‹ SouvenirsChapitre 2 sur 51 · DÉCLARATION A MONSIEUR POING ARE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION A MONSIEUR POING ARE

J'arrivai à Paris le 3i décembre 191 2 au soir. J'étais en route pour Londres, où je voulais profiter du point mort auquel étaient arrivées les négociations entre les Turcs et les Balkaniques pour régler d'une manière pacifique notre diflTérend territorial avec la Bulgarie. Je comptais offrir aux Bulgares — ce qui, à cette date-là, voulait dire à la Ligue balkanique — l'appui de la Roumanie et, s'il le fallait, son concours militaire, pour forcer la Turquie à céder sur la question d'Andrinople.

Les puissances ne savaient plus que faire. On sentait que de simples notes collectives risqueraient de ne pas réussir, et, pour une démonstration na* vale, qui seule aurait sauvé la face du gouvernement Kiamil, les puissances, à cause de leurs^ jalousies et de leurs méfiances, ne pouvaient se

I, La Roumanie du jeudi a (i 5) juillet 19 1 5.

mettre d'accord. D'un autre côté, il était certain que la résistance armée de la Turquie était brisée, et même que, pour elle, lui forcer un peu la main eût été un bienfait. Si on l'avait fait alors, la Turquie aurait échappé à Enver et aux malheurs qui l'accablent.

Inutile de répéter ce que j'ai dit tant de fois, que l'idée d'une guerre avec la Bulgarie, et, partant, avec tous les Balkaniques, nos amis séculaires, me répugnait profondément. Une pareille guerre pouvait entraîner la conflagration européenne, dans laquelle nous nous seripns trouvés à côté de r Au triche-Hongrie, et cette perspective m'était tout à fait odieuse. J'y voyais l'enterrement de tout notre avenir, de tout notre idéal.

J'espérais encore que les Bulgares se rendraient compte de la situation, et s'empresseraient d'accepter mes suggestions. S'ils l'avaient fait, la paix avec la Turquie aurait été signée dans les premiers jours de janvier 191 3, la seconde guerre balkanique n'aurait probablement jamais eu lieu, et la guerre générale aurait été retardée, qui sait pour combieiî d'années.

Quel qu'eût été mon espoir pour une entente avec la Bulgarie, je me rendais compte, cependant, qu'il était possible qu'elle échouât et, partant, que

Page 1