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Charlemagne, qui eut toujours une prédilection particulière pour Aix-la-Chapelle, en fit ia seconde ville de son empire ; par son ordre cette inscription fut gravée audessus de l’entrée de son palais :
Hic sedes regni trans Alpes habeatur, caput omnium provinciarum et ciritatum Galliæ.
Que cette ville soit regardée comme le siège de l’empire au delà des Alpes , et comme la capitale de toutes les provinces et cités de la Gaule.
Enfin, il décida que les empereurs d’Allemagne y seraient désormais couronnés, et, de 814 à 1531, elle a vu couronner et sacrer trente-sept empereurs et onze impératrices. Ferdinand P'fut le dernier; Charles-Quint, l’avantdernier. Depuis, le couronnement des empereurs d’Allemagne s’est fait à Francfort.
Ravagée par les Normands en 891, rebâtie par Othon III en 936, incendiée en 1224 et en 1226, inondée et prise en 1247 par l’empereur Guillaume, comte de Hollande, Aixla-Chapelle, qui avait efiFacé peu à peu les traces de tous ces désastres, obtint, en 1356, de l’empereur Charles IV, la confirmation de scs privilèges considérablement étendus. L’année suivante elle acquit le droit de s^entourer de murailles et de fossés, eu sa qualité de ville libre impériale. Elle atteignit alors à un tel degré de prospérité, que sa population s’élevait , dit-on , à 100,000 h. De 1570 à 1576, la peste y causa de grands ravages, et quelques années plus tard, la Réforme y suscita de violentes discussions civiles. En 1598, l’empereur Rodolphe II la mit au ban de l’empire, parce que les protestants s’y étaient emparés du gouvernement; de 1614 à 1616, les protestants en furent expulsés ; ils allèrent transporter ailleurs les branches d’industrie (surtout des fabriques de drap) qui avaient rendu Aix-la-Chapelle si riche et si célèbre. Ce fut une perte irréparable. Les habitants partis, leurs maisons brûlèrent. En 1656, un incendie détruisit presque toute laville ; 2600 maisons , l’hôtel de ville , la cathédrale ,
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la place du Marché, etc., devinrent la proie des flamme
Prise par Dumouriez en 1792, prise et reprise depuis, Aix-la-Chapelle resta définitivement à la France, en 1794. Elle perdit alors tous les privilèges que les empereurs lui avaient accordés; mais elle devint sous l’empire le siège d’un évêché, d’un tribunal de commerce, et d’une préfecture ; elle fut le chef-lieu du département de la Roër. Occupée par les alliés en 1814, depuis 1815, elle appartient à la Prusse. En 1825, elle perdit son évêché, et fit de nouveau partie de l’archevêché de Cologne, qui fut alors rétabli. Aujourd’hui c’est le siège d’une régence, d’un tribunal provincial, d’une direction des douanes, d’une chambre et d’un tribunal de commerce, enfin d’une société d’assurances contre l’incendie. Sa population est de 50,000 hab. env., dont 5000 sont protestants.
Aix-la-Chapelle a vu se tenir dans ses murs vingt-cinq diètes de l’empire, onze conciles, et un congrès. Deux traités de paix, célèbres dans l’histoire, y ont, en outre, été conclus. La paix qui y fut signée, en 1668, entre l’Espagne et Louis XIV, assura à la France la possession de la Flandre , en la dépouillant de la Franche-Comté. Celle de 1748 termina malheureusement pour la France la guerre de la succession d’Autriche. « Louis XV, dit un historien moderne, ne demanda rien pour prix de nos victoires, rien pour nos cinq cent mille hommes sacrifiés, pour notre marine ruinée, pour 1206 millions ajoutés à la dette aationale ; il réintégra ses alliés dans leurs possessions, mais il restitua toutes ses conquêtes ; il s’engagea à ne pas rétablir Dunkerque , à chasser de son' royaume Charles- Edouard, à garantir la succession d’Angleterre dans la ligue protestante et la Pragmatique Sanction. » En 1818, les empereurs d’Autriche et de Russie, le roi de Prusse, et des ambassadeurs de Georges IV et de Louis XVIII, se réunirent en congrès à Aix-la-Chapelle pour y fixer l’époque de l’évacuation de la France.
Située au milieu d'un bassin riant et fertile, qu’environnent des hauteurs en partie boisées, eij partie cultivées,
parmi lesquelles le Louisberg et le Salvatorsberg attirent surtout l’attention, Aix-la-Chapelle formait autrefois deux villes, Ja ville intérieure et la ville extérieure, aujourd’hui réunies en une, car ses murailles ont été démolies et ses fossés comblés. Les trois ruisseaux, le Pau, la Paunelle et le Johannisbach qui l’arrosent, offrent de grands avantages aux manufactures pour le lavage des laines. De tous côtés s’élèvent de hautes cheminées, qui témoignent de son activité industrielle. Chaque année, elle voit s’augmenter le nombre de ses maisons avec celui de ses habitants. Cette prospérité croissante, elle la doit à son industrie et à son commerce (draps, aiguilles' épingles, raffineries, machines, etc.); à ses eaux minérales, qui y attirent chaque saison 3500 baigneurs env. ; à ses chemins de fer, qui permettent à un plus grand nombre d’étrangers de venir visiter ses monuments et ses reliques
Quand on connaît l’histoire d’Aix-la-Chapelle, on ne s’étonne plus'de n’y trouver, à part deux ou trois monu ments, aucun vestige de la ville de Charlemagne et des empereurs d’Allemagne. L’immense majorité de ses maisons date de la fin du xvii* siècle. Ses quartiers neufs, ceux qui avoisinent l’embarcadère du chemin de fer, sont à peine achevés. Devant l’embarcadère du chemin de fer s’étend un square-jardin, bordé à g. par les bâtiments de la douane. Les rues qui s'ouvrent sur le square descendent dans la belle rue du Théâtre, à l’extrémité inférieure de laquelle, sur la place Frédéric-Guillaume, le théâtre a été construit en 1825. Le péristyle de cet édifice, composé de huit colonnes d’ordre ionique, supporte un frontispice où sont sculptés, de grandeur naturelle, le génie des arts et les muses de la comédie et de la tragédie ; au-dessous de ce groupe se lit l’inscription suivante en lettres de cuivre :
Musagetæ Helironiadumque choro.
L’intérieur peut contenir environ quinze cents spectateurs.
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A g. du théâtre, en regardant sa façade, s’élève sur la place Frédéric-Guillaume, plantée d’arbres, la fontaine d'ÉLisK {Elisenhrunnen), beau bâtiment achevé en 1824, et ainsi nommé en commémoration du mariage du prince royal de Prusse (le roi Frédéric-Guillaume IV) avec la princesse Elise de Bavière, dont le buste ( pac Tieck ) est placé sur une console de marbre blanc. La façade , de style dorique, a 89 mèt. de long. Au milieu s’élève une rotonde de 21 mèt. de haut, dont le toit couvert de zinc se termine par une pomme de pin. De chaque côté de cette rotonde s’étendent des colonnades couvertes, qui servent de promenade par le mauvais temps. C’est là que tous les matins les baigneurs viennent boire trois ou quatre verres d’eau thermale, aux sons d’un orchestre qui joue de 6 à 8 h. L’eau qui alimente cette fontaine vient du bain de l’Empereur, par un canal de 206 mèt. de long ; malgré cette distance elle ne perd pendant le trajet que 2® 1/2. R. ; elle a encore 43® 1/2. R.
Les sources thermales d’Aix-la-Chapelle jaillissent à l’intérieur même de la ville. On en compte six principales, divisées, d’après leur position, en supérieures et en inférieures. Les sources supérieures sont : 1® la source de l'Empereur, 46® R. Elle alimente quatre établissements : les bains de l’Empereur et de la Reine de Hongrie, le bain Neuf et la fontaine Elise; 2° la source du Büchel, 46® R. , 3® la source de St-Q,uirin, 38® R., elle alimente les bains de SGQuirin et de laReinedeHongrie.Ses sources inférieures, moins chaudes et moins abondantes en gaz hydrogène sulfuré que les supérieures, sont les sources Ste-Comeilïe, 37® R. ; du bain de la Rose, 37® R., et l’ancienne TrinJcqueïle, 37® R.
Ces eaux, incolores dans un verre, verdâtres dans un bassin, d’une saveur peu agréable, mais cependant supportable, exhalant une forte odeur d’hydrogène sulfuré , se prennent en bains , en douches, et en boissons , elles sont surtout recommandées dans les maladies de la peau les rhumatismes et d’autres maladies dont
la nomenclature serait ou trop longue ou déplacée ici.
Les deux rues qui s’ouvrent de chaque côté de l’Elisenbrunnen, conduisent à la cathédrale ou chapelle, qui reçoit d’ordinaire la première visite des étrangers.
« Si l’on aborde par la façade cette historique et fabuleuse église, dit M. V.Hugo, voici comme elle se présente:
« Un portail du temps de Louis XV en granit gris bleu, avec des portes de bronze du vin* siècle, adossé à une muraille carlovingienne qui surmonte un étage de pleins cintres romans. Au-dessus de ces archivoltes un bel étage gothique richement ciselé, où l’on reconnaît l’ogive sévère du XIV* siècle , et pour couronnement une ignoble maçonnerie en brique à toit d’ardoise, qui date de ce siècle. A la dr. du portail, une grosse pomme de pin, en bronze romain, est posée sur un pilier de granit, et de l’autre côté, sur un autre pilier, il y a une louve d’airain, également antique et romaine, qui se tourne à demi vers les passants une gueule entr’ouverte et les dents serrées *. Ainsi quand on aborde la chapelle par le grand portail, le romain, le roman, le gothique, le rococo et le moderne se mêlent et se superposent sur cette façade, mais sans
t I.a légende explique ainsi la présence de celle louve nu de ce loup au seuil de celle é-liie . < Les magistrats délibcraienl sur les moyens de se procurer les fonds nécessaires pour l'achèvement de la cathédrale , quand snrvint un individu de belle apparence qui leur promit l’argent dont ils av.aienl besoin, è la condition qu’ils lui livreraient la première âme qui entrerait dans l’église après son achèvement. Les magistrats reconnurent Satan; mais ils acceptèrent son oITre. Grand fut leur embarras quand il leur fallut ouvrir l’édifice au public; heureusement, pendant qu’ils délibéraient encore , un garde de la ville vint leur présenter un loup vivant qu’il avait pris au piège. — C’est on secours du ciel, s’écrièrent- ils ; le loup sera la victime. Et, k l’ouvurture des portes, on le lança dans l’Eglise. > Satan attendait la gueule ouverte et les yeux voluptueusement fermés ; < Juges de sa rage, dit l’auteur du Rhin, quand il sentit qu'il avalait un loup. Il poussa un rugissement elTroyable et vola quelque temps sous les hautes arches de l’église avec le bruit d’une tempête. Puis il sortit enfin , éperdu de colère, et en sortant , il donna dans la grande porte d’airain un si furieux coup de pied, qu’elle s* fendit de haut en bas. » D'après M. Victor Hugo , la pomme de pin ligure la pauvre ime du loup, si stupidement mlchée par Satan.
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affinité, sans nécessité, sans ordre, et par conséquent sans grandeur.
< Si l'on arrive à la chapelle par le chevet , l’effet est tout autre. La haute abside du xiv« siècle vous apparaît dans toute son audace et dans toute sa beauté avec l’angle savant de son toit, le riche travail de ses balustrades, la variété de ses gargouilles, la sombre couleur de sa pierre, et la transparence vitreuse de ses immenses lancettes, au pied desquelles semblent imperceptibles des maisons à deux étages réfugiées entre les contre-forts. Cependant, là encore, l’aspect de Péglise, si imposant qu’il soit, est hybride et discordant. Entre l’abside et le portail, dans une espèce de trou où toutes les lignes de l’édifice s’écroulent, se cache, à peine relié à la façade par un joli pont sculpté du xiv* siècle, le dôme byzantin à frontons triangulaires qu’Othon III fit bâtir au x' siècle, au-dessus du tombeau même de Charlemagne.
« Cette façade plaquée, ce dôme enfoui, cette abside rompue, voilà la Chapelle d’Aix.... Un système de chapelles basses, rattachées à la base de la grande chapelle centrale, devait, au portail près, envelopper tout l’édifice 'dans ses articulations. Déjà deux de ces chapelles qui subsistent encore, et qui sont admirables, étaient bâties quand survint l’incendie de 1354 (?}. Cette puissante végétation architecturale s’est arrêtée là. Chose étrange, le XV* et le xvi' siècle n’ont rien fait pour cette église. Le xvin® et le xix* siècle l’ont gâtée.
« Après avoir franchi la voûte du portique et laissé derrière moi les antiques portes de bronze ornées à leur milieu d’une tête de lion, et' coupées carrément pour l’adapter à des architraves, ce qui a d’abord frappé mon regard c’est une rotonde blanche à deux étages, éclairée par le haut, dans laquelle s’épanouissent de tous côtes toutes les fantaisies coquettes de l’architecture rocaille et chicorée. Puis, en abaissant mes yeux vers la terre, j’ai aperçu au milieu du pavé de cette rotonde, sous le jour blafard que laissent tomber les vitres blanches , une
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grande lame de marbre noir, usée par les pieds des passants, avec cette inscription en lettres de cuivre :
caaoLO màono.
< Rien der plus choquant et de plus effronté que cette chapelle rococo, étalant ses grdces de courtisane autour de ce grand non> carlovingien. Des anges qui ressemblent à des Amours, des palmes qui ressemblent à des panaches, des guirlandes de fleurs et des nœuds de ruban, voilà tout ce que le goût pompadour a mis sous le dôme d’Othon III, et sur la tombe de Charlemagne.
« La seule chose qui soit digne de l’homme et du lieu dans cette indécente chapelle, c’est une immense lampe circulaire à quarante-huit becs, d’environ douze pieds de diamètre, donnée, au xii* siècle, par Barberousse à Charlemagne. Cette lampe, qui est en cuivre et en argent doré, a la forme d’une couronne impériale; elle est suspendue à la voûte, au-dessus de la lame de marbre noir, par une grosse chaîne de fer de quatre-vingt-dix pieds de long.
« La lame noire a environ neuf pieds de longueur sur sept de largeur. »
Charlemagne n’est plus sous cette pierre. En 997 l’empereur Othon III fit ouvrir son tombeau. On y trouva Charlemagne assis sur un trône de marbre recouvert de lames d’or, paré des ornements impériaux, l’épée au côté, la couronne en tête, les Évangiles sur ses genoux; le sceptre et le bouclier étaient à ses pieds; le manteau impérial recouvrait ses épaules, et la panetière de pèlerin, qu’il porta constamment dans ses voyages à Rome, était attachée à sa ceinture^ Othon fit de nouveau sceller le tombeau après en avoir retiré les objets suivants : le trône, une croix d’or, la couronne, le sceptre, le globe, le livre d’Évangiles et l’épée. Ces derniers objets, qui ont constamment servi depuis au Sacre des empereurs d’Allemagne, étaient confiés à la garde de la ville d'Aix-la-Chapelle qui, à chaque sacre, nommait une députation chargée
de porter les insignes de l’Empire au lieu du couronnement. Ils sont aujourd’hui déposés à Vienne, sauf le trône {V. ci-dessous).
Cette profanation fut renouvelée, en 1165, par Frédéric Barberousse. Lui aussi il voulut voir les restes de Charlemagne, et il viola son tombeau. L’archevêque de Cologne et l’évêque de Liège reçurent le corps, qui fut placé dans une châsse et exposé à la vénération des curieux. Le trône de marbre, déposé dans une galerie, servit depuis aux couronnements (F. ci-dessous). Quant au corps, dont on montre à la sacristie des os ou fragments d’os, on l’ensevelit dans un sarcophage de marbre de Paros {F. cidessous). On assure que tous les autres débris qui avaient disparu ont été découverts en 1817, et enfermés dans une châsse d’argent doré.
Les colonnes de marbre, de granit et de porphyre que Charlemagne avait fait venir de Ravenne et de l’Orient pour en orner la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, avaient été volées par les Français en 1794, et transportées à Paris. Restituées en 1815 , elles ont été replacées ou remplacées en 1846 aux frais du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV.
Quatre chapelles sont disposées autour de l’église, et en font partie : 1° la chapelle St-Nicolas (1433) (beau crucifix en bois) ; 2“ la chapelle Hongroise, fondée en 1373 par Louis I*'', roi de Hongrie, restaurée en 1748 par l’impératrice Marie-Thérèse; 3“ la chapelle St-Michel (1543); 4" la chapelle Ste-Anne (1449).
Le chœur, commencé en 1353, fini en 1413, a 38 mèt. de haut, 26 mèt. 66 centim. de long, et 13 mèt. 33 centim. de large. Il est éclairé par treize fenêtres de style gothique. J
Les principales curiosités de la Chapelle, les grandes et les petites reliques, la chaire, le sarcophage et le trône de l’empereur, pe se voient pas sans le payement préalable d’une somme assez forte, fixée par un tarif. Les grandes reliques ne sont même montrées qu’aux têtes cou-
ronnées. On paye, pourvoir les petites reliques, Ithal. (de 1 à 8 personnes). S’adresser à la petite porte de la sacristie qui s’ouvre à l’entrée du chœur, à dr. , sous la chaire; pour voir la chaire, le sarcophage et le trône, s’adresser au suisse, 15 sgr. (de 1 à3 personnes).
Les GRANDES RELIQUES sont exposées tous les sept ans. Dans l'intervalle il n’est fait d’exception que pour les têtes couronnées. La dernière exposition a eu lieu en 1853. Elles comprennent :
1 . La robe que la sainte Vierge portait lors de la naissance de Jésus- Christ. Elle est de coton filé, d'une longueur de l mèt. 80 cent.