‹ SouvenirsChapitre 13 sur 51 · LE MARQUIS PALLAVICINI 2'J · texte numérisé non relu

LE MARQUIS PALLAVICINI 2'J

rissaient à Tinstant, miraculeusement, aussitôt que le gouvernement serbe capitulait.

Aucune parole ne pourrait rendre la physionomie du marquis Pallavicini, quand il expliquait ces épisodes des relations austro-serbes, ou plutôt du martyre serbe. Sur tout son visage se promenait un sourire qui était presque un ricanement; ses yeux, très myopes, se fermaient jusqu'à devenir invisibles, et sa voix, si fluette, ' prenait un timbre méphistophélique. Il ny avait pas jusqu'au balancement de sa toute petite tête, et ses gestes courts et maladroits, qui ne répandissent une odeur de soufre.

Le marquis Pallavicini est l'antithèse du diplomate autrichien habituel. En général, ces messieurs portent beau ; ils ont une apparence qui impose aux innocents fil faut les fréquenter pour se rendre compte de leur remarquable nullité. Pour tout dire en un mot, ils ont l'air plus intelligents qu'ils ne le sont.

Pour Pallavicini, c'est tout le contraire. Il ne paye pas de mine ; il a même l'air niais. Et, pourtant, on aurait tort de se fier aux apparences. Pallavicini est, sinon une intelligence, du moins quelqu'un de très avisé, de très observateur, de très finaud. En somme, l'ambassadeur d'Autriche-

Hongrie à Constantinople est beaucoup plus fort qu'il n'en a Tair. On aurait des déboires, si, en traitant avec lui, on le jugeait d'après sa piètre apparence.

J'ai été en rapports avec le marquis Pallavicini pendant des années. J'ai causé, avec lui, des heures et des heures. De toutes ces conversations, trois seulement se présentent à mon esprit, quand je cherché dans ce long passé.

La première a rapport à la politique intérieure de la Hongrie. C'était quelques semaines avant les fameuses élections dans lesquelles le gouvernement Tisza fut battu par la coalition. Nous déjeunions ensemble chez le comte Larîsch, à Bucarest. Pallavicini croyait au succès de Tisza. Je pariai avec lui sur le triomphe de la coalition. Je gagnai haut la main. Pallavicini ne comprit jamais comment j'avais deviné juste. L'attrait de la liberté parlementaire, pour laquelle luttait la coalition, lui était absolument incofnpréhensible. Par là, il était resté un Kaiserlick.

La seconde eut lieu à Constantinople, à mon retour d'Athènes, en novembre 191 3. A la ré-

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