I. La Roumanie du mardi 4 (17) novembre
PACIFISME DE l'aNGSLETERKE gS
— qui faisait, à ce moment-là, l'œuvre utile de mettre une muselière aux penchants guerriers de son alliée, TAutriche-Hongrie, — étaient devenues des plus étroites et des plus cordiales.
Aussi, le 7 janvier 191 3, me suis-je permis d'écrire à S. M. feu le roi Garolque, étant donnée la décision inébranlable de l'Angleterre et de l'Allemagne d'empêcher la guerre européenne, j'étais certain que celle-ci n'éclaterait pas.
Mais cela, dira-t-on, c'est de l'histoire ancienne.
Eh bien, le mardi 21 juillet dernier, deux jours avant la remise de l'ultimatum autrichien à la Serbie, j'ai eu l'honnçur d'être reçu en une longue audience par Sir Edward Grey, ministre des affaires étrangères de l'empire britannique.
Je voulais l'amener à venir en aide à l'état albanais, pour le sortir de rimpassQ.à laquelle il était arrivé ; je tâchais notamment de convaincre le ministre anglais de la nécessité qu'il y avait d'envoyer en Albanie des contingents internationaux et de mettre un peu plus d'argent à la disposition du prince Guillaume de Wied.
Je faisais voir à Sir Edward Grey le côté européen des difficultés albanaises, qui, lui disais-je, risquaient d'amener de nouveau l'Autriche-Hon-
q4 souvenirs
grie à cet état de nervosité aiguë qui Tavait caractérisée pendant la guerre balkanique. J ajoutai textuellement : « Je sais qu'il ^ a des gens qui se figurent qu en tolérant l'imbroglio en Albanie, on peut arriver à un conflit entre l'Autriche et l'Italie et, par conséquent, détacher l'Italie de la Triple Alliance. Ce serait une politique à courtes vues, parce que dangereuse », me permis-je*de dire.
Et Sir Edward Grey, avec l'accent de la plus profonde sincérité, — de cette sincérité des hommes d'état anglais qui impose le respect et la confiance, — et avec une émotion rare chez cet homme de sang-froid, m'interrompit et me dit :
(( Mais je ne veux pas détacher l'Italie de la Triple Alliance, et je ne l'ai jamais essayé. J'ai toujours su que, si l'Italie quittait la Triple Alliance et passait du côté de la France et de la Russie, le groupement contraire à l'Allemagne et à l'Autriche deviendrait tellement puissant que la paix de l'Europe, qui ne reposé que sur l'équilibre des forces, serait en danger. Or, ce que je veux, c'est la paix, et je ne travaille que pour la paix. ))
Et, pour qu'on se rende bien compte de l'importance de cette confidence, je dois ajouter que,
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quelques minutes après, Sir Edward Grey me parlait de la gravité de- la situation politique, à cause du conflit austro-serbe, dont il n'ignorait aucune des possibilités, et qui, me disait-il, lui donnait d'autant plus d'anxiété qu'il lui avait été impossible d'apprendre ce que l'Autriche allait demander à la Serbie.
Ceci, je le répète, se passait quarante-huit heures avant la remise de cet ultimatum fatal, qui a été et restera une des plus tristes souillures de l'histoire européenne et, en même temps, le plus formidable coup que les petits peuples aient reçu pendant leur existence si difficile, si angoissée et si douloureuse, si on la compare à celle des grandes nations «