‹ Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières Assemblée Législatives; ouvrage posthumeChapitre 1 sur 56 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

mieux que , quoique étranger à la France et aux grands actes de Ja révolution , il soit à même de révéler des faits ignorés jusqu'ici , et qu'il ait acquis le droit de juger les hommes et les évènemens.

M. Etienne Dumont , de Genève , après avoir passé une partie de sa jeunesse dans sa patrie , où son talent , comme prédicateur , lui avait acquis une juste renommée, s'en éloigna en 1788 , à la suite de troubles politiques , pour se rendre à Pétersbourg auprès d'une partie de sa famille qui y était établie. Là, dans un séjour de dix-huit mois, il obtint également de grands succès et toute la considération que devaient lui attirer son noble caractère et son mérite bientôt reconnus.

En 178S, il quitta Pétersbourg pour se rendre à Londres , où il était appelé par lord Schelburn, alors ministre , qui lui confia la surveillance générale de l'éducation de ses fils. Lord Schelburn ( plus tard marquis de Lansdown ) ne tarda pas à apprécier toute la portée des talensdeM. Dumont, et se l'attacha comme ami. Ce fut dans la maison de ce ministre qu'il se mit en relation avec la plupart des hommes qui illustraient l'Angleterre j entre autres Sheridan , Fox , Jord HoUand , sir Samuel Romilly et M. Brougham , alors avocat,aujourd'hui lord chancelier de la Grande-Bretagne.

Dans ces relations , qui avaient pour base l'ami-

AVERTISSEMENT. vu

tié , la communauté d'idées et de travaux littéraires , ou la poursuite de grands objets d'utilité publique, il s'était placé près d'eux à un haut degré d'estime. Il en était connu généralement pour un homme d'une grande instruction , doué d'un jugement sûr, d'un caractère irréprochable et d'un esprit vif et brillant. Chacun d'eux lui en a rendu le témoignage pendant sa vie , et ceux qui lui ont survécu le font encore tous les jours.

Il forma surtout une liaison intime avec sir Samuel Romilly, qui réunissait à toutes les vertus privées les talens les plus éminens , soit comme jurisconsulte, soit comme orateur politique. L'amitié qui unissait ces deux hommes s'accrut de jour en jour, et ne cessa d'être active jusqu'à la mort de sir Samuel Romilly. Cette perte fut pour M. Dûment un chagrin dont il ne s'est point consolé , et jamais il ne parla de son ami , sans que des larmes de regrets vinssent mouiller ses paupières.

En 1788 , ils firent ensemble un voyage à Paris, et c'est sous les auspices de sir Samuel Romilly que M. Dumont fit la connaissance personnelle de Mirabeau. Pendant un séjour de deux mois il le vit presque journellement , et des rapports d'esprit et de talens ne tardèrent pas à lier deux hommes si disparates d'ailleurs par leurs habitudes et leur caractère. C'est au retour de ce voyage que com-

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