LA CONNAISSANCE DE SOI-MEME
lument jusqu'à ce que vous so3^ez complètement m^tre du terrain. Votre âme pouvant ainsi tendre tous ses efforts vers ce but unique, est plus forte. « Si chaque année, dit l'auteur de l'Imitation, vous extirpiez un seul défaut, vous seriez bientôt parfait. » Franklin emploie une très belle image pour nous montrer la nécessité de circonscrire notre champ d'action. Il compare l'âme au jardin. « Le jardinier, dit-il, n'entreprend point d'arracher toutes les mauvaises herbes à la fois ; il travaille sur un seul carré d'abord, et, a3'ant fini, du premier passe à un second. )) C'est la grande loi de la divison du travail, applicable dans la vie morale comme dans l'industrie. « Sautiller de vertu en vertu, comme l'oiseau de branche en branche, écrit saint François de Sales, n'est pas pour faire un long voyage. » Il en donne la raison en son gracieux parler. « Quand les abeilles voltigent sur trop de fleurs, elles font I moins de miel que quand elles s'arrêtent longtemps sur quelqu'une.... Choisissez donc, conclut-il, une vertu particulière et vous adonnez bien fort à son exercice, et vous verrez que vous avancerez beaucoup » (i). ^
Il faut vous mettre en garde contre un danger redoutable : le découragement, cette mort de la virilité, selon le mot du Père Lacordaire. A la vue de l'apparente inutilité de vos efforts vous serez
■ ^ (l) Esprit de saiiil François de Sales, XI» partie, sect. XXV.
peut-être tenté de dire : A quoi bon tout ce travail, puisque je ne deviens pas meilleur. C'est chaque jour à recommencer^ et il me semble qu'au lieu de faire des progrès dans le bien, je suis plus lâche qu'autrefois dans cette lutte contre mes passions. Pourquoi combattre si je dois être un perpétuel vaincu ? Xe faut-il pas mieux en prendre son parti, se laisser vivre en attendant des temps plus propices ?
En entreprenant cette œuvre de votre formation morale, espériez-vous atteindre la perfection dès le premier jour ? La réalité s'est chargée de dissiper cette naïve illusion. Vous voyez maintenant qu'au moins en règle générale, une résolution ne suffit pas pour amener un changement complet de vie. Vous êtes retombé dans les mêmes fautes, qu'y a-t-il d'étonnant à cela. Vous n'avez pas changé de nature et vous subissez encore l'influence néfaste d'habitudes antérieures qu'il faudra déraciner et remplacer par d'autres. C'est un travail qui demande beaucoup de temps, de patience et d'énergie. « Relevez votre cœur quand il tombera, dit le saint évêque de Genève, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la reconnaissance de votre misère, sans vous étonner de votre chute, puisque ce n'est pas chose admirable que l'infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. »
« Lorsqu'un voyageur, en route vers les sommets d'une montagne, tombe dans une fondrière, sa chute