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LA CONNAISSANCE DE SOI-MEME

ver et se ressaisir. De plus, le silence, cette grande religion des cloîtres, si favorable au recueillement et à la surveillance de ses actions et de ses sentiments, n'a-t-il pas toujours été de rigueur ?

Tous ceux, païens ou chrétiens, qui ont eu le souci sérieux de leur perfectionnement moral, avaient soin de faire chaque jour l'inventaire de leur âme. Pj^thagore obUgeait ses disciples à s'examiner matin et soir sur les points suivants : « Qu'ai-je fait ? Comment l'ai-jefait ? Ou' ai- je omis de faire? » Sénèque recommandait fortement de se poser ces trois questions : ce Aujourd'hui, de quel défaut me suis-je corrigé ? Quel vice ai-je combattu ? Quel progrès ai-je accompli? » et il affirmait que rien n'est plus beau que cette coutume d'examiner ainsi sa journée entière. Franklin avait même établi, dans son Livret des treize vertus, — • beaucoup de jeunes gens trouveront cela puéril, — une comptabilité écrite, par doit et avoir, de ce qui lui manquait et de ce qu'il avait eu en trop, des valeurs positives et des valeurs négatives, avec un compte de profits et de pertes soigneusement tenu. '^ J'espérais bien, disait-il avec la candeur naïve d'une petite religieuse, en comparant une journée avec la précédente, avoir l'encourageant plaisir de voir sur mes pages les progrès faits dans une vertu, à mesure que je débarrasserais mes lignes de leurs mauvais points, jusqu'à ce qu'à la fin j'eusse le bonheur de voir mon livret clair et net. » Fautril citer des exemples

plus modernes. Garcia ^Moreno^ le président martyr de la République de l'Equateur^ s'était fait une règle inflexible de son examen^ et on sait comment cet homme énergique tenait une résolution. « Chez quiconque a le souci d'un perfectionnement moral, dit notre poète François Coppée^ l'examen de conscience est un besoin (i). » Tout récemment M. Paul Doumer recommandait cette pratique à la jeunesse, et il n'avait pas honte de dire qu'il avait été luimême un fervent de l'examen^ vers sa dix-huitième année (2).

Quand arrive le calme du soir, et que le moment de prendre votre repos est venu, réservez-vous quelques instants où seuls, devant Dieu, vous pouvez faire le bilan de votre journée. Sur le chemin de la vertu, avez-vous avancé ou reculé ? Faites cette constatation avec une grande simplicité, mais aussi avec une entière loyauté. A quoi bon s'examiner pour se tromper soi-même ou s'excuser. Laissez parler votre conscience. Elle a été le témoin fidèle de toutes vos actions et de vos moindres désirs.

Dans cet examen, il faut avant tout éviter l'écueil du superficiel. Certaines âmes ressemblent à ces maisons où, de loin, tout semble être disposé dans un ordre parfait. Entrez, visitez en détail chaque appartement, vous constaterez de graves défauts

(i) La Bonne Souffrance, XVIII.

(2) Livre de mes Jils, p. 74,

fe tenue et de propreté. Si vous vous contentez de jeter un coup d'œil rapide sur votre intérieur, vous ne remarquerez rien de bien particulier, et la conclusion sera infailliblement celle-ci : aujourd'hui j'ai été, comme à l'ordinaire, menteur, égoïste, et le reste. Ce petit refrain vous pourrez, sans beaucoup de variantes, le fredonner chaque soir. Xe vous imaginez pas alors avoir fait un examen de conscience. Vous avez simplement perdu votre temps. Ne craignez pas d'entrer dans le détail. Qu'aucun des sentiments qui se sont fait jour dans votre cœur et des passions qui l'ont agité ne vous échappe. Allez jusqu'au mobile de vos actions, afin de bien connaître la cause de vos défaites ou de vos victoires.

Certains ne font porter leur examen que sur les fautes graves. Que l'on permette cela à ceux qui ne fouillent leur âme qu'à Pâques humblement, je l'accorde, mais pour ceux qui font chaque jour cet examen, c'est inadmissible. Si vous négligez les petites choses, vous n'aurez pas souvent, il faut l'espérer, matière à examen, nos vies n'étant d'ordinaire qu'un tissu de mille petits riens. Xe savezvous pas que les fautes légères peuvent avoir de graves conséquences ? Ce sont, d'après la Sainte Écriture, les petites infidélités qui amènent les grandes.

Il existe en France des monuments historiques ; vieilles reHques du passé qui sont pour les gêné-

rations présentes, en même temps qu'une gloire précieuse, une perpétuelle leçon de foi et d'énergie. On veut conserver contre les morsures du temps ces édifices qui ont échappé aux destructions impies des révolutions. Pas une pierre ne s'en détache qu'aussitôt des inspecteurs ne la fassent remplacer. Aussi ces monuments constamment réparés défient les siècles. Toute faute légère est une pierre qui se détache de notre édifice moral. Laissez ces destructions partielles se multiplier ; un jour, sous l'effort d'une violente tempête, tout s'écroulera. Qui spernit jnodica paulatim decidet. Vous ne veillez pas aux chutes légères, à bientôt la ruine.

Il est un point sur lequel il faut fixer notre attention et qui doit nous retenir davantage au moment de l'examen. Tous nous avons une passion dominante^ véritable tyran intérieur qui ne cherche qu'à nous asservir. Pour les uns, c'est la cupidité ; pour les autres, l'orgueil; pour le plus grand nombre des jeunes gens, c'est la sensualité. Il faudra découvrir cet ennemi domestique, mesurer exactement quelle influence il exerce sur notre vie. C'est contre lui que nous devrons diriger tous nos efforts, car c'est de lui que viennent les principales lacunes de notre vie morale. Le navigateur qui fait voile dans des parages dangereux, sur un navire déjà avarié, surveille les récifs, observe le vent et les étoiles ; mais où sa vigilance est particulièrement

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