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DÉCLARATION A MONSIEUR POINCARÉ

j'aurais besoin de l'appui bienveillant des grandes puissances. C'est pour cela que^ avant mon départ de Bucarest, j'avais annoncé ma visite à M. Poincaré, alors président du conseil.

M. Poincaré me reçut le i" janvier igiS, à 8 heures et demie du matin, — à Paris, c'est une heure absurde. Mais je devais partir pour Londres dans l'après-midi, et, à lo heures, M. Poincaré devait se rendre à l'Elysée pour les félicitations du nouvel an.

Je demandai à M. Poincaré l'appui de la France dans nos difficultés avec la Bulgarie. Il me fit les plus chaleureuses protestations d'amitié pour la Roumanie ; il me promit tout son concours ; mais, me dit-il, « mon action est naturellement limitée par le fait que la Bulgarie se trouve dans les rapports les plus cordiaux avec notre alliée, tandis que vous, grâce à votre convention militaire avec l'Austro- Allemagne, vous seriez dans le camp de nos ennemis, si jamais la guerre venait à éclater. Vous savez bien, ajouta-t-il, — et il était on ne peut plus sincère, — que nous ne voulons pas la guerre, et que nous faisons tout pour l'éviter.

Mais si nos adversaires nous forçaient à la guerre, il ne nous serait pas indifférent de savoir que vos 3oo.ooo baïonnettes se trouvent dans le camp de nos ennemis. »

Le traité entre la Roumanie et la Triple Alliance devait rester secret. Je fus donc obligé de prétendre que, moi, je ne connaissais pas ladite alliance.

Le président du Conseil français, qui savait bien à quoi s'en tenir, me demanda alors si je pouvais lui donner l'assurance que, en cas de guerre, — une guerre qui, certes, ne serait jamais provoquée par la France, — il pouvait espérer que la France et ses alliés ne trouveraient pas l'armée roumaine devant elles.

Personnellement, il y avait des années et des . années que je ne croyais pas que les Dorobantz pussent jamais se battre à côté des Honveds ; mais le i" janvier 191 3, il m'eût été impossible de prendre un engagement ferme au nom de la Roumanie.

Je me contentai de dire à M. Poincaré que je ne pouvais pas lui donner une réponse, mais que, si j'étais à sa place, j'accorderais à la Roumanie tout le concours compatible avec mes alliances et mes obligations, et je laisserais à l'avenir de me prouver si j'avais agi sagement.

DÉCLARATION A MONSIEUR POINGARÉ

Les événements de 191 3 me confirmèrent dans mes croyances. Je vis avec la plus grande clarté que ridée de faire couler le sang roumain pour la gloire du magyarisme était une telle absurdité que personne au monde ne pourrait la mettre à exécution.

Aussi, le 9 septembre 191 3, je fis une visite à M. Poincaré, devenu président de la République. Et M. Poincaré m ayant félicité pour les succès de la Roumanie, je profitai de loccasion pour lui dire :

a Vous m'avez posé, le i*' janvier, une question à laquelle je n'ai pu répondre alors. Je votis apporte aujourd'hui la réponse. Si la guerre venait à éclater, — et j'espère bien qu'une pareille calamité sera épargnée à l'humanité, — vous ne trouveriez pas l'armée roumaine dans le camp de vos ennemis.

— Est-ce que vous avez dénoncé le traité d'alliance? me demanda-t-il.

— Je ne sais rien au sujet d'aucun traité. Ce que je sais, c'est que l'armée roumaine ne se trouvera pas dans le camp de vos ennemis. De

cela je suis absolument certain. Et si je ne savais pas que, tout comme moi, vous croyez à là paix et faites tout pour la conserver, je vous dirais que les événements me donneront raison. Espérons qu'ils n'auront jamais l'occasion de le faire.

— Mais êtes-vous sûr de rester longtemps au pouvoir ?

— Loin de là. Dans deux mois, je n'y serai plus. N'importe. Ce que je vous affirme est indépendant des personnes qui seront au gouvernement. Après ce qui s'est passé cet été, personne ne pourrait faire marcher la Roumanie contre sa volonté et les exigences de son honneur et de sa destinée. »

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