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n'a point nécessairement de conséquences fâcheuses aussi longtemps qu'il conserve la ferme volonté de continuer son ascension. S'il se hâte de secouer la boue de ses vêtements et de reprendre avec un courage nouveau sa marche interrompue, son aventure ne fait que lui procurer pour l'avenir une plus exacte appréciation des difficultés du chemin. Au contraire son accident se convertit en désastre, s'il vient à penser que la vallée est aussi intéressante à explorer que le sommet, que la fleur commune de la prairie est aussi précieuse que l'edelweiss, et que sa chute prouve simplement qu'il n'était pas fait pour gravir les pentes difficiles. Ainsi en est-il des défaillances de notre conduite : la valeur sociale d'une faute s'apprécie en raison des dispositions morales qu'elle engendre chez le coupable. Aux uns elle sert à mesurer leur misère et leur faiblesse, et comme ils veillent à entretenir en eux-mêmes la claire vision du bien et le souhait d'une vie meilleure, elle leur est une occasion de s'exciter à plus de vaillance et à plus de générosité. D'autres, au contraire, désertent la lutte, recherchent les excuses et les arguments débilitants, puis, peu à peu, l'accoutumance produit en eux comme une seconde nature, faite de perversité et de bassesse. Ce n'est plus le courage qui leur fait défaut, ils ont perdu la conscience de leur misère, ils ne désirent plus le bien et ils en viennent à construire je ne sais quellesr-doctrines avilissantes qui légiti-
ment leurs actes et semblent leur donner un fondement rationnel. »
Donc pas de découragement. C'est une faute nouvelle ajoutée à une autre et dont les conséquences sont souvent plus désastreuses que la chute elle-même ; si vous laissez la tristesse envahir votre cœur, le peu de force qui vous restait s'évanouira, les fautes s'accumuleront et vous aurez plus de peine à sortir du bourbier. Vous avez échoué une fois, dix fois, mais recommencez encore, vous serez peutêtre plus heureux. Le mot du fabuliste sera vrai pour vous :
D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien, Puis enfin il n'y manqua rien.
Alors même que votre vie ne serait qu'un perpétuel recommencement des mêmes efforts, vous ne l'auriez pas perdue. Un jour viendra où la paix promise aux hommes de bonne volonté vous sera accordée.
Vous connaissez l'histoire d'un célèbre conquérant tartare Tamerlan. Il tenait conseil après un combat malheureux. Tous ses lieutenants opinaient pour la retraite. En les écoutant, il avait vu le long de sa tente monter une fourmi, trois fois d'une chiquenaude il l'avait jetée par terre; trois fois, sans perdre un instant, elle s'était remise à la tâche ! « Cette fourmi, dit-il, est plus sage que nous, et elle nous a marqué notre devoir : quand on est
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tombé, on se relève ; quand on a reculé, on avance ; quand on est vaincu, on recommence la bataille. En avant ! )) Oui, en avant ! car si on se ressaisit et que de nouveau, mais plus vigoureusement, on attaque l'ennemi, on peut encore gagner une victoire, la journée n'est pas finie.
C'était à Marengo. Le jour était déjà avancé quand, après avoir lutté depuis l'aube, Bonaparte se vit obligé de battre en retraite pour la première fois. Tout à coup Desaix arrive avec des troupes fraîches. « La bataille est perdue, lui crie le premier Consul. — Perdue ! répond le général. Et tirant sa montre : « il n'est que deux heures, dit-il, nous avons le temps d'en gagner une autre. )> Sur cette parole, aussitôt voici l'armée française qui reprend l'offensive. La bataille qui, à deux heures, était une défaite, se trouva être, à neuf heures, la grande victoire de la seconde campagne d'Italie. Bonaparte n'avait pas désespéré de la journée (i).
(i) Ouvrages à lire et à méditer : Introduction à la vie dévote, par S. François de Sales; — La Guide du Pécheur, par Louis de Grenade; — Pratique de la perfection chrétienne, par RODRIGUEZ; — La rie intérieure simplifiée, par le P. TISSOT (Delhomme et Briguet. Paris);
Œuvres spirituelles, de Faber (Retaux. Paris); — Vie et vertus chrétiennes, par Mgr Gay (Oudin. Paris); — La vie avec Dieu, par le T. R. P. Falxillox, g. p. (Lecoffre. Paris); — Les Dons du Saint-Esprit, par le T. R. P. Gardeil, O. p. (Lecoffre. Paris).
L'amitié chez les jeunes gens.
L'amitié chez les jeunes gens.
L'amitié, dit-on, est une chose nécessaire. Que cette affirmation ne vous étonne pas. Je la trouve formulée un peu partout, dans les ouvrages des philosophes comme dans ceux des mystiques. A chanter ce besoin du cœur humain, nos poètes ont écrit leurs plus belles pages.
Si l'amitié est nécessaire à tous, elle l'est bien davantage à la jeunesse; à cet âge où l'isolement est insupportable et où l'on a tant besoin de confident ; à cet âge où le cœur rempli de fougue et d'ardeur ne peut jeûner longtemps et où, à défaut d'affections saintes, il se repaît si facilement d'amours sensuelles; à cet âge où le découragement s'empare si rapidement d'une âme aux prises avec les difficultés de la vertu et où l'on sent si souvent le besoin d'être encouragé. L'ami sera cet ange gardien qui nous protégera contre le vice et contre notre propre cœur ; il sera ce bon Samaritain qui, aux jours de tristesse et de chute, viendra nous consoler et nous relever ; il sera aussi cet éveilleur
d'énergie qui nous poussera toujours plus avant et toujours plus haut.
On raconte qu'à vSparte l'amitié faisait partie de la législation. L^'curgue avait ordonné à chaque guerrier de se choisir un ami parmi ses compagnons d'armes. Ils devaient marcher ensemble au combat, veiller l'un sur l'autre^ s'exhorter à rendre la patrie victorieuse. Si l'un d'eux tombait sur le champ de bataille^ l'autre protégeait le cadavre et le ramenait sur son bouclier dans la terre des aïeux.
Jeunes gens qui entrez dans la vie, beaucoup de difficultés vous attendent, vous ne l'ignorez pas. Il faudra lutter vaillamment pour conserver votre cœur pur, votre volonté sans défaillance. N'allez pas seuls au combat. Faites-vous des amis qui seront, sinon toujours à vos côtés, du moins toujours dans votre cœur, et qui, par leur affection, par leurs conseils et par leur souvenir, vous aideront et finalement vous rendront victorieux.
L'amitié, c'est, d'après le P. Lacordaire, le mariage de deux âmes qui s unissent pour accomplir le travail de la vie. Quel est-il ce travail de la vie, sinon le développement de tout être dans le beau, dans le vrai et dans le bien. Notre but, c'est d'aller à Dieu toujours plus pleinement. Nous aimons, ce n'est pas pour rechercher, comme de vulgaires égoïstes, notre bien à nous, mais pour procurer le bien de celui qu'on aime. Or, le plus grand bien, le seul bien qui puisse satisfaire pleinement les plus nobles aspi-