‹ Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières Assemblée Législatives; ouvrage posthumeChapitre 8 sur 56 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Motifs qui ont engagé l'auteur à écrire ces Souvenirs. — La révolution de Genève de 1789 détermine son départ pour Paris avec M. Duroverai. — Désir de profiter du retour de M. Necker au ministère en faveur des exilés.

— Origine des liaisons de l'auteur avec Mirabeau. — Voyage à Paris, en 1788, avec sir Samuel Romilly. — Séjour de Mirabeau en Angleterre en 1784. — Son activité et son industrie comme écrivain, — Sa réputation à Paris en 1788. — Première entrevue avec Mirabeau.

— Quelques traits de son caractère privé. — Son ouvrage sur la monarchie prussienne. — Le major Mauvillon , principal auteur des recherches. — Querelle entre M. de Galonné et M. Necker sur le déficit. — Réponse de M. Necker. — Mirabeau forme le projet de lui répondre. — Pourquoi il abandonne ce projet. — Visite à Bicètre et à la Salpétrière. — Romilly en fait une description énergique. — Mirabeau s'en empare et la traduit. — Discussion entre Mirabeau , de Bourges et Clavière. — Dupont de Nemours. — Anecdotes. — Champfort.

— Mot de Mirabeau sur Champfort. — Esprit général des sociétés à Paris. — Quelques traits du caractère privé de sir Samuel Romilly. — Note remise à l'auteur par Mirabeau.

Je viens de lire les Annales de la Réi>olutio7i française , par Bertrand de Molleville. Cette lecture a réveillé une multitude de souvenirs à demi effacés des évèneraens dont j'ai connu les premiers mobiles , et des personnages avec qui j'ai eu des

liaisons particulières. Un intervalle de dix ans m'a déjà fait perdre beaucoup de faits , et si j'attendais plus long-temps , il ne me resterait que des notions confuses. Mes amis m'ont souvent pressé d'écrire les détails que je leur communiquais en conversation , mais j'ai éprouvé jusqu'à présent une invincible répugnance à faire un récit où il faut moimême me mettre en scène : quoique j'aie été moins acteur que spectateur, et que, dans ce que j'ai fait, je puisse accuser quelquefois mon jugement et jamais mes intentions , le moi m'ennuie , je n'ai jamais su trouver aucune importance à ce que j'avais fait ou dit , je n'en ai tenu aucun registre , j'ai laissé passer les choses considérables comme les minuties , je ne me suis pas aperçu du degré d'intérêt qu'elles méritaient à l'époque où elles étaient présentes ; ce n'est qu'en les voyant en arrière que je saisis leur valeur; et en retrouvant dans un historien des évènemens qui étaient déjà sortis de ma mémoire , je sens la nécessité de fixer des souvenirs fugitifs.

Je ne saurais mieux employer les heures interrompues de mon loisir à Bath ; et si cet essai m'ennuie comme je le crains et le pressens , j'en serai quitte pour le suspendre ou le jeter au feu.

C'est la révolution de Genève en 1789 qui occasiona mon voyage à Paris. J'y allai avec Duroverai, ancien procureur général de Genève , pour profiter du retour de M. Necker dans le ministère , et des circonstances actuelles de la France. Nous avions

deux objets en vue , l'un de rendre à Genève une liberté entière , en détruisant la garantie qui ne lui permettait de faire des lois que sous l'approbation des puissances garantes; l'autre de finir ce que la révolution de Genève n'avait qu'ébauché , car dans cette révolution faite très précipitamment, le parti populaire s'était contenté de rentrer dans une partie des droits qu'il avait perdus en 1782. Les Conseils avaient cédé une partie des pouvoirs usurpés, mais ils avaient eu l'adresse d'en conserver plusieurs. Les Genevois qui étaient à Londres avaient été peu satisfaits de cet arrangement; la clause qui les choquait le plus , c'est que les exilés , quoique rappelés dans leur patrie , n'étaient pas rétablis dans leurs charges et leurs honneurs. On avait tenu des assemblées : n'ayant point été exilé moi-même , mais ayant quitté Genève volontairement , je pouvais parler plus convenablement en faveur des exilés , qu'ils ne le pouvaient faire eux-mêmes avec bienséance ; mes idées de liberté s'étaient encore exaltées par mon séjour en Angleterre et par le Ion dominant de tous les écrits publiés en France à cette époque. Je fus un des plus actifs dans nos assemblées genevoises ; je me chargeai de rédiger , c'est-à-dire de composer toutes les observations que nous avions faites sur le nouveau code de Genève. Mon écrit fut très bien reçu : il était question de l'adresser à nos concitoyens. Duroverai , qui arriva d'Irlande, me persuada que l'ouvrage produirait beaucoup plus d'effet s'il était publié à Paris ,

et qu'il fallait prévenir la ratification des puissances qui aurait rendu ce nouvel arrangement beaucoup plus solide.

Ce ne sont pas les affaires de Genève que je veux raconter ici; mais il était nécessaire de faire connaître quel avait été mon but enallant à Paris , pour expliquer les liaisons que j'y formai , et montrer que ce fut par un enchaînement de circonstances toute dépendantes de ce premier objet , que je me trouvai mêlé dans la révolution française. Mais avant d'entrer en matière , comme mes principaux souvenirs se rapportent à Mirabeau , je dois commencer par l'origine de mes liaisons avec lui.

En 1788 , j'avais séjourné deux mois (août et septembre) à Paris, avec mon ami M. Romilly de Londres. Romilly est d'une famille française réfugiée en Angleterre après la révocation de l'édit de Nantes ; événement dont il ne parlait jamais sans bénir la mémoire de Louis XIV , auquel il avait l'obligation d'être Anglais. Il s'était appliqué à l'étude de la loi , et avait choisi la chancellerie ( ou cour d'équité ) , où les succès ont beaucoup moins d'éclat que dans le banc du roi.

Pendant le séjour que Mirabeau avait fait à Londres en 1784, il s'était fort lié avec Romilly; il était alors occupé de son ouvrage sur l'ordre de Cincinnatus , et de plusieurs autres , dont il avait le plan et les ébauches dans son portefeuille, et pour lesquels il avait soin de consulter toutes les personnes qui pouvaient lui donner des lumières. Il était pauvre

alors , et il avait besoin de travailler pour vivre. Il écrivit ses Considérations sur l'Escaut , d'après une lettre de M. Chauvet, qui lui donna les premières idées de son ouvrage. Il fit connaissance avec un géographe dont j'ai oublié le nom , et il médita aussitôt le plan d'une géographie universelle. Si quelqu'un avait voulu lui donner les élémens de la grammaire chinoise , il aurait fait un traité sur cette langue. Il étudiait un sujet en composant un livre; il ne lui fallait qu'un collaborateur qui lui fournît le fonds ; il savait en employer vingt autres pour des additions et des notes, et se serait chargé d'une encyclopédie si on l'avait bien payé pour cette entreprise. Son activité était immense; s'il travaillait peu lui-même , il faisait travailler beaucoup de monde ; il avait le grand art de déterrer des talens ignorés , et de flatter ceux qui pouvaient lui être utiles : il les excitait par toutes les insinuations de l'amitié et tous les motifs de bienjaisance publique (i). Sa conversation , très intéressante et très animée , était comme une pierre à aiguiser dont il se servait avec art pour entretenir ses outils. Il ne perdait rien, il recueillait avec soin les anecdotes , les conversations, les pensées; s'appropriait les études, les lectures de ses amis ; savait employer ce qu'il venait d'acquérir comme s'il l'avait su de tout temps ;

(l) Quand, daus la suite, Mirabeau croyait avoir besoin (le moi , il me disait du bien de mes amis , il me parlait de Genève : c'était une espèce de ranz des vaches j il m'amollissait et me subjuguait.

et mettant d'abord la main à l'œuvre , on voyait avancer jour par jour l'ouvrage qu'il avait une fois commencé.

11 avait fait connaissance , à Londres , avec

D , qui travaillait hV Histoire des Re\'oliUions de

Genève, dont il avait publié le premier volume.

D voulait être auteur sans le paraître : il avait

l'air de se condamner lui-même et de n'écrire qu'à regret. Il pressa Mirabeau de se charger de ses manuscrits et de faire l'Histoire de Genève. Mirabeau , en moins de huit jours , lui montra l'extrait qu'il avait fait du premier volume imprimé : cet extrait de main de maître était énergique, rapide , intéressant. .Te ne sais ce qui fit changer de résolution à D , mais il ne voulut plus lui donner ses

manuscrits. H en résulta entre eux beaucoup de froideur , et même quelque chose de plus. Ces deux hommes n'étaient pas fiits pour travailler conjointement ; Mirabeau déclarait bien qu'il ne voulait que la seconde place , et qu'il cédait l'honneur

de l'entreprise à D , mais il se croyait bien sûr

en même temps que sa réputation engloutirait celle de son associé , et qu'on regarderait tout au plus

D comme un. maçon qui aurait apporté de la

pierre et de la chaux pour l'édifice dont Mirabeau aurait été l'architecte.

Lorsque nous arrivâmes à Paris, en 1788, la réputation du comte de Mirabeau était au plus bas degré possible. 11 avait été employé à Berlin par M. de Galonné : il était lié avec tous les ennemis de

M. Necker, il avait fait plusieurs écrits contre lui : on le regardait comme un ennemi dangereux et comme un ami peu sûr. Ses procès contre sa famille, ses enlèvemens de femmes , ses emprisonnemens , ses mœurs , étaient plus qu'on ne pouvait pardonner, même dans une ville aussi peu sévère que Paris : son nom n'était prononcé qu'avec dédain dans les maisons respectables où nous avions des liaisons particulières. Romilly , presque honteux de son ancienne amitié , résolut de ne pas renouer aveclui. Nous ne le vîmes point , mais ce n'était pas un homme à étiquette ; il ne s'arrêtait guère à l'ordre des visites. Nous avions dîné chez Target , qu'il voyait quelquefois ; et ayant appris de lui où nous étions logés , il n'en fallut pas davantage. Le bruii d'une voiture à la porte de l'hôtel fit retirer Romilly dans sa chambre ; il me pria de dire qu'il était absent, si c'était unesimple visite de cérémonie. Quand on annonça le comte de Mirabeau , je pensai que Romilly n'y voulait pas être , puisqu'il ne se souciait point de renouveler connaissance avec lui , et que d'ailleurs, comme sa chambre n'était séparée que par une cloison , il pouvait distinguer la voix du comte et se présenter s'il le voulait. Mirabeau entre en conversation par le sujet de nos amis communs à Londres ; il me parle ensuite de Genève , et sachant bien qu'un Genevois ne s'ennuie jamais à parler de sa patrie , il me dit tout ce qu'on pouvait imaginer de plus flatteur sur cette ville qui avait fourni tant d'hommes distingués, qui avait payé

un aussi grand contingent de génie et de lumières , et il ajouta qu'il ne serait jamais heureux s'il ne pouvait contribuer à rompre les fers que la révolution de 1782 lui avait donnés. Deux heures s'écoulèrent comme un moment dans cette conversation , et Mirabeau fut à mes yeux ce qu'il y avait de plus intéressant à Paris. La visite finit par une promesse de ma part de dîner le jour même avec lui , dans le cas même où Romilly se serait engagé ailleurs : pour être plus sûr de son fait , il devait revenir bientôt et me prendre dans sa voiture.

« Avec qui donc avez-vous causé si long-temps? me dit Romilly sortant de sa chambre , où il avait été emprisonné par cette longue visite. — N'avezvous pas reconnu le son de voix? — Non. — C'est pourtant un homme que vous connaissez bien, et je pourrais croire que vous avez pu entendre sur votre compte un éloge qui ferait une superbe oraison funèbre. • — Quoi ! c'était Mirabeau ? — Mirabeau lui-même , et que je sois un sot toute ma vie si les scrupules de nos amis m'empêchent de le voir; un étranger peut former quelques liaisons sans conséquence avec qui bon lui semble; je ne suis ni à Galonné ni à Necker , mais à l'homme dont la conversation m'anime et me plaît. Pour commencer, je vais dîner chez lui. » Mirabeau revint bientôt après, nous emmena tous deux, et surmonta tellement tous ces premiers préjugés , que nous le vîmes très fréquemment ; et profitant de la belle saison , nous fîmes beaucoup de parties

dont je me souviens avec un yrand plaisir : nous allions dîner ensemble au boijs de Boulogne , à Saint-Cloud , à Vincennes où il nous fit voir le donjon dans lequel il avait été renfermé pendant trois ans.

Je n'ai connu aucun homme tjui sût, quand il le voulait, se rendre plus agréable et plus séduisant que Mirabeau : il était ce qu'on appelle bon compagnon dans toute la signification du terme , complaisant , facile , plein de gaîté , de ressource et de variété dans l'esprit ; il n'y avait pas moyen de se tenir avec lui sur la réserve ; il fallait en venir à la familiarité, abandonner l'étiquette, les formes d'usage, s'appeler simplement par son nom. Quoiqu'il fût très attaché à son titre de comte , et qu'au fond du cœur il mit une grande importance à la noblesse , il avait assez d'esprit pour distinguer les occasions où il fallait s'en prévaloir, et pour se faire un mérite de l'abdication volontaire qu'il en faisait. Les égards de politesse qu'on a comparés très justement au coton et au duvet qu'on place enire des vases pour les empêcher de se briser par leur choc , maintiennent toujours une certaine distance et empêchent , pour ainsi dire , le contact des coeurs. Il n'en voulait point. Son premier soin était d'écarter tous ces obstacles , et la société intime avec lui avait même une sorte d'aspérité agréable, une sorte de crudité d'expression plus apparente que réelle , et l'on aurait pu y trouver toute la réalité de la politesse et de la flatterie sous les dehors

de la rudesse et quelquefois de la grossièreté. Après les conversations du monde plus ou moins cérémonieuses , on trouvait un piquant nouveau dans la sienne , qui n'était point affadie par ces formes banales. Son séjour à Berlin l'avait fourni d'anecdotes curieuses , car ses scandaleuses lettres n'étaient pas encore publiées. C'était le moment où il faisait paraître son ouvrage sur la monarchie prussienne , c'est-à-dire l'ouvrage du major Mauvillon , et les extraits lie mémoires qu'il s'était procurés à gi'ands frais. Personne ne pouvait imaginer que dans un séjour de quelques mois il eût pu se livrer luimême à la composition de huit volumes, où il avait rassemblé tout ce qui concernait l'administration de ce royaume. Mais il avait eu le mérite de mettre en exercice les talens d'un officier que son gouvernement connaissait à peine , et les ministres de Prusse durent être étonnés qu'un homme qui n'avait fait que se montrer dans leur pays eût eu la hardiesse de concevoir seul cette grande entreprise , et de leur fournir plus de matériaux qu'ils n'en avaient peut-être dans les bureaux de leur département : c'étaient les principes d'économie politique d'Adam Smith , justifiés par les faits; il était démontré qu'on ne s'en était jamais écarté en Prusse sans en avoir souffert.

C'était le moment de la querelle entre M. de Calonne et M. Necker sur le déficit. Le premier avait ses raisons pour chercher à reporter sur un autre le fardeau de cette imputation. Il venait d'ac-

cuserM. Necker d'avoir trompé la nation , en avançant qu'à sa sortie du ministère, au lieu d'un cléjicit, il y avait un excédant de dix millions. Son écrit tout hérissé de calculs et d'argumens spécieux avait eu assez d'effet ; M. Necker, qui venait d'entrer dans le ministère , annonçait sa réponse. Mirabeau, avant qu'elle eût paru, se préparait à la réfuter ; les ennemis de M. Necker se rassemblaient chez Panchaud le banquier, homme d'esprit, très intelligent dans les finances, mais qui était plus ruiné d'honneur que d'argent, après une banqueroute fort équivoque. Dès que l'ouvrage de M. Necker fut publié , le comité se rassembla tous les jours ; Mirabeau s'y rendait pour recueillir les observations et pour se lancer contre le ministère ; il en parlait d'avance comme d'un ti'iomphe complet ; il ne s'agissait pas moins que de démasquer le charlatan , de Véi^entrer et de l'étendre aux pieds de Galonné, convaincu de mensonge et d'incapacité. Mais peu-à-peu ce grand feu se rallentit , il n'en parla plus , il n'aimait pas même qu'on lui en parlât. Je lui demandais souvent pourquoi cette grande production était différée , par quelle bonté d'âme toute nouvelle il épargnait le grand charlatan qui jouissait d'une réputation usurpée , pourquoi le comité Panchaud avait suspendu ce grand acte de justice. Mirabeau , pour se débarrasser de ces reproches qui affectaient ses fanfaronnades précédentes , me dit enfin que M. Necker était nécessaire pour la formation des états-généraux , qu'on avait besoin

de sa popularité , et que la question du déficit était noyée dans celle de la double réprésentation du tiers.

Ce fait m'a suffi pour juger que la réplique do M. Necker avait été ti-iomphante, et que ses ennemis les plus ardens , après avoir essayé leurs dents sur cette lime, n'avaient pu réussir à l'entamer.

Nous allâmes avec Mercier, l'auteur du Tablau de Paris , et Mallet-Dupan , visiter les horribles enceintes de la Salpétrière et de Bicêtre. Je n'ai rien vu de plus affreux ; et ces deux établissemens aux portes de la capitale montraient bien l'insouciance delà frivolité; l'hôpital était le germe de toutes les maladies , et la prison l'école de tous les crimes. Romilly , pénétré d'un sentiment profond , fit une énergique description de ces deux réceptacles demisèi'e dans unelettieà un ami. J'en parlai à Mirabeau , qui voulut la voir ; et, dès qu'il l'eut vue , la traduire et la publier , ce fut l'affaire d'un jour; et pour en former un petit volume, il y joignit la traduction d'un écrit anonyme sur l'administration des lois pénales en Angleterre. L'ouvrago était annoncé comme traduit de l'anglais , par le comte de Mirabeau; mais le public, accoutumé à des travestissemens de ce genre , ne douta pas qu'il ne fût l'auteur de celui-ci. Le succès fut rapide , et le profit couvrit sa dépense d'un mois. Il avait une grande réputation d'écrivain ; son écrit sur la banque de Saint-Charles , sa dénonciation de l'agiotage , ses considérations sur l'ordre de Cincinnatus , ses lettres de cachet étaient les titres de

sa gloire ; mais si tous ceux qui avaient contribué à ses ouvrages avaient revendiqué leur part , il ne serait resté à Mirabeau qu'un certain art d'arranger, des traits audacieux, des épigranimes mordantes , et quelques éclairs d'un éloquence mâle qui n'était pas celle de l'Académie française. Pour ses écrits de finances, il recevait la matière de Clavière ou de Panchaud. Clavière lui avait donné le fonds de sa lettre au nouveau roi Prusse. De Bourges avait composé l'adresse aux Bataves ; j'ai été témoin des disputes vives que cet écrit avait occasionés entre eux. Mirabeau ne niait point la dette ; mais de Bourges, après le succès, était furieux de s'être sacrifié à la gloire d'un autre : Mirabeau s'était si bien établi dans l'opinion publique , que ses associés de travail n'auraient pas pu diminuer une réputation qu'ils avaient fiiite. Je le comparais à un général qui fait des conquêtes par ses lieutenans , et qui les soumet ensuite à l'autorité dont ils ont été les fondateurs. Il avait le droit de se regarder comme le père de tous ces écrits , parce qu'il avait présidé à l'exécution , et que , sans son activité infatigable, ils n'auraient jamais vu le jour.

Clavière , aussi piqué qu'un autre d'avoir servi de piédestal à la statue de Mirabeau , s'était.attaché Brissot de Warville , et travaillait en société avez lui. Mirabeau traitait Brissot- de jockei littéraire, n'en parlait qu'avec pitié; mais U avait une haute opinion de la capacité de Clavière , et sentait une disposition à s'en rapprocher. Il n'y avait pas

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