‹ Soyez des hommesChapitre 10 sur 50 · LA CONNAISSANCE DE SOI-MEME Ç)I · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE DE SOI-MEME Ç)I

attentive, c'est à fond de cale, près de cette fissure mal fermée, par laquelle une voie d'eau s'est déclarée tout à l'heure et peut se rouvrir encore. Quelqu'un s'y tient en permanence, prêt à manœuvrer la pompe au premier signal. Notre point faible, cause déjà de plus d'une avarie, peut-être même de naufrages, c'est notre passion dominante. C'est sur elle que nous devons toujours avoir l'œil ouvert.

Voilà la première partie de l'examen de conscience : c'est une sorte de constatation ou mieux de confrontation de chacune de nos actions avec la loi de Dieu, avec notre idéal.

Si nous avons le bonheur d'enregistrer des victoires sur nos passions, si pendant le jour nous nous sommes conduits en hommes d'honneur et en vrais chrétiens, réjouissons-nous. Ne soj^ons pas de ceux qui, sous prétexte d'humilité, ne veulent jamais voir le bien qui est en eux. Soyons-en fiers, et aussitôt, avant tout retour sur nous-mêmes, faisons-en remonter la gloire à celui qui en est le véritable auteur, à Dieu, sans l'aide duquel nous n'aurions jamais pu l'accomplir. Il faut, nous ne le nions pas, éviter de s'enorgueillir. L'orgueil, qui jette l'homme hors de sa place et fait de lui un déraciné, est funeste. L'expérience nous montre qu'on n'est jamais plus près de faire une sottise qu'au moment où on s'applaudit trop fort d'un succès.

Si au contraire, et cela arrivera souvent, vous devez constater beaucoup de fautes et de manque-

ments, votre devoir est alors de vous humilier, de regretter sincèrement les défaillances de votre volonté et de vous imposer une pénitence suivant la nature de la faute. Vous avez, par exemple, outragé dans votre corps la belle vertu de pureté, pourquoi, afin de dompter ce corps rebelle, que l'on doit traiter en esclave et qui ne redoute que les coups, ne lui donneriez-vous pas une vigoureuse discipline. Pour vous punir de vos écarts de langage, de vos trop faciles médisances, imposez- vous quelques minutes de silence. Vous avez manqué de sobriété dans le boire ou dans le manger, abstenez vous pendant un certain temps de l'usage du vin, des liqueurs ou d'autres aliments.

Ne criez pas à l'exagération et ne supposez pas que mon intention est de vous ramener aux pratiques austères des vieux moines de la Thébaïde. Ces solitaires, et après eux tous les chrétiens qui les ont imités, en agissant ainsi, nous montrent qu'ils avaient une profonde connaissance de la nature humaine. C'est une loi psychologique que toute douleur attachée volontairement à une faute nous détache de celle-ci, rend son image moins agréable, et lui enlève ses attraits.

Dans la seconde partie de votre examen^ vous devez vous mettre résolument en face de l'avenir.

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Pour assurer cet avenir que vous voulez meilleur, // est indispensable de prendre des résolutions. Je sais que ce mot fera sourire beaucoup de mes lecteurs. Ne s'imagineront-ils pas que je m'égare et ([ue je les traite comme les fillettes de nos pensionnats. Quoique vous puissiez en penser c'est là une chose nécessaire dans la vie morale. Le mot peutêtre vous gêne, il fleure trop la mystique. Qu'à cela ne tienne; appelez la chose comme il vous plaira, pourvu que vous l'admettiez, le reste m'est parfaitement égal.

Vouloir ce qui est nécessaire pour éviter le mal ou pratiquer le bien est une condition indispensable pour tout progrès moral. Sans ce but marqué d'avance, sans ces moyens choisis pour l'atteindre, vous resterez livrés aux poussées aveugles de l'instinct, aux caprices des impressions ; vous piétinerez sur place ou vous vous enlizerez plus à fond dans de déplorables habitudes.

Pour qu'une résolution soit efficace, il ne suffit pas qu'elle ait la forme de résolution, mais elle doit avoir certaines qualités. C'est , avant tout, la précision. Il faut qu'elle montre très exactement ce que l'on veut. Il est à craindre que le jeune homme qui se dit intérieurement, même avec beaucoup de sincérité : je serai vertueux, ne fasse rien pour le devenir. C'est trop vague. Dites plutôt : Je veux acquérir telle vertu : la pureté. C'est plus clair. \^ous vo3'ez aussitôt à quoi vous vous obligez : au

respect de votre corps et de votre âme; non seulement à ne pas commettre d'actions impures, mais aussi à ne pas les désirer et à ne pas y arrêter volontairement votre pensée. Et étant donnés votre tempérament, vos habitudes antérieures, vos fautes passées, vous voyez également sur quel point précis devront porter vos efforts. En second lieu, cette résolution doit être réalisable. Dans un bel élan de ferveur, vous vous dites : c'est une affaire entendue, je serai un saint; et dans l'innombrable catalogue des saints vous choisissez un modèle. Sans doute avec la grâce de Dieu tout est possible ; mais connaissant vos dispositions présentes, n'est-ce pas chimérique ? Aussi cette décision n'aura aucune influence pratique sur votre vie. Si au contraire vous preniez celle de vous corriger de la paresse à l'étude, ce serait plus utile, parce que plus immédiatement réalisable. Devenir un travailleur, n'est pas au-dessus de vos forces. En troisième lieu, cette résolution doit vous apparaître comme nécessaiy. C'est ce qu'il faut faire dans les circonstances présentes. Vous êtes l'esclave d'une mauvaise habitude, préjudiciable et à la santé de votre âme et à celle de votre corps. Si véritablement vous voulez retrouver la santé physique et la santé spirituelle, vous vous dites qu'il est indispensable que vous ne commettiez plus telle faute. Alors pour l'évitet vous prenez les moyens qui vous conduisent à ce résultat. Vons ne pouvez pas sortir de là. Enfin, la

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