I. Le Prince Lichnowsky
LE COMTE MENSDORF 8^
Rollit, à St. Ann's Hill, me demanda aussi mon avis sur la convenance d'intenter un procès en diffamation contre le journal John Bull, J'estimai la chose superflue, tant la fausseté du dof;ument était évidente. La guerre mit fin à la question de ce nouveau faux autrichien.
Toujours est-il que la presse anglaise n'était pas dans la bonne voie. Sincèrement, elle croyait que TAutriche ne désirait que la punition des assas-^ sins ; elle ne soupçonnait guère les desseins criminels des Habsbourgs.
Je me rendis vite compte que celte attitude de la presse anglaise pouvait constituer un grave ^ danger pour la paix de l'Europe. J'étais sûr que le gouvernement de Vienne, absolument incapable de croire aux motifs désintéressés et aux attitudes franches, y trouverait la trace de je ne sais quelle tendance ultra-pacifiste, et que cela r encouragerait à adresser à la Serbie des demandes déraisonnables. Je le craignais d'autant plus que j'avais appris que Sir Edward Grey ne réussissait à aucun prix à se faire donner des éclaircissements sur les futures exigences de l'Autriche.
Je me décidai donc à agir dans la mesure de mes faibles moyens.
Dans le même après-midi, je reçus chez moî^
à rhôtel Ritz, MM. Steed, directeur de la politique étrangère du Times ^ l'auteur du fameux livre sur la monarchie des Habsbourgs, Gwynne, un ami de plus de vingt-cinq ans, éditeur et directeur du Morning Post, et le professeur Gerothwohl, <jui écrit dans le Standard.
Mes amis connaissaient trop bien Vienne pour être dupes ; mais, autour d'eux, tant de monde avait été trompé par le langage mielleux du comte Mensdorf I
Je leur expliquai les dangers que courrait la paix de l'Europe, si Ton encourageait l'Autriche, dont je connaissais les dispositions belliqueuses, €t je les suppliai dans l'intérêt delà paix, de donner à l'Autriche des avertissements, — mais de les donner dans le ton très dur, le seul qui soit compris à Vienne et à Budapest. J'ajoutai que je prenais sur moi toute la responsabiUté d'une campagne que je croyais utile, non seulement à la paix, mais même à l'infortunée monarchie des Habsbourgs.
Le lendemain, et le Times et le Morning Post pubUaient des leaders plus qu'énergiques, des leaders qui dénonçaient le complot autrichien et donnaient aux Habsbourgs des avertissements qui auraient dû les arrêter sur la pente fatale, si le