‹ SouvenirsChapitre 9 sur 51 · LE COMTE DE BERGHTOLD · texte numérisé non relu

LE COMTE DE BERGHTOLD

je me promenais en automobile dans Tltaliedu Nord. A Venise, je trouvai un télégramme de Sinaïa. Un ami me communiquait qu'on désirait que je m'arrêtasse à Vienne, pour y visiter le comte Berchtold. Je compris que le roi Carol croyait très proche le changement de gouvernement, et qu'il voulait que je fusse en relations personnelles avec le nouveau directeur de la politique autrichienne. J'avertis le comte Berchtold de mon désir, et il rentra de la campagne à Vienne pour me recevoir,

Nous causâmes pendant une heure. Il essaya de m'expliquer sa fameuse circulaire sur la décentralisation de l'Empire ottoman, cette circulaire qui a hâté l'explosion de la guerre balkanique, et je n'y compris rien. Il se plaignit que, partout, on s'était trompé sur ses intentions ; il s'évertua à me les faire connaître ; mais je ne compris pas davantage. Était-ce trop compliqué, ou étais-je trop borné? Je n'en sais rien.

Je lui parlai de l'état précaire de la péninsule balkanique. Je lui dis : « Si vous pouvez maintenir la paix encore deux mois, on sera sauvé. On ne commence pas une guerre de montagne après novembre.

— Pourquoi seulement deux mois ? Je sui»

certain que la paix dans les Balkans n'est nullenient menacée. Vous pouvez compter là-dessus », me répondit-il avec assurance.

A-t-il voulu me mystifier, ou bien ne savait-il rien de la vraie situation ?

Au courant de la conversation, je lui parlai de la folie des armements navals, et je lui demandai pourquoi T Au triche glissait, elle aussi, sur la même pente : « Que vous faut-il une grande flotte? Vous n'avez pas et vous n'aurez jamais de colonies ; votre commerce d'outre-mer ne sera jamais très important. A quoi bon une flotte ? Si c'est contre l'Italie que vous vous assurez, vous commettez une erreur fondamentale. Jamais vous ne pourrez vous battre contre l'Italie sur mer, non seulement parce qu'elle vous sera toujours supérieure, mais aussi parce que, dans ce cas, elle serait l'alliée de la France et de l'Angleterre, et vos dreadnoughts ne sortiraient jamais de leurs ports. Si, au contraire, vous comptez vous trouver à côté de l'Italie, elle n'a pas besoin de votre flotte i elle préférerait augmenter la sienne... D'ailleurs, ajoutai-je, je ne comprends pas l'Allemagne non plus. )) Et je lui répétai ce que j'avais déjà dit à Kiderlen-Waechter, à Berlin, quelque dix mois auparavant.

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