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TOTAUX

Cancer.

§ 3. — Formes diverses du cancer.

L'opinion que tout cancer commence par une jDhase de dureté ou crudité, suivie d'une phase de ramollissement aboutissant, comme troisième phase, à l'ulcération, est en contradiction complète avec les faits les plus constants et les mieux observés. Depuis le cancer gélatineux (cancer mou) jusqu'au squirrhe (cancer dur), on rencontre toutes les nuances ^ intermédiaires possibles ; et quand on classe ces nuances dans l'ordre de leur plus grande fréquence relative , il se trouve au contraire que la forme la plus fréquente est celle du cancer mou, qu'on a appelé eméphaloide , parce qu'il a la consistance de la matière cérébrale.

Principaux types de cancer.

1° Le CANCER ENCÉPHALOiDE, caucer mou (mou d'emblée), offrant une substance semblable à de la moëlle (médullaire) , ou à de la matière cé^^ébrale ( encéphale ) , est le plus fréquent de tous.

2° Le CANCER GÉLATINEUX OU colloïde , plus mou que le précédent; ici, au tissu cancéreux vient se mélanger une sorte de gelée transparente, incolore ou jaunâtre, quelquefois rougeâtre, semblable à de la colle ou de la gélatine.

3" Le CANCER HÉMATODE. Dans ce cancer, les tissus vasculaires sanguins se multiplient dans la masse cancéreuse et lui donnent une tendance sanguinolente qui rend les hémorrhagies plus fréquentes,

4" Le CANCER MÉLANiQUE (noirâtre) . Dans ce cancer, une matière colorante noire s'ajoute au tissu cancéreux et lui donne vme teinte variant du gris au noir.

5° Le CANCER SQUiRRHEUx OU SQUIRRHE, cancer dur, dont la dureté varie aussi depuis la consistance du cartilage à celle de la pierre.

Les cancers dits hémorrhagiques et ceux qu'on appelle tuberculeux ou granuleux, n'étant que des variétés et non des formes nouvelles du cancer, ne sont pas ajoutés à l'énumération précédente.

Caiîcei'.

Que le cancer soit plus ou moins mou ou plus ou moins dur, cela ne change rien à sa nature essentielle. Ces nuances n'empêchent pas tous ces cancers d'être une seule et même viciation, un seul et même mal. Ils ont tous la cellule cancéreuse.

§ 4. — Fréquence des diverses formes de cancer par rapport aux organes atteints.

Les organes exercent sur le cancer une influence qui fait que telle forme se présente plus fréquemment sur le même organe que telle autre.

Le col utérin donne toutes les formes , depuis l'encéphaloide jusqu'au scjuirrhe, avec tendance prononcée à la vascularisation et à des fongosités végétantes ou hématodes d'une dimension parfois considérable. La forme gélatineuse y est rare.

Ovaires. Forme ordinaire : l'encéphaloide, tumem's isolées ou confluentes, volontiers hémorrhagiques.

Sein. Forme plus souvent dure ou intermédiaire entre le sq\.iirrhe et l'encéphaloide ; quelquefois forme hématode ; rarement la forme mélanique. Toujours très-riche en graisse.

Testicule. Souvent forme encéphaloïde , avec épanchements sanguins ; volume parfois considérable.

Palais. Encéphaloïde, parfois enkysté.

Langue. Item.

Œsophage. Mou ou à demi-mou.

Estomac. Au pylore, plutôt le squirrhe; ailleurs, encéphaloïde ou gélatiniforme.

Intestins. Forme squirrheuse, accompagnée de rétrécissement, ou forme encéphaloïde avec végétations.

Foie. Forme encéphaloïde, produisant des timieiu-s tantôt saillantes, tantôt rétractées, avec hémorrhagies fréquentes. Ici sont rares les formes squirrheuse, mélanique et hématode.

Péritoine. Le plus souvent, forme encéphaloïde, avec tumeurs fréquemment multiples.

Glandes lymphatiques. Forme encéphaloïde fréquente. La

forme mélanique est rare.

Os. Le cancer périostal (superficiel) est le plus ordmau-ement squirrheux; mais le cancer médullaire (provenant de la moelle) est plus souvent coUoide ou gélatiniforme, granule et

lobule, quelquefois très -dur, d'autrefois extraordinairement mou. En général, il est accompagné d'épanchements sanguins hémorrhagiques fréquents et étendus.

Cerveau. Forme encéphaloide et liématode, avec hémorrhagies fréquentes. Squirrhe rare.

OEil. Forme encéphaloide , souvent mélanique , i"arement gélatineuse, presque jamais squirrheuse, souvent hématode et de dimension souvent très-volumineuse.

Reins. Forme encéphaloide, tumeurs très-volumineuses, avec fréquentes hémorrhagies. Forme squirrheuse rare.

Vessie. Forme encéphaloide, avec champignons végétants. Forme squirrheuse rare.

Poumons. Dans le poumon, forme encéphaloide ; à la plèvi'e, forme scpiirrheuse ; ailleurs, tumeurs mixtes.

Parotide. Forme presque constamment encéphaloide.

Thyroïde. Les deux formes encéphaloide ou squirrheuse . mais cette dernière y est très-dure.

D'après ce qui précède, on aurait tort de continuer à prendre le cancer du sein comme type du cancer externe et celui de l'estomac comme type du cancer interne, et d'en conclure, comme on le fait encore, que tout cancer doit se ramollir et finir par s'ulcérer. Cette vérité d'ailleurs ressortira encore davantage dans la suite.

§ 5. — Ulcération.

L'observation démontre que la moitié des cancers du sein ne s'ulcèrent pas et qu'un septième des malades morts de cancers du sein ou de l'estomac sont morts sans ulcéi'ation. Dans le cancer de la peau l'ulcération manque souvent, comme dans les cancers des os et dans ceux de l'oeil, oii elle est tardive et due à l'énorme développement de la tumeur. L'ulcération est très-rare dans les cancers des ovaires, du testicule, du foie, du péritoine, 'des centres nerveux, des reins et des poumons, et le ramollissement se produit à peine dans la moitié des cas.

L'ulcération établie, une sorte de gangrène fait tomber des détritus et des parties mortes, que de nouvelles productions cancéreuses viennent remplacer. Dans les squirrhes ulcérés on voit se former volontiers des plaies vastes, profondes, cupuli-

Cancer.

formes; dans l'encéphaloide, où le tissu est plus tendre, il ne tombe guère de détritus ; au contraire , le tissu morbide forme souvent de vastes excroissances cancéreuses ou champignons. Les cancers se cicatrisent quelquefois sous l'influence des traitements allopatliiques, mais sans que pour cela le travail destructeur s'arrête dans l'économie. On a même vu la cicatrisation être précédée de la chute complète de la timieur cancéreuse, éliminée par une inflammation gangreneuse i.

Dans beaucoup de cas, l'infection cancéreuse de toute l'économie se manifeste par l'apparition, soit autour du cancer primitif, soit ailleurs, d'une quantité plus ou moins grande de tumeurs secondaires de grosseurs très-diverses. Mais il est des cas aussi où cette invasion de la diathèse cancéreuse ne se manifeste pas ainsi, où aucune tumeur secondaire ne se montre et où néanmoins l'infection cancéreuse ne s'en accomplit pas moins, pour amener le terme fatal. Le sang perd la faculté d'entretenir la vie, et la mort est due bien plus souvent à cette décomposition du sang qii'au? ravages du mal sur les organes.

§ 6. — Signes et symptômes qui peuvent faire soupçonner la présence du cancer.

Nous ne pouvons pas parler des prodromes du cancer , car ce mal débute toujours au milieu d'un état de santé passable ou normal, souvent même brillant.

Il commence volontiers, dans les cas externes, par une petite tumeur indolore, qui progresse très-lentement et, qu'on laisse grandir sans y prendre garde. A plus forte raison ces débuts échappent -ils à toute observation lorsque' la formation cancéreuse est interne.

Quant à la diathèse ou prédisposition du sang qui prépai'e la formation du cancer, elle est impossible à reconnaître jusqu'au moment où des troubles fonctionnels font soupçonner la présence d'une formation cancérduse déjà accomplie.

(1) Ces renseigaemeals, cmprualôs aux savantes études du docteur Lcbert sur le cancer {Traité pratique des maladies cancéreuses, Paris, Bailliùre, 1851), appuient à ses yeux la tlièso de l'absolue iucurabililù du cancer par les moyens connus jusqu'ici.

Cancer.

Ces troubles fonctionnels sont ou généraux et communs à tous les cancers, ou particuliers et spécialement rattachés à l'organe attaqué.

Les troubles généraux sont V amaigrissement , le dépérissement, In. pâleur, la couleur jaunâtre ou jaune-paille dela peau, — la dyspepsie.

Les troubles spéciaux se font sentir naturellement dans les fonctions de l'organe attaqué et dans celles des organes voisins ou dépendants.

Ces ti'oubles sont :

1° Dans le cancer de l'utérus (non encore ulcéré) : hèmorrhagies de matrice , et en dehors des menstrues , douleurs de mati'ice, pesanteur vers le fondement, gonflement de l'orifice , avec dureté, lividité et irrégularités. Sentiment de pesanteur et de gêne en marchant et s'asseyant. Tiraillements et élancements dans les lombes et les aines. Outre les hémorrhagies plus ou moins fréquentes, écoulement souvent rosé, roussâtre ou grisâtre et sanguinolent, avec odeur fade, nauséabonde, plus tard fétide et pénétrante. Seins volumineux et diu's ; souvent absence de douleurs , mais malaise indéfinissable ; plus tard douleurs vives par tout le corps (cancer ulcéré). Douleurs s'exaspérant à la palpation ou la percussion. A l'intérieur , ulcérations, végétations variées, plus tard, destruction du col avec élargissement de l'orifice.

Ecoulement abondant, d'une odem- particulièrement repoussante, qui devient intolérable lorsque le rectum et la vessie sont envahis. Le vagin n'est plus alors qu'un cloaque infect et hideux. Des tumeurs secondaires paraissent souvent aux ovaires, sm- l'abdomen et môme au sacrum , avec cachexie cancéreuse , quelquefois péritonite ou flcgmasia alha dolens.

Dans les polypes de l'utérus, on a une anémie semblable, mais la fétidité manque.

Certains ulcères simples du col peuvent aussi être confondus avec l'ulcère cancéreux. Mais ici manquent la profondeur de l'ulcère, la saillie des bords et surtout la fétidité.

Les ulcères vénériens sont les plus faciles à confondre avec l'ulcère cancéreux. On n'arrive à les distinguer que si on retrouve dans le malade ou ses antécédents d'autres indices do l'état syphilitique, ou bien sur son. corps d'autres indices do 1 état cancéreux.

Cancer.

2" Dans le cancer de l'ovaire, qui est souvent la conséquence de celui de l'utérus, les symptômes sont les mêmes que ceux des kystes multiples de cet organe, en sorte que le diagnostic est impossible ou à peu j^rès.

3° Dans le cancer du sein : apparition de la glande dans l'un des seins (l'autre ne se prend que par voie d'infection tardive). On distingue trois périodes : celle de formation du dépôt cancéreux, celle di accroissement , celle à' infection générale de l'économie, avec ulcération profonde, et de dépôts secondaires multiples à l'autre sein, à la peau, aux os, au foie, etc.

Forme du squirrhe : petite glande dm-e, comme une noisette ou une amande, mobile d'abord, peau normale, doulem's rares, santé bonne , sauf dans quelques cas à marche rapide. Peu à peu la noisette est une noix ou un œuf de poule. La tumeur se, fixe par des adhérences à sa base-, se bosselle, s'étend et perd sa forme ronde. Elle peut arriver à la grosseiu* du poing et même au delà. Consistance presc|ue cartilagineuse, rigide. La tumeur est d'un développement d'autant plus lent qu'elle est plus dure au début. Elle peut rester de 4 à 10 ans sans envahir le système.

Forme encéphaloïde : tumeur molle, ronde, devenant bientôt lobulée et irréguUère à sa surface, grandissant plus vite que le squirrhe et se ramollissant toujours plus. En 6 mois ou 1 an, elle arrive parfois à la grosseur de deux poings ou même d'une tête d'enfant. (Ne pas confondre avec certaines hypertrophies de la glande du sein.)

L'encéphaloide à ce moment est si mou et si près de la surface , cfu'on sent en palpant comme un liquide intérieur, qu'on a quelquefois voulu extraire en perçant, ce qui a favorisé l'ulcération, la formation de champignons saignants et l'infection générale. Après 3 mois, 6 mois, quelquefois 1 an, commencent des douleurs lancinantes subites dans la tumem- et son voisinage, douleurs qui augmentent en fi'équence et intensité, rendant quelquefois tout sommeil impossible, même avant l'ulcération. Vers cette période, la santé générale, jusqu'alors intacte, s'altère, le teint se flétrit, l'embonpoint et les forces diminuent, tous ces symptômes s'aggravent rapidement. Les adhérences qui fixent le mamelon, le rident ou le contractent,

Cancer.

sont l'œuvre du squirrhe plutôt que de l'encéphaloïde ; mais tous deux finissent par se ressembler dans la période d'ulcération. La peau adhérente rougit tout autour du mamelon, devient cramoisie, presque violacée; une petite érosion superficielle se montre, s'agrandit, et la plaie se forme. L'ulcération du squirrhe a une tendance rongeante que n'a pas celle de l'encéphaloïde. Mais ces deux types ne sont pas toujours bien distincts, car des nuances intermédiaires se présentent aussi dans le cancer du sein.

40 dans le cancer de la gorge (ou arrière-bouche) les troubles spéciaux sont : une déglutition de plus en plus difficile et des doulem-s sourdes, précoces. On le confond facilement avec une affection syphilitique beaucoup plus fréquente.

50 Dans le cancer de l'œsophage ces troubles spéciaux sont un rétrécissement graduel, avec induration sensible au toucher quand on presse la gorge, perte de la voix, douleurs.

60 Dam le cancer du larynx (rare) : enrouement, aphonie, oppression avec menaces d'asphyxie; quelquefois rejet de boissons par le nez et de cartilages par la bouche. Déglutition difficile.

70 Dans le cancer de l'estomac on a : doulem-s d'estomac, vives en général, inappétence, dyspepsie, vomissements, commençant vers le milieu de la maladie et de plus en plus fréquents, de matières acides, glaireuses, noirâtres (marc de café) rarement sanguinolentes ou bilieuses; tiimeiur près du nombril ou au niveau du nombril, comme un œuf ou comme le poing bosselée, quelquefois mobile, montant quand l'estomac est vide' descendant quand il est plein. Cachexie. Les vomissements et la tumeur font parfois défaut.

Quand il y a vomissement noir sans tumeur, on peut croire a un ulcère simple de l'estomac, surtout si le malade n'a pas dépasse 30 ans, si la cachexie est lente à se déclarer ou si les symptômes s'amendent poiu- un temps, et surtout s'il n'y a pas de tumeurs secondaires à la peau.

80 Dans le cancer des intestins (qui n'est guère certain que quand on peut le palper, mais qui peut se dérober à toute recherche) on a : souvent des hémorrhagies rectales, constipation opmiâtre d'abord, puis diarrhée et même selles invo-

Cance»'.

lontaires, avec matières sanieuses, fétides, sang et pus ; parfois occlusions intestinales ou coliques, diarrhée avec sang noir.

9" Da7is le cancer du foie (qui accompagne souvent celui de l'estomac) : augmentation de volume , avec voussure à i'hypocondre droit et, sur l'organe, inégalités dures, bosselées, quelquefois douloureuses ; à l'hypocondre droit douleurs som-des ou lancinantes, s' étendant jusqu'à l'épaule ou au bras droit, augmentant au toucher. Jaimisse ou bien hydropisie de l'abdomen, pas toujours cependant. Dyspepsie, constipation; plus tard, diarrhée, hémorrhagies , saignements du nez, etc. Plus tard, augmentation des douleurs pendant la nuit, anxiété, dyspnée, fièvre, sueurs, mal de tête, etc.

10° Da7is le cancer du pancréas (corps glanduleux, placé dans l'abdomen pour verser dans l'intestin un liquide semblable à de la salive), les symptômes ressemblent beaucoup à ceux du cancer de l'estomac, dont il est d'ordinaire la conséquence : douleurs, crachement de matières filantes; parfois salivation ti'ès-abondante, alternance de diarrhée et de constipation, selles graisseuses, tumeur au-dessus de l'ombilic, exerçant une pression sur les canaux biliaires (d'où jaunisse) , sur le pilore (d'où symptômes du cancer de l'estomac), sur l'aorte (dou symptômes d'anévrisme).

110 Dans le cancer du péritoine et du mésentère (rare) : masses de t-umeurs diu-es, marronnées, inégales, sensibles à la palpation sur l'abdomen, accompagnées de la cachexie ordinaire.

120 Bans le cancer de l'encéphale et de la moelle épimere, les indices ressemblent à ceux de toutes les autres tumem-s du cerveau et sont, par suite, peu concluants. Ce sont : douleurs de tète, troubles des sens, des facultés et des mouvements, paralysies, convulsions, etc. Le cancer de la moelle epimere se distingue- par des accès épileptiformes et par la paralysie

"^"U^Mns le cancer des reins : douleur rhumatismale ou

névralgique, sovu-de ou aiguë aux lombes; urii^ sangla^it.

tumeur du rein, lequel augmente de volume. ^

P-linto est un signe du cancer, surtout lorsquelle nest pas

£:mp:^;ede^liquesnéphrétiquesnid;ém.si^^^

de graviers dans l'urine, mais au conli-airc dun elat caclicc

tique.

Cancer.

140 Dans le cancer de la vessie (causé d'ordinaire, chez la f. par l'extension d'un cancer de l'utérus, et chez Th., d'un cancer du rectum) : émission douloureuse et difficile des urines, avec besoins fréquents, émises comme sous l'influence d'un obstacle interne ; ajîparition d'un peu de sang dans l'urine. Toutefois l'existence de ce cancer n'est bien démonti'ée que si on découvre un cancer de l'utérus ou du rectum.

1 5° Bans le cancer du poumon et de la plèvre (peu fréquent) : douleurs dans la poitrine, plus ou moins prononcées et persistantes, respiration difficile, toux, crachements de sang fréquents, crachats noirs ou couleur gelée de groseilles, ou nuls; bouffissure assez ordinaire de la face et du cou ; enflure de la poitrine et du bras du côté malade ; quelquefois difficulté d'avaler. Etat cachectique comme dans tous les cancers. On observe souvent dans les environs, autoiu' des mamelles, par exemple, ou à l'aisselle, de petites glandes indurées qui indiquent la présence du cancer. On en a vu de la grosseur d'une noix au front, au cou, aux lombes, etc., qui, accompagnant le développement du cancer interne, s'étaient fixées et indiu-ées peu avant le terme fatal.

16" Dans le cancer de l'ovaire (qui survient en général après 50 ans et s'accompagne volontiers d'un enkystement des ovaires) : tvimeiu- dans l'hypogastre , plutôt sur un des côtés , puis occupant bientôt aussi le centre, sitrface inégale, molle, lobulée, rénitente, à son mat, procurant des souffrances précoces, douleurs sourdes et continues dans la région de la tumeur, avec accès de douleurs plus vives à des distances plus ou moins rapprochées; malaise continuel. Pas d'exaspération ni même de douleurs ni à la pression ni à la percussion. 4 à 6 mois après l'apparition de la tumeur, altération générale, maigreur, faiblesse, pâleur, face souffrante. Augmentation de l'abdomen, inappétence, digestion avec plénitude et gonflement, garderobes irréguHères, puis diarrhée. Gêne de la vessie . aussi , urmc gênée ou involontaire. Utérus intact, sans écoulement blanc ni autre. Epanchement séreux dans les jambes et l'abdomen, avec veines dessinées sur la paroi abdominale; sans fièvre (pouls 88); langue nette juscpe vers la fin, où elle se couvre d'un enduit blanchâtre. Souffrances toujours plus

Cancer.

graves, se compliquant par la distension de l'abdomen. Marche rapide; 10 à 12 mois, au plus 20 mois.

il° Dans le cancer du testicule (qui peut se confondre avec beaticoup d'autres tumeurs) : tumeur ovale allongée, à surface régulière, élastique, ne s'arrondissant que plus tard en prenant de grandes dimensions; présence fréquente de kystes ou accumulations de liquides; pesanteur notable, dimension pouvant atteindre celle d'une tête de nouveau-né ; teinte jaunâtre, quelquefois rouge livide ; tendance à s'endurcir plutôt que se ramollir en grandissant. Le début est un engorgement avec lourdeur et induration partielle. Au bout de 6 mois à 1 an les élancements commencent ; quelquefois la marche est bien plus rapide. La peau rougit. La pesanteiu" du testicule soulevé avec la main est caractéristique. L'infection générale est presque constante.

18° Dans le cancer du palais (dans l'os ou dans la partie molle) : le plus souvent tmneur diffuse et sans contom's arrêtés, • quelquefois tumeur enkystée, ce dernier pouvant atteindre le volume d'un œuf de pigeon, teinte rouge violacé, et en cas (rare) d'ulcération, avec végétations fongueuses, molles, rougeâtres, facilement saignantes. Gêne d'abord légère de la déglutition, augmentant rapidement, avec pesantem* et douleurs lancinantes, altération de la voix. Gêne de la respiration, accès de suffocation. Obstruction du fond de la bouche; difficulté de nutrition, inanition.,

190 Dans le cancer des amygdales : tumeur peu volumineuse au début et d'un seul côté, puis mollasse et fongueuse, puis considérable. Quelquefois ulcération vaste, fétide, à fond saignant et gris noirâtre, avec dépérissement rapide et gonflement des glandes du cou.

20" Dans le cancer du pharynx : mêmes symptômes à peu

près.

21" Dans le cancer de la langue (facile à confondre avec l'hypertrophie syphilitique de cet organe) : petite tmnciu- à l'intérieur de la langue, inaperçue jusqu'au moment où, en s' indurant et s' augmentant, elle commence à gêner la déglutition. Douleiu's absentes au début et quelquefois jusqu'à la fin. Ulcération habituelle. Marche généralement rapide. Dêman-

Cancer.

geaison à la place où commence à se former la tumeur. Crachement de mucosités le matin, puis toux sèche et expectoi-ation, avec altération de la voix. Haleine très-fétide dès l'ulcération. Cachexie; mort au bout de 12 à 15 mois.

22° Dans le cancer de la peau : petite tumeur plus ou moins résistante , avec induration graduelle des tissus rapprochés ; incolore ou légèrement rougeâtre, quelquefois molle, gris ardoisé ou noirâtre , tendant à se multiplier par la production de tumeurs plus petites autour de la première. La couleur noire indique la tendance cancéreuse, même quand la tiimeur n'est grosse que comme une tête d'épingle. Pas de douleur au début. En augmentant, plus tard, la doulei^.r devient le siège d'élancements. Puis ulcération ronde,' bords à pic, durs, fond jaunâtre, inégal, couvert de pus. Quelquefois, au lieu d'ulcération, il n'y a qu'extension et multiplication de petites tumeurs dans la peau. Quelquefois les glandes voisines s'engorgent et peuvent devenir cancéreuses. A la période infectante, cachexie et dépôts cancéreux multiples jusque dans les organes intérieurs. Le siège est aux lèvres, au nez, au pénis, à la face, à la vulve, à la verge, etc., etc.

23" Dans le cancer des glandes lymphatiques (bien plus fréquent dans les glandes superficielles que dans celles de l'abdomen ou de la poitrine, et provenant presque toujours de l'infection produite par un cancer voisin), à la figure, au cou, aux ames , à l'aisselle : tumeur quelquefois unique , plus souvent multiple, à surface inégale, lobulée, plus ou moins encéphaloïde (sous l'aisselle, quelquefois bien plus molle que la substance cérébrale), d'abord petite, indolente, mobile, accroissement d'a,bord lent , mais marche généralement rapide , dovileurs croissantes , pouvant quelquefois manquer tout à fait. La mobilité cesse ; la peau devient adhérente, se rougit et s'ulcère. L'ulcération peut également manquer. N'a jamais été observé avant l'âge de 30 ans.

240 Dans le cancer de la glande parotide (glande salivaire sous l'oreille), rare : envahit l'os de la mâchoire, diminution de 1 ouie, enraidissement de la moitié de la face, mêmes symptômes et marche que ci-dessus.

250 Dans le cancer de la glande thyroïde (sur le larynx, celle

Cancer.

dont l'exagération forme le goitre) : tumeur dm-e, circonscrite, dimension d'une grosse pomme quand elle est squirrheuse, beaucoup plus grosse et tombant jusqu'au bas du cou quand elle est encéphaloide ; d'où gêne très -grave et mort prompte. Au début, si elle est squirrheuse, elle peut avoir la dureté de l'os. Quand elle est encéphaloide, elle peut être prise par sa mollesse pour un simple amas d'eau, et par ses battements ou pulsations pour un goitre ordinaire. Douleiu-s sourdes et parfois, lancinantes; douleur au larynx, déglutition difEcile, toux, crachats purulents, parfois sanguinolents, voix altérée ou éteinte. Dyspnée croissante avec accès de suffocation. Mort ordinairement par asphyxie. N'apparaît guère avant 40 ans, mais le plus souvent entre 55 et 60 ans.

260 Dans le cancer des os (spontané, surtout aux maxillaires inférieiu-s et supérieurs, au crâne, au bassin, aux vertèbres, et plutôt secondaire; aux côtes, au sternum, aux clavicules, aiix jambes : fémur, tibia, etc., plus rarement aux bras). Pendant la phase de première formation, ce cancer est ignoré du malade. Sauf quelques douleurs sourdes, il n'y a pas de symptômes. Si le dépôt est dans la partie superficielle de l'os, vme tumeur devient palpable. Les douleurs, fugaces ou bien sourdes et permanentes, s'accentuent. Tumeur molle, élastique, avec fluctuation trompeuse. La cachexie vient ; l'ulcération ne se fait pas toujours. Si elle se fait, végétations cancéreuses bourgeonnantes, supptiration sanieuse, fréquentes hémorrhagies , infection générale, souffrances terribles, quelquefois fracture spontanée de l'os, aminci à l'intérieiu-. Mort.

270 Dans le cancer de l'œil. 1° Extra-oculaire : petite tumeur à l'intérieur de la paupière, avec pesanteur, malaise dans le fond de l'orbite; le mouvement de l'œil devient douloureux, les paupières s'engorgent, la tumeur fait saillie au-devant de l'œil et le pousse vers le haut; troubles, puis abohtion de la vue ; quelquefois l'œil est chassé de l'orbite ; quelquefois la tumeur est mélanique et marche très-rapidement, se reproduisant après l'extraction. Grosseur d'une noisette, d'une noix, même d'un œuf de poule. Sécrétion purulente, hypertrophie, ulcération profonde avec hémorrhagies fréquentes ; disparition de l'œil, faisant place à un vaste champignon encéphaloide....

Cancer.

2° Cancer du globe même de l'œil. Blépharite ordinaire, larmoiement, sensibilité à la lumière, un peu d'inertie dans la pupille. Puis, examiné à la lumière de la bougie, on voit au fond de l'œil, derrière le cristallin, une tache profonde, à surface irrégulière, terne ou brillante, avec reflet opalin ou chatoyant, d'un blanc grisâtre, ou d'un blanc brillant, ou jaune d'ambre, ou jaune verdâtre. Quelquefois elle est mélanique et on ne l'aperçoit pas. Ordinairement on dirait une lame de cuivre. En grossissant elle devient multiple et se rapproche de l'iris, qui se bombe et remplit l'intérieur. Vue abolie; le globe se déforme, la cornée s'infiltre de pus. Alors quelquefois l'œil s'atrophie , se transforme en graisse et en sable , et le cancer se continue jusque dans le cerveau par le nerf optique ; le plus souvent le carcinome cancéreux grandit, l'œil éclate, et un hideux et énorme champignon, noirâtre et boueux, prend la place de l'œil, disparu et décomposé. Ce cancer peut atteindre les enfants depuis 1 an, les vieillards jusqu'à 75 ans;

§ 7. — Du cancroïde ou ulcère rongeant.

Le cancroide a son siège à la peau et n'est qu'une dégénérescence de la peau. On y retrouve quelquefois des cellules qui ressemblent à la cellule cancéreuse, mais la présence réelle de cette cellule n'y a jamais été démontrée jusqu'ici.

Il apparaît le plus souvent à la face, au col utérin, aux lèvres, à la verge, à la vulve, à l'anus, à la langue, à l'œsophage, à l'estomac, aux intestins, au rectum, etc., etc.

Il a parfois une tendance hypertrophique et végétante, parfois une tendance rongeante, envahissante, destructive. Sa marche est généralement plus lente ; il ne se diffuse ni ne se multiplie pas comme le cancer. Il est essentiellement local et ne produit pas d'infection générale de l'économie. Il ne se compose pas, comme le cancer, d'un tissu spécial, étranger au corps ; il n^est qu'une dégénérescence des tissus normaux , qui s'hypertrophient, s'enflamment et s'ulcèrent. Partant toujours de la peau, le cancroide peut se propager aux muscles, aux glandes et même aux os ; il peut s'infiltrer de parties granuleuses ou graisseuses et offrir beaucoup d'autres ressemblances

Cancer.

avec le cancer. Mais il n'est pas considéré comme nécessairement fatal, car l'allopathie est parvenue à l'arrêter par l'extraction. On assure même qu'il a pu, dans quelques cas trèsrares, se guérir spontanément.

§ 8. — Conclusion.

Le but de cette étude a été d'abord d'orienter quelque peu le lecteur sur l'état actTiel de la science touchant le cancer, en prévenant des illusions et des erreurs toujours faciles, même pour les plus savants ; et ensuite de lui montrer pour quelles raisons, — raisons graves et très-sérieuses, — cette science aura bien de la peine à croire à la guérison du cancer par les nouveaux remèdes. Il lui sera toujours si facile d'opposer à une guérison cette parole : Ce n'était pas un cancer ! Ce ne sera donc que bien à la longue et alors que la multiplicité des guérisons sera assez grande pour rendre ridicule la. prétention que pas un des cas guéris n'ait été un cancer ; ce ne sera que devant l'évidence, devant la disparition des cas mortels, que la science s'avouera surpassée.

Ce qui retardera cette victoire , c'est d'abord le fait que , pendant longtemps encore, on ne recourra à ces remèdes nouveaux qu'après avoir épuisé les anciens, c'est-à-dire après que le mal sera trop avancé; ce sera ensuite le fait que, ne pouvant guérir par V Anticanceroso c£ue les cancers soignés dès la l»'" ou tout au moins la 2« phase (ordinairement fermée et non ulcérée), aucune constatation de la cellule cancéreuse ne pourra être faite dans les cas guéris par l'inspection d'un pus ou par la dissection de la tumeur.

Mais on peut se passer de ce triomphe, on peut l'attendre avec patience.

Avec le temps la Imnière se fera, et notre labeur n'aura pas été vain.

Caiîcer.

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