SUR W. LIEBKNECHT
réprouva, d'ailleurs, bientôt la politique. Liebknecht quittait peu après Berlin, expulsé, pour Leipzig (1865).
C'est à Leipzig qu'il connut Bebel (alors ouvrier tourneur),, avec qui il rédigea la Mitteldeutsche Volkszeitung ; mais ce journal fut supprimé par le gouvernement prussien, après la paix avec l'Autriche (1866). Liebknecht se risqua alors à faire un voyagea Berlin. A l'issue d'une conférence, il fut arrêté et condamné à trois mois cle prison.
Llu par le parti démocratique saxon au Parlement du Norddeutscher Bund (1867), il y siégea auprès de Schweitzer, 1 élu et le président (de 1867 à 187 1) de Y Arbeiterverein. L'année suivante, Liebknecht fondait avec ses partisans le Demokratisches Wochenblatt, tandis que Schweizter avait le Soiialdemokrat . Ce fut une lutte entre les deux journaux, entre les adhérents de Y Internationale qui venait d'être créée et ceux de YArbeiterverein .
Liebknecht et Bebel résolurent de former un parti nettement socialiste et internationaliste, bientôt appelé (à la suite du congrès d'août 1869, à Eisenach) celui des Eisenachiens {Eisenacher) ou des Honnêtes (Ehrlicher), par opposition à celui des Lassaltiens (Lassalleaner) ; la Sozialdemoktatische Arbeiterpartei était fondée et le Wochenblatt devenait le ier octobre le Volksstaat. (1)
On sait comment, en 1870, les socialistes allemands, au Reichstag, se prononcèrent contre la guerre, puis contre la continuation de la guerre, centre la proclamation de l'Empire et l'annexion
(1) Le n 2 est daté du 6 ; le Vollisstat paraissait environ deux, fois par semaine.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
de l'Alsace-Lorraine (i) . En compagnie de Bebel et de Hepner, Liebknecht fut arrêté en décembre 1870 ; tous trois comparurent au fameux procès qui se déroula à Leipzig du 11 au 26 mars 1872 ; Liebknecht était accusé de :
a i° Avoir coopéré à la fondation de ÏArbeiterpartei à Eisenach ;
20 Avoir fondé le Volksstaat ; 3° Avoir voulu, par la force, établir un état social démocratique ;
40 Avoir, par les articles du Volksstaat et des discours tenus à Brunswick, essayé d'engager le parti dans des aventures répréhensibles ;
i° Avoir fondé une association révolutionnaire ; 6° Avoir tenu des discours révolutionnaires et soudoyé des agitateurs de côté et d'autre ;
70 Avoir essayé de détourner les soldais de leurs devoirs ;
S> Appartenir à V Internationale et avoir voué son parti à cette société dangereuse ».
Condamné, le 26 mars, à deux ans de forteresse qu'il subit, comme Bebel, à Hubertusburg, il fut élu pendant sa détention, député au Reichstag de l'Empire nouveau, par les ouvriers saxons. Il ne put siéger qu'en 1875. Les mêmes électeurs l'envoyèrent en 1879, siéger en outre à la deuxième chambre saxonne.
Au Reichstag, d'une activité infatigable, il s'éléva avec violence contre la violation du secret des lettres commise par le gouvernement, et obtint sur ce point une enquête (mars 1877). La Sozialistische Arbeiterpartei Deutschlands avait
(1) Aux élections parisiennes du 8 février 1871, une liste ouvrière portait le nom de Liebknecht (Lissagaray, Hist. de la- Commune de z'Sjif p. 70).
SUR W. LÏEBKNECHT
été, entre temps, fondée au congrès de Gotha (27 mai 187s) dont le programme radical-socialiste dépasse celui d'Eisenach et où le parti s'unifia. Le Volksstaat devint alors le Vorwcerts, que dirigea Liebknecht jusqu'à sa mort.
Le parti unifié fit alors de rapides progrès ; il possédait, en 1877, 41 journaux politiques avec 150.000 abonnés et le journal socialiste illustré Neue Welt avait déjà un tirage de 35.000 exemplaires.
Mais, le 21 octobre 1878, à la suite des attentats de Hœdel et Nobiling, arriva le Socialistengesetz « contre les efforts, d'un danger général, des socialistes » {gegen die g emeingefœhr lichen Bestrebxingen der Soiialisten) qui supprima toute la presse du parti. La lutte redevint terrible contre Bismarck; Liebkneckt, sans perdre courage, fonda le Sozial demokrat à Zurich et continua sa propagande, de la tribune même du Reichstag, se montrant à toute occasion l'adversaire acharné de la Prusse et de son gouvernement. (1)
11 fut aux congrès de Wyden, en Suisse (août 1880), de Kopenhague (1883) et de Saint-Gall (octobre 1887).
De 1880 à 1890, tant que dura le petit état de siège à Leipzig, Liebknecht, en compagnie de Bebel, alla s'établir à deux heures du « Petit Paris », à Borsdorf.
Elu le 8novembre 1881, par les électeurs de Mayence, son mandat fut souvent interrompu à la suite de délits de presse et d'offenses incessantes au chancelier de l'Empire(i882 et 1883). Non réélu
(i) « C'est un fanatique adversaire delà Prusse, dit le Meyers î exihon (XI, 3 32) ; et il a imprimé à la Sozialdemokratie un caractère antipatriotique, »
NOTICE BIOGRAPHIQUE
aux élections générales du 21 février 1887, une élection complémentaire à Berlin le fit rentrer, dès-le 30 août, au Reichstag.
Entre temps (1886), il fit un voyage travers l'Amérique du Nord, dont il a laissé une relation.
La Sozialdemokratie ne cessait cependant de faire des progrès, si l'on en juge d'après les chiffres obtenus aux élections du Reichtag par ses candidats :
En 1871, elle recueillit 124.655 voix.
En 1874, — 340.078 — (6,5 0/0 des vo-
tants).
En 1877, 481.008 — et 12 élus (8,
7 0/0 des votants) . 1
En 1878 (malgré la dissolution du Reichstag) — 420.66 voix et 9 élus (7, 3 0/0 des votants).
En 1881 (malgré le Sozialistengesetz), 335-30/ voix et 12 élus .
En 1884, ~ 5°7-798 voix et 24 députés (S, 7 0/0 des votants).
En 1887, — 673.283 voix et 11 députés (8, 9 0/0 des votants)
En 1890 (après l'abrogation du So;Jalistengesetz),
1 323.200 voix et 35 députés (18, 1 0/0 des votants).
En 1893,-1.786.783 voix et 44 députés (23, 2 0/0 des votants).
En 1898, — 2.107.076 voix et 56 députés (27,
2 0/0 des votants).
La loi contre les socialistes ayant été rapportée (30 novembre 1890) après la chute de Bismarck, le parti se réorganisa au congrès de Halle (12- 18 octobre) suivi de celui d'Erfurt (14-20 octobre 1891) où un nouveau programme fut rédigé dans le sens marxiste ; il a aujourd'hui plus d'à-