‹ Souvenirs sur Richard WagnerChapitre 1 sur 25 · ERIK .... GUSTAVE WALTER · texte numérisé non relu

ERIK .... GUSTAVE WALTER

Jean Nepomuck Beck chantait le Hollandais; Henri Esser conduisait l’orchestre.

Après un engagement à Presbourg et à Dantzig, j'entrai, en 1862, à l’Opéra impérial de Vienne.

C’est vers cette époque que Richard Wagner arriva à Vienne, où il devait faire un assez long séjour, et où il était venu pour surveiller les études de son Tristan. Après quarante-sept répétitions au piano, on reconnut que l’opéra était absolument injouable et on y renonça. En même temps, Wagner chercha à prendre contact avec le public viennois en donnant plusieurs grands concerts, qui eurent lieu au théâtre An der Wien . Comme il demeurait à l’hôtel de l’impératrice-Élisabeth et que j’habitais moi-même tout près, je le rencontrais fréquemment dans la rue, au sortir de ses répétitions : tout en marchant, il se parlait à lui-même et agitai t un grand mouchoir rouge. 11 portait généralement, sur sa chevelure châtain foncé, un chapeau haut de forme; un gros pardessus marron, rarement boutonné, l’enveloppait.

SOUVENIRS LOINTAINS

Sa présence donnait du mouvement et de la vie au monde artistique de Vienne; de lous côlés la question wagnérienne était posée et disculée avec passion. Moi-même j’avais, avec la plupart de mes camarades, pris parti pour le Maître, et j’étais témoin de ses triomphes à la salle des concerts. Ils furent particulièrement éclatants au concert Tansig, qui eut lieu dans la grande Salle de bal. Après l’ouverture du Freyschütz, que Wagner dirigeait, l’enthousiasme du public devint du délire! Le Maître parut ravi du succès, et caressa de la main Richard Lévy, le premier instrumentiste du quatuor à vent, à qui il avait fait travailler sa partie. Je le vois encore, debout sur l’estrade, son inévitable mouchoir de couleur à la main, s’inclinant devant l'auditoire enthousiasmé, et s’efforçant de calmer cet enthousiasme, en murmurant tout bas : « Allons, allons! C’est assez! Allons, allons, allons! ça suffît. »

Wagner assista à une représentation de Lohengrin, au vieux théâtre de la Porte de Carinthie. Il occupait la loge directoriale. Pendant un entracte, il vint sur la scène, accompagné du directeur d’alors, le Romain Matteo Salvi. Les chefs d’emploi lui furent présentés, et il adressa à chacun de nous quelques courtes paroles d’éloge, que nous ne pûmes prendre, hélas ! que comme de simples formules de politesse. Car, dans une lettre à Hellinesberger, il s’est exprimé sur les artistes qui avaient, ce soir-là, chanté Lohengrin , d'une façon qui prouvait qu’il n’avait guère été satisfait.

La distribution était la suivante :

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