‹ Soyez des hommesChapitre 1 sur 50 · PARIS P. LETHIELLEUX, LIBRAIRE -ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS P. LETHIELLEUX, LIBRAIRE -ÉDITEUR

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Être un homme, vois-tu, c'est triompher du doute,

Cet ennemi mortel, frère du désespoir.

C'est marcher jusqu'au bout, ferme et droit sur la route

Qui mène à la vertu, passant par le devoir.

C'est garder le front haut, aux jours de la détresse.

C'est porter sans faiblir, l'âme grande en tout lieu.

C'est nourrir dans son sein la force et la tendresse.

C'est aimer ses parents, sa patrie et son Dieu,

C'est rechercher toujours l'épine avant la rose.

Être grand dans la paix, vaillant dans le combat.

Donner son bras, son sang, à la plus noble cause.

Prier, parler, aimer: être apôtre et soldat!...

(Paul Véron. — Poésies, page 38.)

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. Ce sont Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front, Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime. Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime, Ayant devant les yeux, sans cesse, nuit et jour, Ou quelque saint labeur, ou quelque grand amour.

(Victor Hugo.)

]] n'y a plus d'hommes!

// /7'y a plus d'hommes!

Le spectacle du monde contemporain n'est pas fait pour nous donner une haute idée de sa vertu. Qu'y voyons-nous ? Des hommes prosternés à deux genoux devant la fortune^ adorant ses moindres caprices; des âmes immortelles, destinées à être le tabernacle de Dieu et à porter sur leur front un ra^^on de la divinité, roulant, pêle-mêle avec toutes les infamies, dans le torrent fangeux des passions; des consciences tournant au moindre souffle du vent et jetant sans scrupule par- dessus bord tous les principes de la justice et de l'honnêteté ; des chrétiens abandonnant lâchement la foi de leurs pères par crainte d'un sourire ou d'une parole de mépris. Allez dans le monde politique, vous y rencontrerez des hommes se livrant à d'inavouables agissements, obéissant à l'opinion et se laissant entraîner à des actes méprisables où sombre ce qui leur reste de dignité. Pénétrez dans nos salons mondains et dans nos clubs en vogue et faites le bilan de ce qui s'y passe : paroles déshonnêtes, pro-

pos scandaleux et méchants, fréquentations suspectes, voilà ce qu'il faudra chaque jour écrire au tableau. Ailleurs, dans le commerce et l'industrie, on n'entend parler que d'agiotages, de manoeuvres frauduleuses, d'usure déguisée, d'oppression et d'exploitation de l'ouvrier. Et s'il nous était donné de mesurer le nombre et la profondeur de toutes les misères cachées, que de compromis, que de trahisons du devoir et de la foi jurée nous découvririons 1

I^e temps où, selon la parole de l'Ecriture, « on appelle bien ce qui est mal et mal ce qui est bien », n'est-il pas venu ?

On m' accusera probablement, dans certains milieux peu clairvoyants et surtout trop optimistes, de noircir le tableau à plaisir. C'est possible, mais j'ai l'intime conviction que ce que je viens d'écrire n'est qu'une peinture bien infidèle des mœurs de ce temps qui semble n'obéir qu'au plaisir ou à l'intérêt.

Dans vos conversations, qu'alimentent presque exclusivement la grande presse à nouvelles ou les potins de la rue, est-il question d'autres choses que d'âmes en détresse, de familles qui se dissolvent, de scandales qiii éclatent, de crimes qui se commettent ? Dans vos théâtres ne met-on pas en scène, et cela aux applaudissements de la foule, les pires vices de notre époque ? Depuis quelques années ne s'est-il pas trouvé parmi nous de courageux moralistes qui, dans des livres documentés, ont, malgré l'indifférence béate des uns ou les murmures intéressés des

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