IV.— SPA.— ASPECT GÉNÉRAL
matin soupire doucement. A cet enivrementde tousles sens a succédé le grand silence d’une maison inhabitée! Rien n’entre plus dans ces demeures splendides, sinon le chant de l’oiseau et le rayon du soleil. Toute autre fête a disparu, cédant la place à la fête éternelle. Semblable à tous les rois de l’Europe moderne, le jeu a diminué, et de beaucoup, le nombre de ses serviteurs, le train de sa maison, le taux de sa liste civile. A la fin du siècle passé, trois palais lui suffisaient à peine dans ce village de Spa; une seule maison lui suffit aujouVd’hui: il cherchait le bruit, l’éclat, les folies; il avait chaque matin mille histoires à raconter de fortunes subites , de désastres éclatants , de chances incroyables : tel, passant de la livrée à l’éclat du prince ; tel autre, riche hier, obligé de tendre la main huit jours après. Le jeu avait des caprices étranges, des fantaisies fabuleuses ; il faisait des princes, il faisait des mariages, il donnait des dots aux filles nubiles ; il ne haïssait pas, autour de son hôtel somptueux, les chevaliers errants de Saint- Louis et de l’Éperon d’Or, les joueurs mal famés et les ceintures brodées des bals de l’Opéra. C’étaient des bruits à ne pas s’entendre, c’était un pêle-mêle équivoque de tous les tumultes. Ah 1 si ces plafonds pouvaient parler, si ces jardins pouvaient jaser, si seulement ces vieux arbres n’avaient pas recouvert, de leur écorce sévère, tant de chiffres entrelacés, on écrirait une belle histoire des Mille et une Nuits.
« .... A Spa, ajoutait M. Jules Janin, la vie se passe au grand air, au grand jour, à cheval, à pied, en voiture, en causerie, en douce flânerie. On a un' jour de plus, c’est vrai; mais un jour si léger à porter ! Dans le nombre de vos années, ce n’est pas celui-là qui peut compter. Dieu merci ! Jours supplémentaires et bénignement octroyés par la Providence qui sait notre compte. Ce qu’on fait duratit ces vingt- quatre heures? On l’ignore, et c’est tout dire. Les malades? à Spa, il n’y a que des gens qui sont guéris. Ces belles malades viennent se guérir, par le bal, d’avoir trop dansé l’hiver, par le chant, d’avoir trop chanté; il leur