FRICKA.ROSA BERNSTEIN
GERHILDK .... JULIE D’AXELSON.
ORTLINDE .... ANNA STÜRMER.
WALTRAUTE. . . CATHERINE CLAFSKY.
SCHWERTLEITE . PAULA lowy.
HELMWIGE. . . . CLARA MOHNHAUPT.
SIGRUNE.PAULA SCUOLLER.
GRIMGERDE . . . ROSA CASPARI.
ROSSWEISSE. . EMMA CHRIST.
Le lendemain nous eûmes la joie d’être félicités par le télégramme suivant du Maître lui-mème :
« Vive Leipzig, ma ville natale, qui a de si hardis directeurs de théâtre.
A la nouvelle de notre succès, Liszt, lui aussi, arriva de Weimar, et s’exprima de façon infiniment llalleuse sur les représentations, non seulement à Leipzig même, mais encore dans une lettre qu’il adressa à Wagner et où se trouvait, entre autres, ce curieux passage : « Neumann a, sur certains points, mieux fait que toi à Bayreuth. »
Pour respecter la chronologie, j’intercale ici une lettre du Maître, qui répond tà une question :
» En lmte... avec un anthrax à la jambe.
» Très honoré directeur,
s Mais, si je donne une procuration en mon nom, je dois bien savoir ce que fais. 11 va de soi que M. Eben a été, par l’entremise de mon homme d’affaires et banquier d’ici, M, Feuslel, et avec mon assentiment, muni du plein pouvoir qui vous a été montré.
LB RING A LEIPZIG. 109
» Je vous félicite encore une fois bien sincèrement, après vous avoir déjà exprimé toute ma joie de la façon dont vous avez pris toute l’alfaire en main. J’écris aussi à Schelper.
b Mes meilleurs souvenirs à vous elàM. le docteur Forster.
b Votre dévoué,
» Bayreuth, le 9 mai 1878. »
Peu après l’étonnant succès des deux premières parties du Ring, j’avais formé le projet de faire représenter l'ouvrage dans la capitale, à Berlin. Et Wagner, lui aussi, y semblait disposé, ainsi que cela ressort de la lettre suivante écrite de la main de madame Cosima Wagner :
« Cher monsieur Neumann,
» C'est avec plaisir que mon mari vous donne son consentement pour l’entreprise des représentations à Berlin. Mais il lui serait agréable que quelques améliorations de détail, qu’on lui a signalées, pussent être réalisées. Voudriez-vous peut-être vous adresser au maître de ballet Fricke de Dessau et à M. Seidl, qui ont tous deux toute la confiance de mon mari et connaissent ses moindres intentions, pour mieux assurer, à certains moments, l’accord de l’action et de la musique ? Les représentations de Leipzig ont été si belles que mon mari serait heureux de voir compléter ce qui peut encore manquer çà et là, pour at-
Xl-.'f T ..■..■■-..y
110 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, teindre toute la perfection possible et donner alors à Berlin des représentations modèles.
» En vous félicitant cordialement, cher monsieur Neumann, pour le beau succès de votre vaillante entreprise, je joins aux souvenirs amicaux de mon mari l’expression de ma considération la plus distinguée.
)) C. WAGNER, née LISZT.
» 14 mai 1878. *
« p — Mon père nous a écrit sur les représentalions les appréciations les plus flatteuses pour vous. »
Deux jours après arrivait la lettre suivante du Maître, qui complétait celle que nous avions reçue de madame Cosima :
« Mon cher Directeur,
» 11 me revient après coup qu'il n’y a sans doute pas besoin d’une convention spéciale pour qu’il soit entendu que, sur le produit de mes deux pièces des Nibelungen, vous', me verserez net dix pour cent sur la recette brute (y compris môme le montant éventuél des abonnements). Jusqu’à concurrence du versement de cinq mille marks cependant, vous aurez à retenir la moitié de ce droit, soit cinq pour cent. Un mot, je vous prie, pour confirmer que nous sommes d’accord.
» Meilleurs souvenirs de votre dévoué,
» Bayreuth, le 16 mai 1878.
LE 1UNG A LEIPZIG. 111
Le projet des représentations à Berlin formait fréquemment le sujet de notre correspondance, car des difficultés de plus en plus grandes s’opposaient à sa réalisation. Dans l’intervalle, nous avions commencé à Leipzig les études préparatoires de Siegfried et du Crépuscule des Dieux. C’est à ce moment que se placent les efforts de Wagner pour obtenir rengagement d’Antoine Seidl.
Bayreuth, le 21 juin 1878.
« Mon cher Directeur,
» Vous concevrez que je m’intéresse d’une façon toute particulière aux prochaines représentations de mes Nibelungen à Leipzig, puisqu’elles doivent si bien marcher. Aussi altaché-je une grande importance à ce qu’elles soient vraiment correctes. Vous pouvez me croire si je vous affirme que personne, à moins d’avoir tout étudié à fond ici, à Bayreuth, ne peut m’offrir toute garantie pour une exécution absolument parfaite, si bien doué qu’il soit d'ailleurs et si bien intentionné. Les renseignements très précis et très dignes de foi que j’ai reçus sur les dernières représentations de Siegfried à Munich m’inspirent de nouveau beaucoup d’appréhensions dans le sens que je vous indique. Je vous en prie, lenez-vous-en aussi exactement que possible à mes indications de mise en scène de Bayreuth : ce qu’elles pouvaient encore avoir de défectueux ne concerne que des détails rela-
112 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, tivement insignifiants. Ne manquez pas de vous adresser pour les décors aux frères Bruckner, à Cobourg, et pour la machinerie à Brandt. Assurezvous, à temps , pour les répétitions, 1 aide de mon jeune ami Seidel (sic). Il ne vous coûtera pas cher. Faites venir Fricke de Dessau : il connaît très exactement mes arrangements scéniques et m a été à ce propos, d’un très grand secours.
» Je vous prie de tenir grand compte de ces indications.
» Sentiments distingués de votre tout dévoué,
Malheureusement nous ne pouvions donner satisfaction qu’en partie aux désirs de Wagner, puisque, comme nous l’avons déjà indiqué, nous avions confie les décors à Luttkemayer. Pricke assista aux représentations comme invité et Seidl fut aussitôt appelé à prêter son concours pour la musique.
C’est à cela que se rapporte le billet suivant :
« Mon cher Directeur,
» Je voudrais bien savoir à partir de quand vous avez besoin de M. Seidel, c’est-à-dire à quelle époque commencent les répétitions sérieuses. Est-ce assez tôt à la lin d’août? Un mot précis à ce sujet, je vous prie. Quand auront lieu les représentations?
LE RING A LEIPZIG. 113
» La question de l’indemnité sera alors facilement résolue.
» En hâte, puisque vous le désirez.
» Votre dévoué,
» 29 juin 1878. »
Dans noire réponse, nous fixions l’entrée en fonctions de Seidl à la fin de juillet. Dans l’intervalle, d’autres idées vinrent à Wagner. Sur le désir qu’il en avait précédemment exprimé, nous avions engagé Georges Unger, mais celui-ci avait perdu la faveur du Maître pour lui avoir manqué plusieurs fois de parole lors des concerts de Londres. Si bien que Wagner se vit amené à recommander Jâger pour le remplacer à Leipzig.
« Mon cher Directeur,
» Je vous écris de nouveau, car votre programme si net pour septembre me donne à penser.
» Je ne vous ai plus recommandé Unger depuis Londres parce que j’y ai eu trop à souffrir de sa mollesse et de son inexactitude. Il a, voici deuxans, chanté ici les deux Siegfried trois fois de suite, et encore — cela par jalousie contre Niemann — fût-ce en sacrifiant le Siegfried An Crépuscule des Dieux, car je n’ai jamais pu le décider à s’emparer énergiquement de ce rôle. Je vous conseille, en tout cas (notamment en vue d’une succession plus rapide des pièces, et aussi pour Siegmund), de profiter du hasard qui fait que M. Jager
114 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, étudie Siegfried chez moi. J’avais autrefois méconnu ce chanteur — bien qu’il eût une vraie voix de ténor, très étendue, avec des notes élevées — parce que je ne le voyais que dans des rôles qu’on lui avait fait étudier d’une façon absurde et déplorable. Maintenant il en va autrement. Il sera le meilleur Siegfried et le meilleur Siegrnund de tous les chanteurs que je connais. En tout cas, il va à Leipzig avec M. Seidel pour y continuer ses études. Si Unger vous manquait, Jiiger serait tout prêt à le remplacer. Seulement, il serait déplacé, et pour Unger, ce serait humiliant qu’on semblât lui jeter Jager dans les jambes. D’autre part, Unger sera, ou devra être bien aise et joyeux qu’une partie du fardeau des Nibelungen lui soit enlevé d’avance et de façon bien nette et déterminée. Failes-les alterner tous deux dans Siegrnund, mais confiez résolument à Jager le rôle de Siegfried dans le Crépuscule des Dieux.
» Jager considère ce séjour à Leipzig comme une période préparatoire pendant laquelle il achèvera, en même temps, complètement ses études, et, en conséquence, il ne vous demandera pas d’appointements considérables.
» Je vous en prie, faites un arrangement dans ce sens.
» Salutations empressées de votre tout dévoué,
Bavreuth, 5 juillet 1878.
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Comme nous avions signé un traité avec Unger, nous ne pûmes pas accepter cette proposition. D’ailleurs je n’étais pas du tout du même avis que le Maître. On verra plus tard combien ma défiance était justifiée.
Seidl arriva à Leipzig avec la recommandation suivante de Wagner :
« Richard Wagner recommande instamment à la direction du théâtre municipal de Leipzig les corrections que M. Seidl pourrait avoir à faire pour réaliser l’accord de l’action, et de la musique, puisque lui-même Richard Wagner est empêché de les faire. »
En fait, aux répétitions, Seidl montra aussitôt son talent extraordinaire par les indications qu’il donna, et on comprendra, au point de vue humain et artistique, que le désir ardent se soit éveillé en lui de diriger lui-même l’œuvre dont il s’était complètement rendu maître. ïl obsédait Wagner pour qu’il me décidât â lui confier le Ring. Un jour donc, il me remit la lettre suivante du Maître :
« Mon cher Directeur,
» Mon jeune ami M. Seidel m’envoie de Leipzig certaines nouvelles qui me décident à vous engager énergiquement à lui confier sur-le-champ la direction musicale de mes Nibelungen , et, par suite, à lui donner la place de premier chef d’orchestre dans votre théâtre. Je pense que vous agirez ainsi pour le " mieux, et aussi en vue de l’avenir, car votre chef
r . J* + ZI?
116 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, d’orcheslre actuel, M. Sucher (pour lequel j’ai d’ailleurs beaucoup d’estime) songe à quitter dans quelque temps son poste de Leipzig.
» Vous concevrez facilement l’intérêt particulier que je oorte à vos représentations de VAnneau des Nibelungen et vous pourrez le mesurer à la part que j’y prends si je vous conseille vivement, au sujet du grand rôle de ténor, un arrangement qui, à l’avance, me paraît être le bon. Il semble qu il ne faut absolument pas compter sur Lederer. Unger avec sa voix, qui a toujours été défectueuse, est en pleine décadence. Avec vos plans hardis, vous passerez par les plus dures épreuves, si vous ne profitez pas du hasard providentiel qui m’a offert pour vous, en la personne de Jàger, un chanteur, à vrai dire fort peu instruit jusqu ici, mais une voix absolument irréprochable et très résistante. Il vous sera tout simplement d’un grand secours dans l’accomplissement de votre dessein. Voilà ce que j’ai à vous dire et je souhaite que vous vous rangiez résolument à mon avis. Autrement...
» Il m’est impossible quant à moi de m’occuper encore personnellement de cet ouvrage, mais mes vœux les plus chaleureux vous accompagnent.
» Salutations très distinguées de votre dévoué
» Bayreuth, 30 juillet 1878. »
Sucher, dont le talent s’était brillamment manifesté dans l'Or du Rhin et la Walkyrie , devait, de toutes
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façons, quitter au bout d’un an Leipzig pour Hambourg. Sa femme, comme je l’ai déjà indiqué, l’y avait précédé. Mais enlever pour cela à Sucher la direction de Siegfried et du Crépuscule des Dieux , c'eût été le froisser cruellement. Ma réponse à Bayreuth ne pouvait être que celle-ci : l’engagement définitif de Seidl ne pouvait être conclu qu’après le départ de Sucher, comme cela eut lieu en effet. Et malgré le « Autrement!... », pour les raisons déjà connues, il ne pouvait pas non plus être question de l’engagement de Jâger.
I )ans une autre lettre encore, Wagner parla de Jàger.
« Mon cher Directeur,
» J’ai attendu en vain M. Sucher aujourd’hui. En tout cas, pour éviter tout malentendu avenir, je vous répète ceci : Prenez vos précautions avec Unger (que je ne connais vraiment que depuis Londres), autrement!... C’est à lui que s’appliquait cet autrement!...
» Jàger d’ailleurs n’est pas encore prêt pour le Crépuscule des Dieux ... mais qu’importe aujourd’hui où vous avez à vous préoccuper de la durée de vos représentations? En tout cas, vous m’avez mal compris si vous avez cru que je ne voulais vous donner Jàger à Leipzig que comme remplaçant, en cas de besoin. Je vous conseille bien plutôt, et très sérieusement, de distribuer tout de suite Siegfried à Jàger, et d’abord pour cette simple raison que Unger ne
118 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, donne plus jamais, et ne peut plus donner les différents et indispensables la bémols dans la scène finale du un et du trois. Or ces passages sont pour moi des points lumineux auxquels j’attache beaucoup d’importance. .Jager les donne avec aisance et magnifiquement.
» Raison de plus pour Unger de paraître avec des forces intactes dans le Crépuscule des Dieux (où ces la n’ont pas d’importance) et de me payer ainsi la dette qu’il a contractée envers moi pour ce rôle, car il a toujours laissé tomber cette partie des Nibelungen .
» Plus tard ils pourront tous deux, en cas de besoin, se remplacer mutuellement dans les deux parties.
» Mais je pense que M. Jager doit, dans une certaine mesure, être traité en conséquence.
» Au surplus... pleine confiance. Sur un point seulement je vous dis encore : Suivez mon conseil... Autrement!...
» Votre tout dévoué,
» Bayreuth, 12 août 1878. »
Comme l’affaire Jager n’était pas encore mûre pour le moment, je négligeai de répondre immédiatement à cette lettre. Wagner en fut, à ce qu’il semble, très contrarié, car il envoya à ma femme, pour laquelle je lui avais, environ huit jours plus tôt, demandé un autographe à l’occasion de son anniversaire, la « feuille d’album » suivante :
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« Madame,
» Puisque votre mari n’a pas jugé que ce fût la peine de répondre à ma dernière lettre, je vous prie de vouloir bien me faire connaître ce qu’il a décidé au sujet de l’affaire dont je l’entretenais.
» Votre dévoué,
» Pour le 27 août 1878. «
Là-dessus, je dépeignis naturellement au Maître la situation, de façon si persuasive et si convaincante qu’il se rangea à notre opinion. Du moins cette meilleure disposition semble attestée par cette « meilleure feuille d’album » qui nous arriva de Bayreuth.
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a SIEGFRIED )) ET « LE CREPUSCULE DES DIEUX ))
Plus nous nous enfoncions profondément dans notre travail ardu, plus nous reconnaissions quelles grandes difficultés s’opposaient encore à la représentation de ces ouvrages si exigeants, et nous restaient à surmonter. Car, réellement, jamais encore tâche aussi considérable n’avait été proposée aux artistes et aux moyens de réalisation technique.
C’était encore à cette époque une opinion partout répandue que les Nibelungen exigeaient des théâtres spécialement construits. Qui donc aurait cru possible que, quatre ans après, l’auteur de ces souvenirs, à la tête du « théâtre Richard-Wagner », conduisît à travers la moitié de l’Europe, la Tétralogie avec son immense appareil scénique, avec tout son personnel artistique, y compris un grand orchestre, de manière
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à rendre, en un an juste, cet ouvrage gigantesque accessible à quantité de peuples différents, et même à lui conquérir ainsi une réputation que sans cela il n’eût pu gagner que bien des années plus tard.
Les répétitions des deux dernières parties des Nibelungen se poursuivaient donc. L’ambition et le zèle de nos artistes grandissaient de jour en jour, et après le magnifique succès de l'Or du Rhin et de la Walkyrie ils continuaient leurs efforts avec un courage inlassable et toujours nouveau. Ainsi fut prête, à la date fixée, la conclusion du Ring et se compléta le triomphe éclatant de Richard Wagner et de notre scène.
La distribution des deux pièces était la suivante :
21 septembre 1878 : Siegfried :