LE COMTE 8ZEGZEN II
Constantinople ne sont rien, lorsqu'il s'agit de conserver à la Hongrie son caractère unitaire magyar. Croyez-moi, rien n'est plus possible qu'une entente définitive et permanente entre les Magyars et les Russes. Nous, sur un des versants desCarpathes, ne regardant que vers l'Adriatique, eux, sur l'autre versant, à l'Est comme au Sud, et regardant vers la mer Noire. Et ce sera alors, pour toujours, la fin de la question roumaine, non seulement de Hongrie, mais de partout. »
Je laissai le comte Szeczen dérouler tout son rouleau. Il était furieux, et ne se rendait nullement compte de ce qu'il y avait d'étrange, pour un diplomate austro-hongrois, à parler ainsi à un ministre roumain.
Lorsque, enfin, je lui répondis ^ue je n'avais jamais douté des sentiments hostiles des Magyars envers nous, mais que, néanmoins, ses menaces ne me faisaient aucun effet parce que je ne croyais pas à la possibilité d'une alliance magyaro-russe, le comte Szeczen s'aperçut de sa gaffe, et balbutia une explication qui n'en était pas une. Comme ni lui, ni moi, n'avions aucun désir de finir par une querelle, la discussion s'arrêta là.
Szeczen m'avait, ce jour-là, révélé le fond même de l'âme magyare. Ce peuple conquérant et
Il8 SOUVENIRS
orgueilleux ne pourra jamais se résigner à vivre seulement de sa vie propre, en état national, comme TAngleterre, la France, l'Espagne ou ritalie. U entend dominer les autres nationalités, ou périr. Toute autre solution lui est impossible.
La politique actuelle du comte Karolyi n'a pas d'autre explication. C'est la même dont le comte Szeczen, dans un moment de rage, me menaçait, il y a plus de vingt ans.
Souvent ce qui paraît si nouveau est de l'ancien.
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