle appartenait à ce qu'on appelait les noires. Madame de Maintenon la maria dans la suite.
2u8 LETTRES DE MADEMOISELLE D Al'MALE.
» On m'a mandé que madame de la Neuville ' étoit maîtresse générale5 pendant la retraite de madame de Glapion; ainsi elle verra dans celte lettre, que je suis bien sincèrement, sa très humble servante, et que j'ai pour elle un très grand respect et beaucoup d'amitié. Je suis bien sincèrement, mademoiselle, votre très humble et très obéissante servante.