‹ SouvenirsChapitre 51 sur 51 · I. Je fais allusion au fait que le roi Garol était mort · texte numérisé non relu

I. Je fais allusion au fait que le roi Garol était mort

qu'il affirme que le pays a perdu un bon moment. (Applaudissements longuement prolongés.)

Enfin, Messieurs, est venu le troisième moment, le moment où la Bulgarie a jeté le masque qu'elle avait si longtemps porté, lorsqu'elle est entrée dans une action explicable peut-être par la morale du comptoir, mais qui jamais ne pourra être pardonnée.

En ce moment-là nous avions l'obligation de défendre la Serbie, je le sais, puisque je suis un de ceux qui l'ont écrit et signé. Et il y avait plus qu'une obligation, car, qu'est-ce qu'une obligation à une époque où l'on ne tient aucun campte des traités? Nous avions intérêt à défendre la Serbie.

Je connais, Messieurs, tout ce qu'on peut objecter lorsqu'il s'agit d'établir ce qui se serait passé si telle chose n'avait pas existé. Pourtant, il est difficile de dire aujourd'hui s'il est certain que, la Roumanie mobilisant en même temps que la Bulgarie, en Grèce serait resté debout le grand homme qui évidemment était plus grand que son pays, ce qui est un malheur, tout comme c'est un malheur que celui qui dirige un peuple soit plus petit que lui. (Applaudissements,)

On ne peut nier que cette possibilité existât,

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je suis même convaincu qu'il y avait là une probabilité. Or je ne crois pas qu'on ait fait chez nous tout ce qu'on pouvait faire pour cette possibilité. Je voudrais bien me tromper mais je ne crois pas me tromper.

Je vois, Messieurs, tout ce que nous avons perdu par notre inaction, alors que ndus pouvions empêcher l'écrasement de l'armée serbe, la descente des Allemands vers le Sud, alors que nous savions que les Alliés allaient venir comme ils sont venus, alors que nous étions de taille à tenir tête à l'ennemi jusqu'à l'heure qui est arrivée, — il y a ici parmi les députés un général qui a toujours affirmé cette conviction, et il n'est pas seul de son avis, -^ je vois que nous avons fait une * autre perte que le fameux encerclement matériel, je crains que nous ne soyons tombés dans l'isolement moral, qui pour moi est un danger autrement grand.

On oublie un peu trop, Messieurs, que, de nos jours, ce ne sonf plus les cabinets, mais les peuples qui dirigent la politique.

Cette heure que nous avons laissé passer était l'heure à laquelle nous pouvions, tout en luttant pour nos intérêts, pour notre idéal, rendre le plus grand service, un service que nous ne pourrons

plus jamais rendre, quelle que soit la durée de la guerre... {Applaudissements sur les bancs delà minorité.). . . Et par là gagner vis-à-vis des peuples ^ui mènent l'Europe des droits dont, demain ou après-demain, nous pourrons avoir grandement besoin, puisque personne ne peut prévoir la tournure des événements et les dangers qui peuvent nous attendre. Il était dans notre pouvoir d'éviter à la Quadruple Entente cette douleur morale : l'abandon de la Serbie. Nous seuls pouvions empêcher cela ; personne d'autre.

Dix millions de soldats à Paris valaient moins que notre armée ici. Nous seuls pouvions arriver à temps, nous seuls pouvions empêcher ce qui s'est passé, nous seuls pouvions ainsi gagner des droits dans l'Orient de l'Europe, une vraie hégémonie morale, et en même temps jouer un rôle européen, puisque nous aurions déterminé une action européenne. (Bravos, applaudissements prolongés sur les bancs de l'opposition.)

Il ne s'agit pas de panache. Personne n'a le droit de sacrifier des existences humaines pour le cabotinage politique. Mais puisque nous savons que nous devons quand même prendre part à la guerre, — au moins j'en suis convaincu, — j'aurais préféré que notre entrée en guerre coïncidât

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avec la possibilité d'un rôle européen. Je l'aurais voulu pour la petite Roumanie qui, dans ces circonstances, grâce à sa position ^ grâce à ce moment historique unique qui jamais ne se répétera, pouvait faire œuvre de grande puissance, quoique petite puissance I (Bravos, applaudissements prolongés,)

Je suis. Messieurs, tellement pénétré de ce que je vous dis que, croyez-moi, je trouve dans ma conscience comme un point d'interrogation. Je n'ai aucun doute sur les données du problème, mais je me demande : N'y a-t-il pas eu un mystère que tu ignores ? Non pas une donnée du problème, je le répète, mais un ihystère, puisque ma raison, mon jugement, ma connaissance de la situation, tout, absolument tout, m'empêche de comprendre comment, pourquoi, la Roumanie n'a pas rempli son devoir au moment de l'entrée en campagne de la Bulgarie, comment la Roumanie a pu renoncer d'une manière si inexpUcable, et à sa gloire et à sa sûreté.

Un autre moment ?

Mais y aura-t-il un autre moment? Souvent

mon jugement me fait douter, mais une passion dévorante chasse mon doute, car si je ne croyais pas que notre moment viendrait, je n'aurais pas où trouver la force de monter à cette tribune.

Je crois que l'heure va sonner, mais je demande pour cette heure-là, au lieu de l'attitude passive, qui attend les événements, l'attitude active qui prépare l'heure et la fait venir. (Applaudissements prolongés et longuement répétés,)

Lorsqu'une nation a d'aussi grandes prétentions que nous, lorsqu'il s'agit de vie ou de mort, je trouve que ce n'est pas remplir notre devoir que de rester à attendre que la chance passe devant nous ; non, il faut agir pour faire venir l'heure à laquelle nous puissions jeter dans la balance toutes nos forces, toute notre énergie. (Applaudissements prolongés,)

Car, Messieurs, veuillez vous imaginer ce que serait notre existence si la grande heure ne devait plus revenir, s'il nous fallait rester dans la situation d'aujourd'hui .î^ Vous en rendez-vous compte? Ce serait la vie dans une honte permanente, une honte qui lui enlèverait toute valeur, ce serait achever nos jours dans la plus terrible torture.

Dernièrement, un ancien ami m'a adressé un reproche. Quelques-uns d'entre nous avions pensé

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— nous avions tort, évidemment — à notre sort personnel aussi. Dans une Roumanie qui aurait fait son devoir, mais qui n'aurait pas réussi, notre devoir eût été de persévérer jusqu'au dernier souffle et de travailler avec plus d'énergie que jamais. Mais dans une Roumanie qui se serait déshonorée, comment aurions-nous pu vivre ? Et je pensai, dans un certain moment de faiblesse morale, qu'il ne nous resterait plus que l'exil. L'exil aussi nous serait impossible, car dites-moi sur quel coin du globe un Roumain pourrait marcher sans tenir constamment son regard fixé à terre .î^ (Applaudissements,)

Et maintenant, Messieurs, envisageons l'autre hypothèse.

Supposez que nos grands sacrifices — ils seront très grands — consentis en ce moment, dans des circonstances qui nous ouvrent une perspective à laquelle nous ne nous étions jamais attendus, et qui jamais ne reviendra, finissent par nous donner la Roumanie que nous rêvons.

Pensez non pas tant à son étendue territoriale, non pas tant au nombre de ses habitants, pensez à la grandeur morale de la nouvelle Roumanie,

Toute notre vie habituelle, toutes nos petites combinaisons, toutes nos querelles, qui ont épuisé^

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nos forces et ont flétri notre jeunesse, toutes ces combinaisons artificielles, derniers vestiges de Voligarchie d'une petite principauté, comme tout cela serait balayé par les grands courants qui mettront à leur place une vie nouvelle ! (Applaudissements prolongés et longuement répétés,}

Pensez au problème qu'auront à résoudre des hommes séparés depuis mille ans ; pensez quelle œuvre utile et féconde auront à accomplir les jeunes pour organiser de nouveau les fondements du nouvel état roumain 1 Je vois s'ouvrir les portes du paradis et une crainte superstitieuse me dit de fermer les yeux : c'est trop beau I (Applaudissements prolongés et longuement répétés, bravos.)

La tâche d'écrire une épopée vivante est tombée sur les épaules de notre génération, bien qu'aucune génération n'ait été moins préparée pour la vie héroïque. Nous sommes la première génération roumaine qui ait hérité sans produire.

C'est le labeur des générations passées, leurs souffrances, leurs actions guerrières aux temps des guerres, leur diplomatie à l'époque de ta diplomatie, qui ont dressé cette tribune. Le droit de parler comme nous parlons, c'est à leurs sacrifices que nous le devons. Nous n'y avons contribué en rien. (Applaudissements prolongés,)

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Notre génération ayant vécu pendant Fenrichissement trop rapide de la Roumanie, a un goût du bien-être qui ne la pousse pas à l'héroïsme. Est-ce que la vie factice de Bucarest, pendant ces dix-sept derniers mois, quand se déroule la tragédie des Roumains de partout qui meurent sous^ tous les drapeaux et souffrent toutes les invasions n'est pas une insulte à la douleur de la nation ? (Applaudissements longuement prolongés.)

Ce bruit de wagons qu'on entend même à cette tribune*, oii l'on traite des mystères sacrés de la race, ne prouve-t-il.pas aussi combien cette gênération est peu préparée pour le rôle qu'elle devrait jouer? (Applaudissements longuement prolongés,)

Et malgré tout, Messieurs les députés, le hasard a voulu que ce fût cette généra * accomplit le destin. Elle sera ou bien le fc d'un labeur séculaire, ou bien la créatric ère tellement belle que sa vision me pion l'humilité et l'éblouissement. (Applaudu longuement prolongés, bravos.)

I . La querelle pour obtenir des wagons pour Pexpoi céréales aux Austro-Allemands.

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