‹ Souvenirs sur Richard WagnerChapitre 8 sur 25 · REPRISE DES POURPARLERS · texte numérisé non relu

REPRISE DES POURPARLERS

Deux circonstances empêchèrent Forster de se réjouir de la rupture de son traité avec Richard Wagner. D’abord il devenait de plus en plus évident que —quel que fût notre zèle à guetter les nouveautés — la production musicale de cette époque ne donnait rien qui fût capable de récompenser une initiative artistique. Ensuite nos efTorts pour acquérir l'Anneau des Nibelungen n’étaient pas passés inaperçus dans le monde des théâtres. A peine l’échec de nos pourparlers était-il connu, que la nouvelle se répandit que Hambourg, Schwerin et d’autres villes s’étaient assuré le droit de représentation des Nibelungen et débuteraient par la Walkyrie , début qu’à Bayreuth déjà, aussitôt que j eus entendu tout le cycle, j’avais reconnu être une erreur. On disait

80 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, même que Wagner s’était décidé à donner la Walkyrie, comme pièce séparée, au théâtre de la Cour de Berlin, la Walkyrie que l’opinion moyenne de celte époque désignait ordinairement comme la seule pièce « possible » du Ring. Leipzig allait-il donc, au lieu de prendre la tête du mouvement, comme je l’avais projeté, être laissé de côté?

Alors je rassemblai mon courage pour écrire au Maître la lettre suivante :

Leipzig, le 12 novembre 1877.

« Cher Monsieur et honoré Maître,

» Permettez-moi, comme directeur de l’Opéra municipal de Leipzig, de vous adresser respectueusement une prière instante.

» Quand vous aviez, très honoré Maître, conclu avec nous, ce printemps, au sujet des représentations de vos Nibelungen, le droit de priorité pour toute 1 Allemagne du Nord était compris dans nos conventions. Une déplorable erreur a fait alors tomber dans l’eau le traité déjà conclu, et personne ne le regrette plus que moi. Car depuis que j’ai eu à Bayreuth l’occasion d’admirer celle œuvre colossale, je n’ai plus eu qu’un but devant les yeux : faire représenter cet ouvrage ici, à Leipzig, dans votre ville natale, où le « Wagner » est mieux compris et plus estimé que n’importe où.

» Il ne peut pas être dans les intentions du poète-

LE RING A LEIPZIG

compositeur, de refuser plus longtemps cet ouvrage à une scène de l’importance de Leipzig; et comme j’apprends que vous vous êtes déjà entendu avec Berlin au sujet de la représentation de la Walkyrie — ce qui annulerait par conséquent le droit de priorité pour l’Allemagne du Nord — je vous prie instamment de vouloir bien me faire savoir dans quelles conditions vous voudriez bien nous accorder le droit de représenter, soit l’ensemble de l’œuvre (et c’est ce que je souhaite par-dessus tout), soit les ouvrages séparément.

» Je vous serais reconnaissant d’une très prompte décision.

» Votre très respectueusement dévoué,

V ANGELO NEUMANN

A quoi Wagner répondit :

« Monsieur,

» Je n’ai pas cédé la Walkyrie à Berlin, parce que je ne songe à céder isolément aucune des parties de mon Anneau des Nibelungen. Par contre, M. le directeur Pollini a acquis pour Hambourg, sans stipulation particulière d’un droit de priorité, les quatre parties de l’ouvrage. Comme par là disparaît cette question de priorité pour d’autres théâtres, je renoncerais de mon côté, dans mes négociations à venir avec l’honorable direction du théâtre municipal de Leipzig, à cette demande « d’honoraires » qui m’avait été ins-

r ^ TV/; T

82 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, pilée par la prétention à ce droit de priorité. Je me contenterais pour la cession à ce théâtre de l’autorisation de représenter l’ouvrage en question en quatre parties, d’un droit de dix pour cent, avec un versement de garantie de dix mille marks; cette somme serait versée aux époques précédemment fixées et viendrait en déduction du droit proportionnel jusqu’à concurrence de la moitié, soit cinq pour cent.

» Votre respectueusement dévoué,

» Bayreuth, 19 novembre 1877. »

11 paraîtra inexplicable aujourd’hui qu’après cette réponse si favorable de Wagner, il ait fallu encore deux mois pleins avant que les pourparlers se continuassent entre Bayreuth et Leipzig. Le délai s’explique par ce fait que Forster avait des rechutes et doutait toujours comme autrefois que le Ring fût viable, et qu’il fallait d’abord préparer un devis des frais. Finalement toutes les hésitations tombèrent en même temps qu'une autre circonstance venait à mon aide. A la fin de l'année 1877, la balance se solda par un déficit de cent vingt et un mille marks. Je me présentai donc le 20 janvier 1878, à Forster avec cet argument :

— Mon cher ami, cela ne peut pas durer. J’ai beau depuis longtemps surveiller tout ce qui s’offre à nous en fait d’opéras, il m’est impossible de découvrir un ouvrage qui approche même de très loin de l’impor-

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lance du Ring et qui puisse obtenir le succès que j’attends avec assurance des Nibelungen . A cela s’ajoute cette circonstance, très triste pour nous, que notre bilan, — bien que les dépenses redoutées pour monter les Nibelungen n’aient pas été faites, — offre un aspect déplorable. Si vous acceptez ma proposition, nous allons prendre encore cent mille marks pour monter le Ring et réaliser la représentation de cette grande œuvre dans des conditions telles que n’en a osées avant nous aucune scène, excepté Bayreuth. Dites oui et je télégraphie à Richard Wagner pour lui demander s’il est prêt à me recevoir; car il n’y a plus qu’un entretien personnel qui puisse nous amener à une conclusion.

A cela Forster me répondit — et, étant données les préventions qui régnaient encore contre Wagner, on ne saurait trop lui en savoir gré :

— Mon cher ami, il y a longtemps que je vous ai secrètement fait amende honorable. Je vous donne pleins pouvoirs. Seulement je crains qu’il ne soit trop tard; il ne voudra plus entendre parler de nous.

Sans discuter davantage avec Forster, je télégraphiai donc :

Richard Wagner. — Bayreuth.

« Prière me faire savoir si je puis avoir l’honneur d’être reçu par vous demain.

)) NEUMANN

» directeur de l’Opéra.

soir.

Quand j’arrivai le soir au théâtre, on me remit la réponse du Maître :

Neumann, directeur Opéra Leipzig.

Bayreuth, le 20 janvier 1878.

« Volontiers. Demain quatre heures ou huit heures

Forster ne fut mis au courant de ma dépêche qu’en lisant cette réponse. Le soir même je partais pour Bayreuth, où, à cause des correspondances défectueuses du service d’hiver, je n’arrivai que le lendemain, dimanche 21 janvier, vers deux heures de l’après-midi. Quand, à quatre heures, j’entrai a Wahnfried, je fus conduit dans le grand cabinet de travail du maître, devenu depuis si fameux, et là mon attention fut absorbée d’abord par deux peintures : le portrait de madame Cosima Wagner et celui de Schopenhauer. Presque aussitôt entra madame Cosima Wagner, qui m’aborda avec ces mots :

— Mon mari dort, et je vous prie de vouloir bien, en attendant, accepter ma compagnie, je ne voudrais pas l’éveiller encore.

Au bout d’environ une demi-heure, que j’employai à mettre cette femme si intelligente au courant de l’affaire qui m’amenait, le Maître parut. En dehors des rencontres fugitives que j’ai mentionnées, je le

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voyais en face pour la première fois. 11 portait le béret bien connu, un court veston de soie foncée et un pantalon gris. Il vint aussitôt à moi d’un air cordial :

— Je suis heureux que vous cherchiez à renouer les relations interrompues entre nous depuis l’année dernière, car l'échec de notre projet m’a beaucoup troublé. Le fait ({lie vous avez entrepris le voyage de mon Leipzig à Bayreuth, en hiver et par ce temps, me dit déjà que vous avez cette fois des intentions sérieuses, et vous me faites tout à fait l’effet d’un homme qui n’est pas venu par plaisir de Leipzig à Bayreuth.

Et, tout en prenant sur ses genoux le jeune Siegfried, alors âgé de sept ou huit ans, il se tourna vers moi :

— Eh bien, voyons, qu’avez-vous à me dire?

Là-dessus je commençai à exposer mon plan à

Hichard Wagner. Je lui dis d’abord que mon intention était de représenter en cinq mois, l’ouvrage entier en deux séries, c’est-à-dire l'Or du Rhin ’et Ici Walkyrie en deux soirées consécutives : 28 avril, première de l'Or du Rhin ; 29 avril, première de la Walkyrie, puis le 21 septembre, première représentation de Siegfried , et le 22 septembre, première du Crépuscule des Dieux.

Mon enthousiasme pour l’ouvrage m’avait sans doute inspiré une éloquence qui fit sur Wagner une impression visible. Ses yeux lancèrent surtout des

8G SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, éclairs quand je lui donnai l’assurance que je ne me résignerais en aucun cas à donner d abord la Wal kyrie et plus tard seulement l'Or du Rhin, comme d’autres scènes l’avaient fait avant nous ou se préparaient à le faire. A ces mots il m’interrompit d’un geste prompt et se tournant vers sa femme, il dit :

— Écoute, Cosima, ce que nous dit là Neumann. Il veut donner le Ring dans son ensemble et en ordre, il m’indique déjà les dates auxquelles les pièces seront représentées. Mais il ne tiendra pas plus parole que les autres.

Et il continua en se tournant vers moi :

— Si vous faisiez cela, vous seriez le premier directeur de théâtre intelligent.

Je répondis :

— Maître, je vous le répète : le 28 avril, première représentation de l'Or du Rhin; le 29, première de la Walkyrie ; le 21 septembre, première de Siegfried ; le 22, première du Crépuscule des Dieux.

Là-dessus il y eut un court silence pendant lequel Wagner me regarda fixement, puis soudain il me posa cette question :

— Dites-moi, comment pouvez-vous me fixer dès aujourd’hui les dates des premières représentations?

— Maître, répondis-je, c’est bien simple. C’est le 28 avril que s’ouvre chez nous, à Leipzig, la foire de Pâques, et le 21 septembre la foire de la Saint-Michel. Je ne crois pas pouvoir choisir d’époques plus favo- . râbles pour faire connaître vos œuvres à Leipzig.

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Celte réponse lit sur lui, qui était originaire de Leipzig, un effet convaincant. 11 m’examina encore un moment puis, se tournant vers sa femme :

— Que dis-tu de cet homme! Faut-il le croire?

Et quand madame Cosima Wagner se fut exprimée avec sympathie sur le plan que j’avais développé, le Maître se tourna vers moi pour avoir des renseignements plus précis sur l’organisation scénique, l’orchestre et le personnel. Et alors il commença à s’expliquer sur toutes les difficultés de mise en scène, une par une et jusque dans les moindres détails, d’une façon pour moi inappréciable. L’attention passionnée avec laquelle je suivais ses explications parut lui plaire, et ce qui le charma surtout ce fut que je ne*craignis pas de m’exprimer franchement sur certaines imperfections scéniques que j’avais remarquées à Bayreuth en 1876 et que, instruit par lui, j’espérais corriger. De ce nombre étaient d’abord la scène des Filles du Rhin, le changement à vue du Walhalla, et surtout le Feu magique, qui devait en effet être réalisé à Leipzig d’une façon qui servit ensuite de modèle aux autres scènes, tandis qu’il était réservé à Bayreuth de nous donner, plus lard, en 1896, une exécution idéale et parfaite de la scène des Filles du Rhin. Quand nous eûmes encore traité à sa satisfaction quelques questions d’art ou d’affaires, il me demanda, avec une bienveillance infinie dans le ton, de m’asseoir à son bureau et d’écrire le projet de traité.

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Je lui répondis :

— Maître, si vous vous asseyiez au bureau et si je dictais, je préférerais cela.

11 me regarda avec surprise, mais sans paraître mécontent.

— Comment, vous voulez dicter, et que moi j’écrive?

— Oui, Maître, car d’abord je dicterai le traité tel qu’il doit être dans notre commun intérêt, et ensuite j’aurai ainsi de votre main un document sans prix.

Richard Wagner, auquel ma réponse plut, regarda sa femme en souriant. Appuyé du bras droit sur le bureau, il se tourna vers moi :

— Eli bien, dictez.

Et, s’asseyant, il écrivit sous ma dictée, avec des corrections absolument insignifiantes, les dispositions suivantes :

Traité .

« J’ai cédé aujourd’hui à M. le docteur Auguste Fôrster, directeur du théâtre municipal de Leipzig, pour la durée de sa direction ou de celle de M. le directeur Angelo Neumann au même théâtre, le droit de représenter mon ouvrage VAnneau des Nibelungen aux conditions suivantes : la direction du théâtre ci-dessus désigné a le droit de représenter l’ouvrage précité et devra me verser pour chaque représentation, un droit de dix pour cent sur la recette quotidienne et de cinq pour cent sur les abonnements, droit qui ne pourra cependant pas excéder la somme de

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huit cent soixante-quatorze marks, vingt pfennigs. Sur ces versements l’auteur recevra une avance de dix mille marks qui devront lui être remis aux époques suivantes : à la signature du traité, deux mille cinq cents marks; le 1 er avril 1878, deux mille cinq cents marks. Enfin les cinq mille marks restant lui seront payés le 1 er avril 1879.

» Cette avance viendra en déduction des droits proportionnels jusqu’à concurrence de la moitié et jusqu’à ce que la totalité de cette avance ait été ainsi remboursée.

» RICHAUD WAGNER

» Bayreuth, le 21 janvier 1878. »

Quand il eut signé et que nous nous fûmes mutuellement souhaité le meilleur succès, je fus invité à prendre part, à Wahnfried, au dîner de famille. Je dus mal heureusement refuser en remerciant, car le temps avait passé vite, et, si je voulais partir par le train qui m'amènerait le lendemain matin à Leipzig, il était grand temps de prendre congé. Je n’avais plus un jour à perdre et il fallait commencer aussitôt des préparatifs de toute sorte. On comprit mes raisons et, après des adieux cordiaux et encore mille souhaits de succès, je quittai Wahnfried et volai plus que je n’allai à l’hôtel et de là à la gare. Et quand, le lendemain matin, je pus mettre sous les yeux de mon associé le traité écrit et signé de la main de Wagner, sa joie fut cette fois réelle et profonde. Il m’embrassa

90 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, elles larmes lui montèrent aux yeux quand il me dit :

— Neumann, vous avez bien conduit cette affaire. Pourquoi faut-il que l’année dernière j’aie écouté les autres? Je vous ai alors, je le sais, causé un profond chagrin.

Tout mon entourage artistique et, avant tous, Joseph Sucher, fut très enthousiasmé à la nouvelle que nous aurions le bonheur de nous atteler à cette grande tâche. Tout le monde se précipitait vers moi avec celte unique question : a Croyez-vous vraiment qu’il nous sera possible de donner l'Or du Rhin et la Malkyrie les 28 et 29 avril? Deux ouvrages d’une telle importance et d’une difficulté scénique insoupçonnée jusqu’ici en deux jours consécutifs! »

Je répondais avec une telle assurance que personne n’osait me contredire. Forster, je dois ici le reconnaître avec gratitude, me donnait en tout pleins pouvoirs, et était d’avance d’accord avec moi pour toutes les sommes que je considérais comme nécessaires. Un seul concours, et à vrai dire l’un des plus importants pour la réussite de l’entreprise, nous faisait défaut, celui de l’orchestre de la « Société des concerts de la Halle aux draps » (GewandhausorcUester). Et comme cet orchestre est à Leipzig, plus que dans n’importe quelle autre ville, très estimé, et avec raison ; qu’il est en relations avec la meilleure société ; qu’il a une grande influence dans toutes les questions musicales, et qu’il forme en réalité un groupement

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d’artistes remarquables, on comprendra que j’ai eu de ce côté de grandes difficultés. Mais nous en reparlerons plus tard.

Le jour même de mon retour à Leipzig je télégraphiai au décorateur Lütkemayer, de Cobourg, et le priai de venir immédiatement à Leipzig, car j’avais l’intention de lui confier l’ensemble des décors de VAnneau des Nibelungen, à condition qu’il pût accepter la date de livraison par moi fixée. En même temps je priai Richard Wagner, par télégramme, de mettre à notre disposition, à titre de prêt, et pour nous permettre de hâter la copie, les parties d’orchestre de Bayreuth. Je fis suivre ma dépêche de la lettre sur vante :

Leipzig, 23 janvier 1878

« Très honoré Maître,

» J’ai l’honneur de vous adresser, conjointement aux traités, le premier versement convenu entre nous de deux mille cinq cents marks, et vous prie de vouloir bien nous faire parvenir l’exemplaire du traité revêtu de votre signature. J’espère que vous ferez droit à la demande que je vous ai adressée par télégramme. Bien entendu nous rendrons en parfait état le matériel d’orchestre que vous nous aurez prêté. Pour ce qui peut vous intéresser plus particulière ment, très honoré Maître, j’ai le ferme espoir de pouvoir vous tenir parole en faisant représenter l'Or du

Rhin et la Walkyric en (leux soirées consécutives. Nous ne pouvons cependant prendre une décision ferme à ce sujet qu’après entente avec le peintredécorateur dont nous attendons l’arrivée demain.

» Le docteur Forster, qui vous envoie ses respectueux compliments s’est montré extrêmement heureux de voir renouer les rapports interrompus l’année dernière.

» Je lui ai transmis vos salutations et lui ai enjoint de sécher ses larmes. Quoiqu’il ne se souvienne plus maintenant d'en avoir versé, il a bien failli le faire cette fois, mais de joie naturellement.

» Votre respectueusement dévoué,

)) ANGELO NEUMANN

Richard Wagner répondit par retour du courrier :

« Cher Monsieur,

» Inclus l’exemplaire du traité signé de ma main. Je prie par même courrier mon conseil d’administration de vous confier pour six semaines, afin que vous les fassiez copier, les parties d’orchestre de l'Or du Rhin et de la Walkyrie , mais je vous fais remarquer que — par suite du déficit du Festival, — ces parties ne sont plus ma propriété, mais peuvent être à tout instant réclamées par le théâtre de la Cour de Munich.

» Je ne me souviens pas d’avoir parlé des larmes de

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M. le docteur Fôrsier. S’il est satisfait maintenant, j’en suis ravi.

» Dans l’espoir que votre entreprise sera couronnée de succès, je reste, votre respectueusement dévoué,

» Bayreutli, 25 janvier 1818. »

« Je reconnais avoir bien reçu aujourd hui la somme de deux mille cinq cents marks

» R. WAGNER

» 25 janvier 1878. »

J’allai sans retard à Berlin voir le professeur Dopler et le priai, non seulement de me confier ses figurines — cjui alors n’étaient pas encore publiées, mais aussi de m’accorder sa collaboration personnelle pour diriger la confection de tous les costumes. Sur sa recommandation, j’obtins aussi le concours de la directrice de l’atelier des costumes delîayreuth, celle qui, en 1876, avait eu la haute main sur leur composition. C’est à celle recommandation et à l'intérêt qu’y prit le professeur Dopler lui-même, que nous dûmes de pouvoir arriver à la date fixée. D’ailleurs un fait prouve à quel point le professeur Dopler tenait au succès des représentations de Leipzig; il vint deux fois de Berlin à Leipzig pour surveiller la marche des travaux. En même temps se fabriquaient

rv r {

94 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, dans l’atelier Gorsch, à Berlin, et sur les indications de Dôpler, les armures, armes, boucliers et autres accessoires.

Quand la distribution fut publiée, il y eut de l'opposition dans les journaux de Leipzig contre l’attribution du rôle de Siegmund au premier ténor, qui venait seulement d’entrer dans la troupe régulière. Comme j’avais prévu dans son traité une représentation de début, cette opposition m’avait conduit à n’inscrire jusque-là le chanteur sur l’affiche que comme « en représentations », pour ne pas provoquer davantage la résistance du public et de la critique. Pourtant j’étais convaincu que cet artiste gagnerait à Leipzig la plus haute faveur du public. Et c’est ce qui arriva. 11 eut dans Siegmund un tel succès qu’il devint dès lors son chanteur favori. Georges Lederer, c’était son nom, a tenu une place brillante au théâtre municipal de Leipzig, pendant treize ans.

Mais une surprise m attendait encore qui, pendant un moment, me fit douter d’arriver dans les délais fixés. Notre prima donna , Olga Parsch, douée d’une voix merveilleuse, — une Ortrude, une Églantine et une Léonore remarquable, à laquelle j’avais distribué Brunnhilde, — s’était mariée quelques mois auparavant et me confiait, avec joie, qu’elle attendait ellemême un jeune Siegfried. Ainsi j’étais tout prêt, armé de pied en cap, mais je n’avais pas de Brunnhilde .

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Le lendemain, j’étais déjà en route pour Salzbourg, où une jeune cantatrice m’était très vivement recommandée. Mais elle fut quelques jours sans paraître en scène, si bien que je dus la prier de me chanter quelque chose au piano.

Résultat : une voix admirable, un véritable tempérament musical... mais ce n’était pas la Brunnhilde rêvée. Pour cela, elle était surtout trop jeune. Cependant je l’engageai sur-le-champ pour jouer une des Walkyries. C’était Paula Schôller, qui chanta plus tard à l'Opéra de la Cour, à Munich.

De Salzbourg, je me rendis à Vienne, où j’entendis Marie Widl de l’Opéra impérial, dans l’Eisa de Lohengrin : je reconnus aussitôt que c était ma Brunnhilde. Mais comment lui faire quitter l’Opéra? Le lendemain, j’avais un entretien avec la jeune artiste, chez Gànsbacher, son professeur de chant. Elle n’était pas aussi occupée à l’Opéra qu’elle l’eût voulu; aussi prit-elle feu et flamme pour mon projet de lui confier Brunnhilde dans la Walkyrie. J’allai donc trouver le directeur du théâtre de la Cour, Franz Jauner, et je m’efforçai de lui démontrer quel grand avantage il y aurait pour son théâtre et pour la jeune artiste à ce qu’il me la prêtât pour quelque temps afin qu’elle pût créer à Leipzig le rôle de Brunnhilde. Après plusieurs jours de négociations, je réussis enfin à obtenir rauforisalion de Jauner, mais je dus m’engager en échange à donner à la cantatrice, Marie Widl, engagée à partir de l’automne à

Leipzig, sa liberté pour chanter en représentations à l’Opéra de Vienne.

Quelquesjours après, Sucher était au piano à Leipzig avec Marie Widl et tous deux se mettaient à l’étude avec ardeur. J’avais ma Brunnhilde et, comme la suite le montrera, une remarquable interprète du rôle.

Pendant mes pourparlers avec son élève Marie Widl, le professeur Gansbacher me présenta encore un autre élève de sa classe au Conservatoire. L’exlérieur peu engageant de ce tout jeune homme ne pouvait me prévenir en sa faveur. Ce ne fut que par politesse pour Gansbacher, que je consentis, bien que mon temps fut très mesuré, à ce qu’il se mît au piano et que le jeune homme se préparât à me chanter quelque chose. Marie Widl, qui avait sans doute remarqué mon impatience et l’impression peu favorable que me faisait son camarade, me chuchota :

— Je vous en prie, monsieur le directeur, écoulezle, il chante merveilleusement.

Et en fait je n’eus pas à le regretter. 11 me chanta Uigolelto, Luna et Wolfram, et je reconnus en lui un rare talent de chanteur. Nous aurons encore à parler de lui dans la suite; qu’il nous suffise de dire pour le moment que je l’engageai aussitôt: c’était Julius Lieban. J’avais donc encore conquis une nouvelle force pour nous, si bien que mon voyage à Vienne avait d’heureuses conséquences pour Leipzig en général et en particulier pour les prochaines représentations des Nibelungen.

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OUo Dessoff, ancien chef d’orchestre de Ja Cour, directeur des concerts philharmoniques et professeur au Conservatoire de Vienne, auquel m’unissaient de très anciennes et très amicales relations, et qui était alors directeur de l’Opéra à Francfort, m’avait écrit à Leipzig: « Mon cher ami, je vous recommande un jeune musicien, qui est un de mes anciens élèves au Conservatoire. Il est actuellement second violon à l’orchestre de l’Opéra de la Cour. Retenez bien son nom, il ade l’ambition et surtout, malgré son extrême jeunesse, un talent qui m’a souvent étonné. »

Il n’y avait pas à mettre en doute le jugement et la compétence de Dessoir. D'ailleurs je l’estimais également très haut comme artiste, comme homme et comme ami; je pris note du nom et, de Leipzig, je lis avertir le jeune homme de ma prochaine arrivée. Il vint me trouver et une heure après il était à moi. 11 venait de prendre la situation de chef des chœurs à la place de Victor Nessler, qui, grâce au très vif succès de son Preneur de rats de Hameln , à Leipzig, s’était assuré une existence indépendante, mais il ne la garda que trois mois. Dès les répétitions des Nibelungen , j’eus occasion d’écrire à Dessoff combien je lui savais gré de m’avoir recommandé ce jeune homme. Ce musicien, quand il s’agit d’accomplir la tâche gigantesque qu’était la préparation simultanée des deux ouvrages, nous a souvent étonnés et émerveillés Il arrivait souvent que, en haut, dans la salle spéciale, avaient lieu les répétitions d’orchestre que

98 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, conduisait Sucher, tandis qu’en bas, sur la scène, nous faisions au piano une répétition d’ensemble ou des raccords de l’un ou l’autre ouvrage ou inversement, C’était alors le jeune chef des chœurs qui se mettait au piano à la place de Sucher et qui, souvent même sans ouvrir la partition, souillait aux chanteurs leurs rôles, même le texte, mot pour mot, et leur indiquait chaque rentrée. Dès que Sucher était empêché par les urgentes répétitions d’orchestre de diriger au piano les soli ou les ensembles, c’était une joie de voir avec quel empressement les artistes exprimaient le désir d’étudier avec ce jeune homme. Je déclare ici franchement que, en même temps qu’à Sucher, c’est à Arthur Nikisch, — car c’est de lui qu’il s’agit, — et à sa collaboration incessante aux éludes de l’ouvrage, que nous devons d’avoir pu accomplir de façon si brillante la lourde lâche qui nous incombait.

Le premier ouvrage dont je lui avais confié les éludes et la direction était l’opérette Jeanne, Jeannette et Janneton, jolie partition peu connue en Allemagne. Elle fut donnée à Leipzig au « vieux théâtre », non pas avec notre orchestre permanent, mais avec celui qu’on appelle « orchestre de Buchner ». L’interprétation musicale fit, grâce à lui, le plus grand effet, si bien que je pus, bientôt après, lui confier un autre ouvrage, l’Éclair, d’Halévy, également au vieux théâtre, et cette fois encore, avec un orchestre étranger, celui de la Getvattdhaus. Le succès de cet

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ouvrage surpassa encore celui du premier. Alors se produisit un fait significatif pour l’avenir de ce jeune génie et qui paraîtra aujourd’hui invraisemblable à plus d’un lecteur.

Je prenais mes vacances à Aigen, près Salzbourg. — où j’ai passé tant d’étés délicieux etou j’écris en ce moment ces souvenirs — non sans avoir cependan laissé à mon associé le programme de la saison d’opéra tout étudié et préparé avec indication de toutes les répétitions, etc. Dans ce programme était prévu Tannhauser , avec Arthur Nikisch comme chef d’orchestre. Notre premier chef d’orchestre et directeur de la musique de Wagner, Joseph Sucher se trouvait en vacances avec moi. Vers la fin de mon séjour je reçus d’Auguste Forster un télégramme qui m’invitait presque à écourter ma saison et à rentrer à Leipzig. J.e contenu en était bref, mais pressant : « Notre orchestre refuse de jouer sous la direction de ce jeune Nikisch, que faire ? » En présence de cette situation difficile, j’étais déjà prêt à prendre sur-lechamp le train pour Leipzig, quand une idée me traversa le cerveau ; je la communiquai à Forster par le télégramme suivant : « Prière de maintenir en tout cas la répétition d’orchestre de Tannhauser annoncée pour demain avec Nikisch, de convoquer le comité directeur de l’orchestre aujourd’hui même ou du moins avant la répétition de demain, et de déclarer à ces messieurs qu’ils ne sont en aucune façon autorisés à ce refus. Au cas où ils le main-

100 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, tiendraient cependant, ils devraient s’attendre à toutes les conséquences. En dehors de ce point de droit, que je vous prie de faire valoir à l’orchestre, je vous prie de leur dire que je leur accorde neanmoins la faculté de déclarer demain àladirection, au cours de la répétition de Tannhauser conduite par Nikisch, et après l’ouverture, s’ils maintiennent, oui ou non, leur refus. Si l’orchestre n’accepte pas ma proposition, je rentrerai immédiatement à Leipzig. Je vous prie, en attendant, de ne supprimer sous aucun prétexte le Tannhauser. » Je n eus pas seulement la satisfaction de voir 1 orchestre accepter ma proposition, avec, il est vrai, 1 intention bien arrêtée de formuler unanimement un refus après l’ouverture, j’eus cette joie encore bien plus grande que le succès sur lequel je comptais se produisit, succès qui fait le plus grand honneur non seulement au jeune maître, mais encore et peut-être davantage, à l’esprit artistique de cet orchestre. Le succès du jeune chef après l’ouverture fut si extraordinaire que les musiciens vinrent eux-mêmes le féliciter de la façon la plus cordiale et la plus enthousiaste, et continuèrent la répétition sans faire la moindre opposition. En dirigeant celle représentation de Tannhâuscr, Arthur Nikisch s’était classé parmi les premiers chefs d’orchestre allemands.

Après le départ de Sucher, qui, l’année d’après, suivit sa femme liosa Sucher-Haffelbeck engagée a Hambourg, Arthur Nikisch lui succéda, en alternant

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avec Antoine Seidl, que recommandait instamment Richard Wagner. Un fait prouve bien la grande situation artistique dont jouit bientôt Nikisch : lors d’une indisposition du fameux directeur des concerts du Gewciiidhaus , le docteur Karl Reinecke, si apprécié à Leipzig, le comité de la Société lui confia la direction d’un concert. A cette époque, il aurait à peine pu soupçonner qu’il serait un jour appelé à la direction de cette institution si célèbre en Allemagne.

Ainsi mon voyage à Vienne à la recherche d'une Rrunnhilde ne m’avait pas seulement procuré une remarquable Walkyrie mais encore Julius Lieban « l’incomparable Mime », comme l’appelait Wagner lui-même, et enfin un des plus grands chefs d'orchestre actuels, Arthur Nikisch.

Revenons à notre préparation de la grande œuvre. Il ne manquait naturellement pas de gens pour douler du succès. La ville se partageait en deux camps dont l’un combattait passionnément et bruyamment Wagner, et avec lui notre théâtre, tandis que le parti qui nous soutenait, Wagner et nous, était plein d’une joyeuse confiance en la victoire. Ces luttes ouvertes n’étaient pas sans influence sur les chanteurs eux-mêmes. Je n’oublie pas de quel ton Otto Schelper, que je rencontrai sur le chemin de sa loge, juste avant que commençât la répétition générale de l'Or du Rhin , me dit: « Monsieur le directeur, avez-vous sérieusement l’intention de représenter VOr du Rhin? » Il ne pouvait dominer la crainte qu’il avait d’une chute complète. Et c’est cet Otto Schel-

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per qui, deux jours après, devait, avec son Alberich, devenu depuis célèbre, remporter un des plus grands triomphes de sa carrière artistique.

D’ailleurs tous n'en croyaient pas moins devoir faire de leur mieux. Rarement, sans doute, représentations furent préparées avec un tel enthousiasme. Je ne saurais dire ici avec assez de reconnaissance qu’il ne fut possible d’arriver à la date fixée que grâce au joyeux entrain et au dévouement absolu de tous à la lourde tâche qui leur était imposée, en première ligne d’Otto Schelper qui devait, en deux soirées successives, incarner physiquement et moralement deux des rôles les plus lourds qui existent, Alberich et Wotan.

Seulement, c’est peut-être précisément l’exacte observance du terme fixé qui peut avoir mêlé à l'admiration une légère méfiance sur la valeur artistique du résultat. On peut à peine se faire une idée de l’agitation qui s’était emparée de tout Leipzig quand on apprit ceci : « Nous sommes prêts à donner demain 24 avril, la répétition générale de l'Or du Rhin ; après-demain 26, la répétition générale de la Walkyrie ; le 27 avril, repos pour tous les artistes; cette journée sera consacrée à régler tous les détails techniques de mise en scène et de machinerie. » Une pareille impatience dans l’attente d’un événement artistique n’est possible que quand, comme à Leipzig, c’est un public très connaisseur qui est appelé à se prononcer, un public qui prend parti pour ou contre

104 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, avec passion, maisaussi avec compétence. Aussi quand on sut que les répétitions générales auraient lieu devant un public d’invités, on conçoit que tout Leipzig voulut y assister, amis comme ennemis, et que, bien que la salle aux deux répétitions fût pleine jusqu'au cintre, une minorité de solliciteurs seulement put obtenir des billets.

Maintenant qu’on se figure ceci : comme nous étions dans ces dispositions, on m’annonce Hans Richter et Antoine Seidl qui, à la veille de la répétition générale, arrivent me surprendre en m’annonçant qu’ils viennent à Leipzig de la part du Maître pour assister aux répétitions générales et lui en rendre compte, faire faire des modifications de toutes sortes ou môme, si nécessaire, s’opposer aux représentations. Mon calme, que l’on a souvent vanté depuis, fut mis là à une rude épreuve. Mais il ne se démentit pas. Tout en souhaitant cordialement la bienvenue à ces deux Messieurs, — surtout à Hans Richter que j’avais connu à Vienne, lorsque, âgé seulement de dix-neuf ans, il était corniste dans l’orchestre, — je les conduisis sur le théâtre, leur montrai toutes les dispositions de mise en scène et de machinerie et leur expliquai ceci et cela. Ce fut alors principalement Antoine Seidl qui réclama mainte modification et auquel j’en accordai un certain nombre d’insignifiantes. Cependant comme il demandait encore çà et là des changements avant la répétition générale de l’Or du Rhin, et avec l’assentiment tacite de llans

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Richter, je leur dis : « Messieurs, nous sommes, vous le voyez, à la veille de la répétition générale; il ne peut plus être question de modifications importantes si nous ne voulons pas compromettre les représentations. Voici ce que je vous propose : je vous placerai dans une loge de milieu, d’où vous pourrez voir commodément toute la scène, et je vous y ferai mettre une table, du'papier et des crayons. Comme on ne peut interrompre ces répétitions parce qu’elles seront données comme de véritables représentations devant un public d’invités, vous aurez la bonté de noter tout ce qui vous frappera comme demandant à être modifié. Après les répétitions, nous nous réunirons et nous examinerons, de concert, la possibilité ou l’impossibilité des changements par vous souhaités. Si je inc suis par trop mal acquitté de ma tache, eh bien, nous avons un jour de repos, et vous pourrez rendre compte au Maître; ensuite nous prendrons une décision. »

Le succès de ces deux répétitions générales fut si étourdissant et l’enthousiasme fut si grand que nos amis eux-mêmes en furent surpris. Après le deuxième acte de la Walkyrie , je dus obéir' aux acclamations frénétiques du public et paraître sur la scène avec Sucher et tous les artistes pour remercier toute la troupe de son dévouement absolu à cette grande œuvre. Quand, à la fin de la représentation de la Walkyrie , Hans Richter et Antoine Seidl vinrent avec moi dans mon bureau pour me dire leurs impressions

106 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, et m’adresser leurs vœux, ce fut encore Antoine Seidl qui voulut s’entêter à exiger les diverses modifications qu’il désirait vivement. Je répondis :

— Messieurs, si je veux m’en tenir à la date que j’ai promise à Wagner, les représentations ne peuvent avoir lieu que telles que vous les avez vues hier et aujourd’hui.

Et Hans Richter nous interrompit en adressant à Seidl ces paroles dignes d’être retenues :

— Mon cher ami, ce que nous avons vu et entendu ici hier et aujourd’hui est si remarquable que nous n’avons qu’une chose à faire : courir au télégraphe et envoyer au Maître ceci : Admirable : Neumann s est merveilleusement acquitté de sa tâche.

Seidl s’inclina alors devant l’autorité de son collègue plus âgé et plus expérimenté. La belle et efficace intervention de Hans Richter mérite d’être signalée avec d’autant plus de reconnaissance qu’il n’est pas douteux que tous deux étaient venus à Leipzig sans aucune confiance. Aussi n’ai-je jamais oublié sa brève mais mémorable appréciation.

D’ailleurs il eût été bien difficile de songer à reculer la première, tant l’impatience et la curiosité s’étaient emparées de la masse du public, non seulement à Leipzig mais au dehors. Innombrables étaient les demandes déplacés qui nous arrivaient de toutes les parties de l’Allemagne, de Berlin, de Breslau, de Francfort, de Weimar, de Halle, de Schwerin, etc. Il suffira d’ajouter que la location d’avance pour la

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première série des représentations avait dépassé la somme de quarante mille marks.

Les 28 et 29 avril, les deux premières parties de la tétralogie se déroulèrent donc au milieu de l’enthousiasme général. J’avais tenu la promesse que j’avais faite trois mois auparavant, à VYahnfried.

Notre distribution était la suivante :

Le 28 avril 1878, l'Or du Rhin :

WOTAN.HERMANN KRATZE.

DONNER.FRANZ HYNCK.

FROU.WALTER P1ELKE.

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