‹ Species des hyménoptères composant le groupe des formicidesChapitre 11 sur 234 · ESPÈCES, RACES, VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

ESPÈCES, RACES, VARIÉTÉS

qui offrent une conformation différente ; leur taille n’est pas plus grande et est souvent même plus petite que celle des $ normales, leurs ovaires sont atrophiés, mais leur thorax grand et gibbeux se rapproche beaucoup de celui des $ par le grand développement du mesonotum et la présence plus accentuée de rudiments de scutellum et d'articulations alaires. Les Formica rufa, sanguinea, rufibarbis, le Tapinoma nigerrimum et la Myrmica lœvinodis offrent des exemples assez fréquents de cette conformation. à

Ces deux catégories de formes anormales sont loin d'être toujours parfaitement distinctes et on connaît des individus qui constituent des passages entre ces deux sortes d’hybridisme ; le Temnothorax recedens en a montré à M. Forel, la Leplanilla Revelieri en a offert à M. Emery, et c’est probablement aussi à ces intermédiaires que doivent se rapporter les remarquables ‘exemplaires de Monomorium venustum Sm. trouvés par M. Abeille de Perrin dans l’une des fourmilières de cette espèce, en Syrie, et que j'ai décrits dans les Annales de la Société ento-

mologique de France.

Quelles sont maintenant les fonctions de ces diverses sortes d'individus anormaux ? C’estce qu’on n'a pu encore déterminer; leur rôle consiste peut-être à remplacer les $ dans certains cas. Toujours est-il que, d'après Huber, dont les observations ont porté, comme je l'ai dit, sur le P. rufescens, ces individus ne prennent pas part aux expéditions des &,et que M. Abeille de Perrin a constaté chez les (59) du M. venustum, des allures toutes différentes de celles des 5 et se rapprochant beaucoup plus de celles des $ ordinaires de l'espèce,

8.—Espèces,races,variétés.— Chezles fourmis la séparation des espèces présente de grandes difficultés, et rien n’est plus ardu que de décider où finit l'espèce et où commence la variété. La couleur, la taille et jusqu'à la forme sont si peu constantes que, dans une même fourmilière, on trouve des individus qui présentent, sous ce rapport, les différences les plus marquées et qu'on n’oseraitjamais réunir si l'on ne constatait tous les passa-

ges intermédiaires entre les deux extrêmes. Que l’on compare maintenant la population de deux ou plusieurs fourmilières distinctes, on y remarquera qnelquefois, indépendamment des mêmes variations individuelles dont je viens de parler, d'autres différences d'ensemble assez appréciables et sur lesquelles ont été basées beaucoup d'espèces. Mais, au fur et à mesure que s'accroît le nombre des observations et que des matériaux plus complets sont soumis à l'étude, on s'aperçoit que les caractères différentiels sont moins absolus qu'on ne l'avait cru tout d’abord, et on constate un grand nombre de formes transitoires entre deux espèces primitivement distinctes. Ces formes de transition se multiplient encore si les observations portent sur des fourmilières de provenances diverses, et l'étude des fourmis exotiques vient de nouveau accentuer l'incertitude à cet égard, car on connaît, par exemple, des espèces bien distinctes en Europe qui ont leurs intermédiaires en Amérique ou ailleurs. Si enfin, ne bornant pas nos Ctudes à l’époque actuelle, nous remontons avec Mayr (Bernsteins Ameisen) le cours des âges géologiques, nous trouverons, renfermées dans l'ambre qui nous les a conservées intactes, des quantités de fourmis qui relient entre elles plusieurs espèces en rétablissant leur filiation aujourd'hui interrompue.

Tous ces faits, on le voit, rendent la classification de nos insectes fort difficile, et, malgré les remarquables travaux de Roger. Mayr, Emery et Forel qui, dans leurs nombreux ouvrages, ont déjà élagué bien des fausses espèces, il reste encore sans doute beaucoup à faire pour donner à la science myrmécologique la précision dontelle a besoin.

M. Forel, dans ses « Fourmis de la Suisse » a proposé un système qu'il a mis en pratique dans ses ouvrages subséquents et qui, je dois le reconnaitre, offre de grands avantages. Il ne conserve le nom d'espèces que pour les formes bien distinctes et ne présentant pas entre elles de transitions reconnues. Les formes intermédiaires, mais offrant un certain degré de constance, ne sont considérées par lui que comme des races ou sous-espèces, ct il réserve le nom de variélés aux formes de passage qui ne présentent pas le degré de constance nécessaire pour caractériser une race. | |

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