‹ Species des hyménoptères composant le groupe des formicidesChapitre 10 sur 234 · DISTINCTION DES SEXES · texte numérisé non relu

DISTINCTION DES SEXES

ne cherchent pas noise à leurs voisins et ne font jamais qu’une guerre défensive. Nous verrons plus tard que d'autres fourmis d’un aspect beaucoup moins formidable {Polyergus, Strongylognathus, Formica sanguinea) ont des mœurs plus sanguinaires et font de véritables guerreS de conquête d’où elles rapportent des prisonniers sur lesquels elles se déchargent des travaux du ménage ; mais ce n'est pas ici le lieu de nous occuper de cette question, elle trouvera naturellement sa place quand nous parlerons des mœurs de ces fourmis. it

Je reviens donc à nos soldats pour constater que, dans les trois genres européens qui en possèdent, ils forment une caste bien tranchée ct qu'on ne trouve jamais d'individus intermédiaires entre eux ct les ouvrières. Dans d’autres genres, au contraire, (Camponotus, Aphænogaster), on trouve aussi de très-petites ouvrières à tête proportionnée à leur taille et de très-grandes munies d'une tête énorme, Si l’on n'avait sous les yeux que les individus extrêmes, on les trouverait si différents qu'on ne mettrait pas en doute l'existence de deux castes distinctes comme celles que nous avons constatées tout à l'heure, mais en examinant l'ensemble d'une fourmilière, on reconnait bien vite que tousles intermédiaires existent entre les petites et les grandes ouvrières et que les unes ct les autres n'ont pas de fonctions distinctes dans la colonie. On appelle done & minor les petits individus à tête exigüe et molle, et ÿ major ceux à tête grande et dure. Un fait digne de remarque c'est que le corps ne s’accroit pas dans la même proportion que la tête et que si, par exemple, une & maior est deux fois plus grande qu'une & minor, sa tête sera trois ou quatre fois plus grosse; elle sera aussi plus orbiculaire ou plus carrée tandis que celle des & minor sera plus allongée.

Chez les fourmis européennes on ne trouve jamais que les deux castes de neutres dont je viens de parler, les ouvrières et les soldats, mais chez certaines fourmis exotiques on constate quelquefois soit un plus grand nombre de castes, soit des castes ayant à remplir d’autres fonctions que celles de travail intérieur et de défense. C’est ainsi que chez le Myrmecocystus melligerus

d'Amérique, il existe une caste d’ouvrières qui vivent immobiles, serrées les unes contre les autres et accrochées à la voûte des souterrains de la fourmilière. Leur abdomen extrêmement distendu, ne présentant presque plus trace de segmentation, a l'apparence d'une vessie transparente et remplie de miel. Ces ouvrières sont doncles véritables magasins vivants de la communauté, et leur rôle,aussi utile qu’obscur,consiste à servir d’outres aux provisions pour leurs compagnes. Toutefois, comme l’a fait observer M. Forel (Mittheil. der Morph. Physiol. Gesellschaft zu München, 1880), ces individus ne se distinguent des ‘autres ouvrières par aucun point de leur conformation, et la grosseur insolite de leur abdomen ne résulte que de l'énorme distension de leur jabot provoquée par un excès d'alimentation.

Je ne m’étendrai pas davantage sur des particularités qui s’écartent de mon sujet et qui pourraient me fournir des détails du plus grand intérêt si je ne devais me borner à ce qui concerne les fourmis de l'Europe.

Pour complèter ce que j'ai à dire des diverses sortes d’individus qui peuvent se rencontrer dans une fourmilière, il me reste à parler des intermédiaires entre les ouvrières et les femelles (5 9), dont Huber a le premier signalé l'existence chez le Polyergus rufescens et qu'il a appelés femelles aptères. Ces individus ressemblent tout à fait aux ouvrières pour la conformation extérieure, mais ils sont plus grands, leur abdomen cst plus volumineux et leurs ovaires sont complètement développés et analogues à ceux des 9. La structure de leur thorax ne differe à peu près pas de celui des véritables Ÿ, et à peine peut-on y entrevoir un scutellum rudimentaire ct des vestiges souvent indistincts d’articulations alaires.

Ces formes anormales qui se rencontrent assez fréquemment dans les fourmilières de Polyerqus rufescens, existent aussi parfois,quoique plus rarement, chez d'autres espèces, et M. Forel en a trouvé chez la Formica rufibarbis, la Myrmica rubida cet le Cremastogaster sordidula. Il est probable que toutes les fourmis sont susceptibles de présenter de ces anomalies sous

certaines influences qui nous échappent.

M. Forel signale encore une autre catégorie de formes hybrides

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