IV.— SPA.— ASPECT GÉNÉRAL
est permis, que dis-je, permis? il leur est ordonné de par toutes les facultés de se faire belles, parées, souriantes. On boit trois petits verres d’eau, mais aussi on fait trois grandes toilettes par jour ; on se proniène pour se délasser du cheval, on monte à cheval pour se reposer de la voiture; le spectacle est le bien-venu après le bal; le bal est l’avant-coureur du concert.
« Le soir, après le dîner, qui n’est pas toujours dépourvu de quelque beau coq de bruyère, tué au vol dans ces bruyères, la Redoute s’illumine, les portes s’ouvrent à deux battants pour le bal, pour le jeu, pour le concert, pour la causerie. C’est l’usage d’y aller chaque soir, et l’on s’y trouve dans la meilleure compagnie, car, c’est une des vieilles habitudes de ces réunions , on n’y reçôit que les honnêtes femmes ; plus d’un miracle de beauté fraîchement débarqué de Paris ou de Londres, toute chargée des modes les plus nouvellès, se voit poliment refuser ces portes hospitalières. Vous êtes élégante et jolie, vos yeux sont les plus brillants du monde, et vous dansez comme dansait M“* Taglioni , c’est très-bien fait, mais vous n’entrerez pas dans ce salon; portez plus loin vos feux et vos flammes. Ce n’est pas nous qui vous renvoyons à vos conquêtes, ce sont nos usages un peu champêtres, c’est la loi qui a été faite par le dernier cardinal-évêque de Liège, le môme évêque pourtant qui a fait placer dans ce bal les statues de Vénus et des Grâces, de Psyché et de l’Amour, le même évêque. Mademoiselle. — Et la dame, après avoir fait la moue à cette loi quelque peu bégueule, s’en va en maudissant ce village.
« Cette rigueur pour les beautés vagabondes n’empêche pas les bals de la Redoute d’être charmants. Quatre ou cinq royaumes y sont représentés par de très-jeunes et jolies personnes, qui dansent avec toute l’innocence de leur âge. Les grandes coquettes y sont tolérées, mais il faut qu’elles soient parfaitement coquettes. Le salon est éblouissant de lumières et de parures ; l’orchestre est dansant que c’est un plaisir.