I. La Roumanie du mercredi a4 juin (27 juillet
LA POLITIQUE ROUMAINE l3l
On parla de la "ftoumanie, qui venait de faire un acte superflu de sujétion aux Austro-Allemands. Et tout à coup X... s'écria :
(( Plus j'y pense, moins je comprends la politique de la Roumanie. Vous n'avez aucune possibilité de devenir une grande nation, si ce n'est aux dépens de la Hongrie. Et pourtant vous êtes les alliés de la Hongrie, Car, ne vous faites pas d'illusion, l'Autriche n'existe plus. En réalité, vous êtes d'abord les alliés des Hongrois, et ensuite les alliés des Allemands. Il m'est impossible de comprendre votre politique.
— Comprenez-vous la politique de l'Italie ?. lui répondis-je.
— Certainement, répliqua X... jG'estla politique de la peur.
— Et pourquoi voulez-vous que l'Italie seule ait peur dans ce monde ? »
Y..., qui n'avait rien dit, entra dans la conversation. Il reconnut que la politique de la Roumanie était très explicable par la peur, et la conversation roula sur la profonde différence entre la Triple Alliance, ou plutôt l'Austro-AUemagne, oii il y avait unité de direction absolue, puisque Berlin seul la commandait, et la Triple-Entente, dont les liens étaient si insaisissables, et sur
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iaquelle, à cause de cela, il était si difficile de s'appuyer à ce moment-là.
(( Mais que pouvons-nous faire, demanda X..., pour vous inontrer le grand intérêt que nous portons à votre bonheur et à votre avenir ?
— Tout ce que nous pouvons faire pour la Roumanie, déclara Y..., c'est de l'aider à devenir forte, pour que, le jour où elle aura à exercer son choix dans la grande catastrophe, si jamais ce jour arrive, bien que M. Take Jonesco sache que nous désirons qu'il n'arrive jamais, la Roumanie puisse choisir en toute liberté. »
Je remerciai pour ces paroles les deux anciens ministres français, et je leur assurai que, malgré toutes les apparences d'esclavage politique de la Roumanie, malgré la sottise diplomatique qu'elle venait de commettre (la Roumanie avait fait savoir au gouvernement de Sofia qu'elle serait forcée d'intervenir, si la Bulgarie voulait profiter des troubles de Constantinople pour marcher sur la Turquie), le cas échéant, la Roumanie choisirait en toute liberté.
A présent, mes amis X... et Y... doivent voir que j'ai eu raison, et ne pas regretter l'appui que la France nous a donné en 191 3.