Des fragments de la verge d'Âaron
15. Les trois reliques suspendues au col de Charlemagne au tombeau, un vase de cristal renfermant des cheveux de la sainte Vierge , son portrait peint par Saint Luc, et un fragment de la vraie croix.
Charlemagne avait reçu une partie de ces reliques, en 799, de Jean, patriarche de Jérusalem ; une autre partie lui fut donnée, en 800, par Haroun-al-Raschid, qui lui fit en même temps don de Jérinalem et des saints lieux; enfin le reste lui fut envoyé de Constantinople , ainsi qu'il l’a certifié lui-même dans le diplôme qu’il a délivré à cet effet.
Outre ces reliques sacrées, on montre encore, — sans supplément de prix, — dans la sacristie, des reliques qu’on peut appeler profanes, ce sont : le crâne de Charlemagne, un fragment d'os de son bras ou de sa jambe, et son cor, énorme dent d’éléphant évidée et sculptée curieitsement vers le gros b„out. On y fait voir aussi la copie exacte en argent doré de la couronne germanique de Charlemagne.
La CHAIRE, placée àl’angle du chœur, — dont les verrières de couleur ont disparu, et où la riche tombe d’Othon III, détruite en 1794, est remplacée par une pierre plate, — a tout l’aspect d’une chaire de village ; « mais quand elle se débarrasse de sa hideuse chrysalide de bois roussâtre, elle vous apparaît subitement comme une splendide tour de vermeil. C’est un prodige de la ciselure et de l’orfé-
vrerie du ii* siècle , donné par l’empereur Henri II à la Chapelle. Des ivoires byzantins profondément fouillés, une coupe de cristal de roche avec sa soucoupe, un onyx monstrueux de 9 pouces de long sont incrustés dans cette cuirasse d’or qui entoure le prêtre parlant au nom de Dieu, et dont la lame antérieure représente Charlemagne portant la Chapelle d’Aix sur son bras. » Le Rhin.
Le SARCOPHAGE de Charlemagne, enfermé actuellement dans une armoire, est un magnifique cercueil romain , en marbre blanc de Paros, sur la face antérieure duquel est sculpté, du ciseau le plus magistral, l’enlèvement de Proserpine. « Ce bas-relief est un poëme, » dit M. Victor Hugo. On n’est pas d’accord sur la destination primitive de ce précieux marbre, et sur l’emploi qu’il reçut en passant de l’Italie dans le monde barbare.
Le FAUTEUIL , le TRÔNE OU la CHAISE de Charlemagne se trouve actuellement dans la galerie qui forme le pre mier étage de la rotonde et qu’on appelle le Hochmünster. Ce fauteuil bas, large, à dossier arrondi, formé de quatre lames de marbre blanc, nues et sans sculptures, assemblées par des chevrons de fer (des plaques d’or, couvertes de sculptures byzantines et conservées dans le trésor de la Chapelle, l’ornaient autrefois), — a pour siège une planche de chêne recouverte d’un coussin de velours rouge. Il est exhaussé sur si.\ degrés dont deux sont de granit et quatre de marbre blanc. C’est sur ce fauteuil que Charlemagne resta 352 ans, de 814 à 1166, assis dans son tombeau, au haut d’une estrade de pierre à laquelle conduisaient ces quatre marches de marbre blanc. C'est sur ce fauteuil que trente-sept empereurs ont été couronnés, — de Frédéric Barberousse à Ferdinand I", — dans le Hochmünster d’Aix-la-Chapelle.
Tout près de la chapelle, sur la place du Marché, s’élève I’hôtel de ville [Rathhaus), édifice fait comme la chapelle de cinq ou six autres édifices. « Des deux côtés d’une sombre façade à fenêtres longues, étroites et rapprochées, qui date de Charles-Quint, se dressent, dit
M. Victor Hugo, deux beffrois, l’un bas, rond, large et écrasé ; l’autre haut, svelte et quadrangulaire. Le second beffroi est une belle construction du xtv® siècle. Le premier est tout simplement la fameuse tour de Granus {le général romain qui passe pour le fondateur d’Aix-la-Chapelle), qu’on a peine à reconnaître sous l’étrange clocher dont elle est coiffée. Au bas de la façade se développe un vaste escalier, composé comme l’escalier de la cour du Cheval-Blanc à Fontainebleau. Vis-à-vis, au centre de la place, une fontaine de marbre de la renaissance, quelque peu retouchée et refaite par le xviii* siècle, supporte, audessus d’une large coupe d’airain, la statue de bronze de Charlemagne armé et couronné. A dr. et à g., deux autres , fontaines plus petites portent à leur sommet deux aigles noirs , effarouchés et terribles , à demi tournés vers le grave et tranquille empereur. C’est là, sur cet emplacement, dans cette tour romaine peut-être, qu’est né Charlemagne. >
L’intérieur de cet édifice, dont on achève la restauration, mérite d’ôtre visité. La grande salle du troisième étage, dite la salle impériale, a 54 mèt. de long et 20 mèt. de large. Elle sera rétablie telle qu’elle était, autrefois , et ornée de fresques (par Rethel), en partie achevées et représentant : Ventrée de Charlemagne àPavie, la bataille de Corduba, la prise d'Irmensæule, le tombeau de Charlemagne, le baptême de Wittehind, le couronnement de Louis le Débonnaire, le départ de Rome, la chapelle et le palais de Charlemagne. On y montre en ce moment un tableau de 1717, représentant une fête donnée à Pierre le Grand. Les statues en pierre (grandeur naturelle) de Charlemagne et des trente-sept empereurs couronnés à Aix-la-Chapelle, seront placées sur les chapiteaux. Enfin, les murs seront décorés, dans les places restées libres, des armoiries de tous ces empereurs.
’ A l’étage inférieur, dans la salle des délibérations du conseil municipal et des mariages, on peut voir aussi, outre un portrait de Charlemagne, les portraits de Napo-
]ir.— DE COLOGNE A SPA.— AIX-LA-CHAPELLE. J07
léon, par Boucher (1807), et de Joséphine, par Lefeb\re (1805). Ces portraits, donnés par Napoléon à Aix-la-Chapelle, avaient été transportés à Berlin; en 1840, le roi do Prusse les fit restituer à la ville. C’est dans la grande salle que se tinrent les congrès de 1748 et de 1818. On en a enlevé, pour la restaurer, les portraits, que l’on y voyait autrefois, des ambassadeurs qui assistèrent au congrès de 1748.
La restauration de l’hôtel de ville d’Aix-la-Chapelle a été commencée avec le produit des jeux de hasard, — la roulette et le trente et quarante, — qui jusqu’en 1855 ont été tolérés dans la ville. C’était le seul établissement do ce genre existant dans toute l’étendue de la Prusse. Le gouvernement prussien, qui s’était engagé à le fermer dès que ceux des Etats voisins seraient supprimés, en défendait l’entrée aux habitants et aux ofSciers de la garnison, et il en employait les bénéfices à l’embellissement de la ville, car il le faisait exploiter pour son compte. 11 l’a fait fermer en 1855. La Nouvelle Redoute, située dans la rue appelée Comphaxisbad, et construite en 1782, renferme, outre des salles do jeu, un restaurant, un cabinet de lecture, la bibliothèque de la ville, une grande et belle salle de bal et de concert. Derrière s’étend une promenade (Bend), où se trouve une fontaine d’eau minérale et où l’on fait de la musique tous les jours de 3 h. à 4 h. 1/2. L’entrée des salons, du cabinet de lecture et de la bibliothèque n’est pas publique ; on paye
Ponr 1 jour, p»r pertonne, 4 sgr.; pour 5 j., 20 igr.; potir 10 j., 1 Ih.; pour 15 j., 1 th. 10 ift,. pour SO j., 2 th. 6 agr. — N. B. 11 y a en outre des abonnements i prix réduits pour les familles.
Les abonnés peuvent venir aux bals parés, mais non aux concerts, qui sont donnés à la Redoute. L’établissement, tenu avec soin, est ouvert de 10 h. du matin à 11 h. du soir; le cabinet de lecture, à 8 h, ; la bibliothèque de la ville, de 11 h. à 1 h.
Les autres églises d'Aix-la-Chapelle n’offrent rien d’intô-
ressant. Elles possèdent : Véglise des Augustins, un tableau de Diepenbeck, élève de Rubens ; — Véglise de St-Michel, une Descente de croix, par Honthorst ; — Véglise de St- Léonard, une Naissance du Christ, par S. de Crayer. Parmi les autres édifices publics, on ne peut mentionner que la halle au Blé (Komhaus), vieux bâtiment du moyen âge, situé près du déme et orné des statues des Sept Électeurs (xii® siècle) et Vhôpital [Krankenhaus}, bâti en 1848, entre les portes de Cologne et de Sandkaul.
Les environs d'Aix-la-Chapelle offrent de nombreuses promenades. Les plus fréquentées par les étrangers sont, outre les boulevards, celles du Louisberg et de Borcette.
Le lionisberfi' est une colline haute de 67 mèt. env. et transformée en jardin en 1807, qui domine Aix-la-Chapelle au N. Des chemins faciles et ombragés, j)raticables aux voitures, conduisent en 15 m. à son sommet, d’où ' l’on découvre une jolie vue : au S. , sur la ville et le viaduc du chemin de fer, au S. E. , sur le Salvatoraberg, avec son église blanche, Trimborn, visitée par de nom- .breux pèlerins, les ruines de Schœnforst, la route de Montjoie par Cornelimünster et le Hohe Veen à l'horizon ; ,
à l’O. , sur le bois d'Aix-la-Chapelle, le v. hollandais de Vaels; au N. , sur le Laurenzberg, le Vetschauerberg et son moulin à vent, et le Bergerwald ; et enfin à l’E. , 'sur un grand nombre de v. , le Reichswald et les plaines fertiles du pays de Juliers. Au pied de la colline s’étend le vallon de Soers. — Un obélisque a été élevé au sommet, en 1804, par les ingénieurs français pour leurs observations trigonométriques. A peu de distance de cet obélisque, on a construit un café-restaurant, le Belvédère.
Borcette» en ail. Burtscheid, — ( Hdt. : Carlshad, { bain de Charles), Rosenhad (bain de la Rose), Schwertbad (bain de l’Épée), est un b. industriel de 5000 h., situé au S. d’Aix-la-Chapelle, derrière le beau viaduc du chemin de fer de Cologne (U. ci-dessous). 10 m. suffisent pour s'y rendre. C'est une longue rue sur le penchant d’une colline très-rapide, où les maisons s’entassent et semblent se
soutenir contre la chute jusqu’au bas d’un vallon qui court de l'E. à l’O. , et qu’arrose le Warmebach. Il doit son nom à une ancienne forêt, qui était peuplée de sangliers (porcetum), du temps de Charlemagne; son existence à une abbaye de Bénédictins fondée, en 974, par Saint Grégoire, remplacée en 1222 par une abbaye de Bénédictines qui a été supprimée par le gouvernement français; sa prospérité actuelle k ses fabriques de draps et d'aiguilles et à ses eaux thermales. Sulfureuses, alcalines, ferrugineuses, ayant à peu près les mêmes propriétés que celles d’Aix-la-Chapelle , ces eaux se divisent aussi en supérieures et inférieures. Elles sont trop nombreuses pour être énumérées. La source principale, le Kochbrunntn ou fontaine bouillante, a 33® R. à sa superficie et 55® R. au fond. Elle jaillit en plein air, au milieu du bourg, dans un bassin large et profond qu’entoure une margelle. Toutes les eaux chaudes de Borcette, après avoir servi à neuf établissements de bains, vont se réunir dans un canal d’où elles se dégorgent, partie dans un étang Ijordé d’arbres, — l’étangchaud, (Warme Weiher), — partie dans un ruisseau {Warme Scheid), qui coule parallèlement à un autre ruisseau d’eau froide dont il n’est séparé que par un sentier. Chemin faisant, ces ruisseaux se grossissent de petites sources minérales et font mouvoir les roues des fabriques et des moulins. La masse entière prend alors le nom de Wurm ou rivière chaude, et va se jeter dans la RoCr.
On peut encore aller visiter : 1® derrière le Louisberg, uu joli jardin, appelé Kaisersruhe ; 2® le Salvatorsherg ; 3® le bois de chênes et de hêtres, appelé Bergerbxuch, — le bois de Pauline , sous la domination française ; — 4® Schœnforst (45 m.), sur la route de Trêves ; — 5® la Frankenburg (15 m.) (F. ci-dessus); — 6°Emmaburg, 1 h. 15 m. (F. ci-dessous); — 7® la station de Ronheide (F. ci-dessus); — 8® Trimborn (30 m.) , petit bois où l’on voit une pierre romaine ; — 9® le beau V. hollandais de Vaels (1 h.), sur la route de Maestricht, etc.
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