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La Roumanie du mercredi 12 (26) août

2. J'ai raconte dernièrement comment le roi Garol m'avait confié le secret dans la même conversation, que l'empereur Guillaume avait décide la guerre générale » mais que cette guerre ne devait éclater que dans trois ou quatre ans. J'ai ajouté que je n'ai jamais pu apprendre si l'empereur Guillaume avait vraiment pensé à ne déclencher la guerre générale que dans trois ou quatre ans, ou bien s'il avait voulu cacher au roi Ga.rol la date de la guerre, voulant seulement le préparer à cette décision. Je penche pour cette dernière explication. Les documents nouveaux qu'on attend le prouveront. Le fait reste que le roi Ga.rol m*a dit le 9 juillet 1914 que l'empereur Guillaume avait décidé la guerre générale.

LE COMTE MENSDORF 87

Aussi quand survint l'attentat de Serajevo, je pus facilement me rendre compte de toute la gravité de la situation.

Et quand je vis que l'Autriche — c'est-à-dire que le comte Tisza, devenu dictateur de la monarchie depuis la mort de François-Ferdinand — restait impénétrable, préparant un soi-disant dossier, mais ne donnant aucune précision sur ses desseins, mon inquiétude grandit encore.

C'est dans cet état d'esprit que j'étais arrivé à Londres.

J'y trouvai une situation étrange. De la meilleure foi du monde, une bonne partie de lapressç anglaise était favorable à l'Autriche . En Angleterre, on était resté à la vieille conception de l'Autriche pacifique et nécessaire à l'équilibre européen.

Il faut dire que le comte Mensdorf, ambassadeur d'Autriche, et ses amis avaient bien travaillé. On sait que la presse anglaise est absolument indemne de toute possibilité de corruption ; mais les relations personnelles, les amitiés, jouent un grand rôle chez ces gens, d'autant plus confiants qu'ils sont plus foncièrement honnêtes.

D'ailleurs, le terrain était favorable. Les Anglais n'avaient pas encore oublié Thorreur que leur

avait jadis inspirée l'assassinat du roi Alexandre et de la reine Draga.

L'ambassadeur réalisait le type du diplomate autrichien : grand seigneur, bel homme, très peu instruit, pas dû tout intelligent, mais d'autant plus insinuant et plus fourbe. Dans les dernières semaines, il avait beaucoup cultivé les journalistes. Comme me le disait un Allemand, pacifique celui-là, il manigançait quelque chose*. Ce quelque chose était, évidemment, de faire lancer l'opinion publique anglaise sur une mauvaise piste : le soupçon que la Serbie, par une trop grande tolérance des agissements révolutionnaires, aurait eu une part de culpabilité dans l'assassinat de l'archiduc. /

Les agents du comte Mensdorf avaient eu recours au procédé habituel de la diplomatie autrichienne, au faux. Un mauvais drôle quelconque avait donné au journal populaire John Bull un soi-disant document émanent de la légation serbe' de Londres, d'où il résultait que l'assassinat de l'archiduc avait été l'œuvre du gouvernement de Belgrade. Le ministre de Serbie, M. Boscovitch, lorsque je le rencontrai chez mon ami Sir Albert

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